LA VULGARISATION DE LA MÉDECINE
Il est un certain nombre de médecins qui déplorent que la médecine ait été vulgarisée comme elle l'est aujoud'hui.
Si l'art médical, disent-ils en substance, restait fermé aux profanes, l'exercice delà profession nous en serait rendu plus commode ; et, surtout nous ne verrions pas ces acrobates et ces dangereux accidents comparables à ceux que produirait un enfant à vouloir manier une arme très perfectionnée et par là même d'autant plus dangereuse.
Ce raisonnement ne me satisfait point.
Tout d'abord il ne nous faut pas compter, selon toutes vraisemblances, pouvoir jamais plus, formuler en grec ou en latin. On le passe aux prêtres de la plupart des religions qui officient en une langue différente de celle de leurs ouailles et incompréhensibles pour la très grande majorité de celles-ci. Mais allez donc y voir pour le médecin. Plus ça va et plus on nous demande, au contraire, d'être clairs, intelligibles et utiles ; de ne pas payer uniquement de mots.
Au surplus, on remonte très difficilement un courant, sur-
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tout s'il est rapide ; or bien fort est le courant qui emporte actuellement le public vers les choses de la médecine.
Voyez les théâtres, les journaux, avec leurs spécialistes médecins — dont l'un d'eux-même, le D'' de Fleury, posait récemment sa candidature à l'Académie de médecine. — Voyez toutes ces différentes ligues contre l'alcoolisme, la syphilis, la tuberculose, les associations de secours aux blessés, d'assistance et de protection des adultes et de l'enfance. Considérez-les actionnées et aiguillées surtout par des médecins. Appréciez leur emprise. Croyez-vous qu'il soit possible dans ces conditions démettre la médecine, l'hygiène, j'allais dire la lumière, sous le boisseau.
J'estime, au contraire, pour ma part, que nous devons la propager, nous efforcer de la populariser, de répandre son action bienfaisante tout auotur de nous. A faire autrement, nous ne réussirions plus maintenant qu'à nous rendre suspects, tandis que l'influence et la notoriété du médecin grandissent avec celles de la médecine. Nous gagnerons en considération et en argent.
On nous reproche souvent et avec raison d'être trop scientifiques, de ne pas savoir nous mettre à la portée des intelligences communes ; c'est là une des grandes causes de l'exercice illégal de la médecine.
Pour employer une comparaison, sans faire de rapprocliementcependant, je ne vois pas que les photographes aient perdu à la vulgarisation extraordinaire de la photographie dans ces dernières années ? L'art de la photographie y a certainement gagné, comme gagnerait notre médecine à se retremper parfois dans le bon sens populaire, à se tenir en communion constante avec le sens commun que nos théories perdent trop souvent de vue. Chacune de nos théories, chacun de nos systèmes éclôt et débute la plupart du temps avec un progrès ; mais les zélateurs et les séïdcs outrancent et déforment le maître.
En réalité la maladie dérive des conditions de la vie individuelle ou sociale. Pour le guérir il est besoin de la coopération de tous ; et cette coopération sera d'autant plus précieuse qu'elle sera plus instruite et plus avisée.
Paul Berthod.
Vamétés
Un paysan qui mangea à deux fois le papie:^ auquel estoit écrite la médecine que lui avait ordonnée le médecin. — Un pitatil de villa)^-(!
se trouvant mal, alla au médecin luy portant de son urine, et lui contant son mal auquel le médecin ordonna une médecine, qu'il escrivit en un meschant morceau de papier déschiré comme par despit, selon la coustume de telles gens, et baillant cest escrit au paysan, luy dit : Vous prendrez cela à deux fois, moitié au matin, et moitié au soir. Le paysan, de retour en sa maison, couppa ce papier en doux, et le mangea à deux fois, dont il se trouva guery aussi bien, et peut estre mieux et avec moins de mal, que s'il eust prins le contenu au pappier, cet art estant fort hazardeux et incertain, selon l'advis des plus sages : c'est pourquoy un autre médecin estoit aucunement excusable, lequel, quand il estoit de loisir, escrivoitune quantité de resceptes qu'il mettait en sa pochette, dont il les tiroit et bailloit aux malades à mesure qu'ils demandaient son secours, leur disant seulement : Dieu vous la doint bonne.
D'un autre singe qui beut la médecine appnestéepour sonmaistre malade, et de l'opération de ladite médecine. — Un bourgeois de Paris avait un singe fort renommé pour ses tours et singeries. Advint que ce bourgeois gisant au lit malade extrêmement,attendoit le médecin, en la présence et par ordonnance duquel il devoit prendre médecine, apportée naguères par l'apoticairequi l'avoit laissée sur la table, et oublié à fermer l'huis de sa chambre après soy.
Au moyen de quoy monsieur le singe entré dedans, alla visiter son maistre, ainsi qu'il avait accoustumé faire journellement : et pour autant qu'il n'y avait personne en la chambre qui le peust empescher, il eut tout loisir de faire ses tours, sautant tantost sur la table, tantost sur les chaises, cherchant et furetant en tous les pots, fioles, escuelles et saucières, s'il trouveroit quelque friandise, goustant de tout pour avoir le goust de chacune chose, tant que finalement il vint au gobelet où la médecine estait appareillée pour son maistre et
la trouvant doucereuse aucunement, l'avala vuïdant le gobelet, et la potion venant à faire opération, le singe se mit à courir par la chambre, et à faire sauts et gambades, avec tant de grimaces et cris que s'il eust une liottée de diables au corps, non sans aller du derrière : ce que son maistre voyant, y prist si grand plaisir, et se mit si fort à rire (encore que malade à l'extrémité) qu'il revint en cour valescence, la grande joye ayant aiydé et excité nature à résister au mal qui Toppressait. {Les Joyeiisete^, Facecies et folastres imaginacions de Caresme Prenant. T. II, Paris, Techener, 18;9).
Une curieuse lettre deBerthollet. — Une bonne fortune a fait tomber entre nos mains une lettre, autographe et signée de l'illustre Berthollet. Dans cette lettre, adressée au Préfet de Police, il plaide éloquemment la cause de Tissot(l),le littérateur devenu plus tard le prédécesseur de M. Dupanloup, à l'Académie française. Dans le cours de sa vie agitée par les péripéties de la Révolutioji, au moment de la conspiration Babœuf, Tissot fut mis en état d'arrestation le 3 nivôse an IX (décembre 1800) et il ne dut sa liberté qu'à l'intervention de BerthoUet et du premier Consul. On voit par ce document que, en maintes occasions, BerthoUet sut donner bien des preuves du plus pur courage civique. Nous reproduisons donc une lettre tout à l'honneur de sa mémoire, dont l'original nous a été confié par un pharmacien érudit.
Ati Préfet de Police 13 Nivôse, an 9. •
Citoyen Ministre, Le citoyen Tissot estcompris parmi ceux que la surveillance publique a fait mettre en arrestation. Cette mesure nécessairement précipitée peut envelopper des citoyens estimables et sans reproches et il est de
(1) Tissot est plus célèbre par cette poursuite que par ses œuvres littéraires, on lui doit cependant quelquesbonnes études sur Virgile et des Poésies erotiques qui eurent quelque vogue sous le consultât.
VARIETES
l'inlérôt du gouvernemenL qu'on se hâte de l'éclairer sur des erreurs si fatales.
J'ai été longtemps en liaison particulière avec le cit. Tissot, par les fonctions que nous exercions ensemble à la Commission d'Agriculture et des Arts. Je n'ai jamais trouvé dans sa conduite rien qui ne prouvât sa probité et son attachement à la République, rien qui annonçât des dispositions à la violence et à l'anar-
Depuis lors, il a établi une manufacture très utile ; il a eu beaucoup d'obstacles àvaincreet il a dû sedévouer tout entier aux soins qu'elle a exigés au milieu d'une famille respectable qui a éprouvé des perles bien cruelles et qui doivent être gravées dans le souvenir de ceux qui aiment la République.
Je vous prie donc défaire examiner avec beaucoup de soin les allégations qu'on peut faire au Cil. Tissot et de faire en sorte qu'un père de famille, que le chef d'une manufacture utile, qu'un citoyen zélé ne soit pas victime de quelque haine parliculiére, de quelque dénonciation hasardée. Je vous en aurai une obligation particulière.
Salut et fraternité.
Berthollet.
Jsous ne pouvons rappeler ici les principaux événements de la vie de Rerthollet. On les trouvera consignes dans ses biographies, mais nous citerons seulement le trait suivant (1) :
On accusait les fournisseurs de l'armée d'avoir empoisonné l'eau-de-vie destinée aux soldats ; Bcrthollet fut chargéd'en faire l'analyse; il la trouva pure etconclulen conséquence. Aussitôt, il est mandé par Robespierre qui dominait le Comité de Salut public.
Gomme ce dernier lui adressait de vifs reproches, Berlhollet apporte la li- ((ueur, puis, avec le plus grand sangfroid, ilenboitun verre entier etdit :
Je n'en ai jamais tant bu\ L'admiralion succède à la menace : — // faut que vous aye^ bien du courage ! s'é-
(1) Notice sur la vie et les ouvrages de G.-L. Berthollet, par Tho- MARD, membre de Tlnstitut de France. Annecy, Aimé Burel, 1884. — In- 8°, page 15.
crie Robespierre. — Il m' en a fallu bien davantage pour faire mon rapport]
Paroles hardies, bien dignes de l'action !
Le poids du cerveau. — Les chiffres varient suivantles auteurs : Luschka estime que le cerveau d'un homme adulte pèse 1424 grammes ; Gray, 1485 ; Krause, 15~0. Reid, cité par Holden, donne le chiffre de 1508 8'rammes, et Boyd, cité par Mills, celui de 1360.
Entre la plusforle et la plus faible estimation, la différence n'est que de 200 grammes, ce qui peut facilement s'expliquer soit par des différences de technique, soit par des différences de race.
Les plus récentes recherches sur ce sujet sont dues là Marchand, de Mar- ])urg:. Elles portent sur 1173 cerveaux de Ilessois, qui ont été pesés à l'état frais, avec leur enveloppe, immédiatement après avoir été retirés du crâne.
La cause delà mort indue notablement sur le poids du cerveau, soit en plus soit en moins. Parmi les maladies aiguës. Marchand sig-nale la diphtérie comme une cause remarquablement fréquente d'augmentation du poids du cerveau.
Au point de vue de l'âge, chez le nouveau-né, de un à sept jours, le poids moyen du cerveau est de 371 grammes pour les garçons et de 361 pour les filles. A la (in de la première année, les poids respectifs sont de 907 etde893 grammes.
A la fin de la troisième année, le poids du cerveau a triplé. A dater de ce moment, il ne s'accroît que lentement, surtout chez les filles.
11 semble atteindre son apogée entre 19 et 20 ans chez l'homme, entre lo et 18 ans chez la femme. Le poids moyen du cerveau d'un adulte mâle estde 1.400 grammes, d'après Marchand ; celui du cerveau féminin n'est que de l.2?5 grammes.
La réduction de poids due à l'atrophie sénile commence chez l'homme vers 80 ans, chez la femme vers 70 ans, mais on observe de nombreuses variations individuelles.
Rappelons-nous à ce propos qu'un des cerveaux les plus lourds est celui de l'écrivain russe Tourgesnief, qui pesait 2.120 grammes, et un des plus légers, celui de Gambetla, qui atteignait à peine I.IGO grammes.
Études histomqaes