MAITRES DE LA CHIRURGIE
Cette bibliothèque, ajoute Le Duchat, « composée pour la plupart de nos vieux romans gothiques, était si nombreuse qu'aujourdJiui même (Le Duchatest morten 1735), dans les plus curieuses bibliothèques et dedans et dehors le royaume, il s'en trouve des volumes où il a mis son nom ». Elle comprenait non seulement des imprimés, mais encore des manuscrits, entre autres de curieux >< recueils de toutes sortes de pièces, en vers et en prose, sur les affaires de son temps », écrits de la main de François Rasse Des Neux (1). Mais le plus beau fleuron de sa bibliothèque était certainement l'exemplaire du De harmonia musicorum instrumentorum par Gafori (édition de Milan, 1513), ayant appartenu au fameux bibliophile Jean Grolier. Ce volume couvert dune reliure italienne en veau brun, richement décorée de dorures avec, au centre, les armoiries de Grolier en or et en couleur, avait été donné, en 1546, à François Rasse Des Neux, par un secrétaire du roi, nommé Albisse. Il se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. On y voit les inscriptions manuscrites suivantes : sur le titre, Franciscus Rassius Noeiis chlnirgus. Paris, 1546 ; et au verso du troisième feuillet de gdivde,Franchinimusica.— Ex dono D. Albisse regii secret. s. 1546 (2).
D'après l'Index funercits, François Rasse des Neux serait mort le 12 octobre 1588.
Nicolas Rasse Des Neux (que Jérôme Delanoue appelle parfois Nicolas Desneux) excella non-seulement daas la chirurgie, mais encore dans la botanique.
Chirurgien du roi (il vécut sous Henri II, François II, Charles IX et Henri III), il mérita de Jean Devaux l'èpithète de prxstantissimus : c'est dire qu'il fut encore plus éminent dans son art que son père et que son frère.
Botaniste (on disait alors simpliste), il s'adonna à la culture des plantes médicinales, et surtout de celles nouvellement apportées d'Amérique. Jacques Gohory, qui l'appelle « le puis-né Race » {sic), autrement dit Rasse le cadet, nous apprend qu'il avait planté, « en un jardin vers le Temple », une grande quantité de tabac, parce qu'en France cette plante opérait alors des merveilles entre les mains des chirurgiens (3). Ce jardin contenait encore, au dire de Charles Estienne et Jean Liébault, la fameuse plante de Méchoa-
{1} Ducatiana, ou Remarques de feu 'SI. Le Duchat sur divers sujets d'histoire et de littérature, recueillies dans ses manuscrits et mises en ordre par M. F. (Formey), tome I,p. 121. Amsterdam, Pierre Humbert, 1738. Dans ce livre, Rasse Des Neux est appelé : » Rance des Noeuds, ciiirurgien de robe longue ».
(2) Recherches sur Jean Grolier, sur sa vie et sa bibliothèque, suivies d'un catalogue de livres qui lui ont appartenu, par M. Le Roux de Lincy. Paris, L. Potier, 1866, pages 218 à 222. François Rasse Des Neux est encore mentionné dans ce livre, aux pages xxxviii et 92.
(3) GoHORY, loc. cit. Voir la note 1, p. 260.