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LA PROSTITUÉE

Déflorée à 16 ans.

Prostituée à 17 ans.

Syphilisée à 18 ans.

De cette formule, découlent les deux corollaires suivants :

1° La prostitution est une maladie morale fatale, surtout dans les grandes agg-lomérations ;

2° La prostitution est le principal facteur des maladies vénériennes et en particulier de la syphilis.

En présence de ces vérités, peut-on se borner à énumérer les revendications desabolitionnistes, et à montrer simplement et pour toute réponse ce qu'elles ont d'exag-éré, d'erroné méiue , etde peu pratique ? — Certainement non, il y a quelque chose déplus à faire, soit pour arrêter le plus de femmes possible sur le bord de ce g'ouft'rc, soit pour améliorer la réglementation, la surveillance et les soins de celles qu'on ne peut absolument pas empêcher de vivre de ce métier, de façon à diminuer et lo nombre de ces femmes, puisque malheureusemont il y eu aura toujours et la fréquence des maladies vénériennes, puisqu'il est actuellement interdit de songer à leur extinction. Et cela, non pour préserver du mal les débauchés, ainsi que le disent certains abolitionnistes, mais bien pour préserver la po[)ulation tout entière, les femmes, les enfants, la race.

Ces graves questions, qui vont, dans quelques mois, être discutées, eu |)artie, à la prochaine réunion de Bruxelles, doivent être le point de mire des esprits soucieux, non seulement d'arriver à des perfectionnements administratifs, mais aussi de rechercher des perfectionnements sociaux qui rendront peut-être [)lus facile l'accoaiplissement des premiers.

Donc, sans entrer dans le développement et encore moins dans la discussion d'un programme qui, à lui seul, nécessite-

LA MÉDECINE SOCIALE —2()i —

rait un lono- rapport. 110 serait-il pas à propos d'attirer, dus maintenant, l'attention des iiygiénisteset des sociologues sur les propositions suivantes :

Moyens PROPRES A DIMINUER LE NOMBRE DES FEMMES SE LIVKANT A LA PROSTITUTION, ET A DIMINUER LA FREQUENCE DES MALADIES VÉ- NKRIENNES.

A. — Moyens sociaux.

1° Faciliter et encourager ie mariage dans la jeunesse : Pour cela,

a. Supprimer toutes les difficultés dans l'accomplissement du mariage (opposition des parents, actes respectueux, etc.) ;

b. Au point de vue religieux, rendre le mariage absolument gratuit ;

c. Donner aux parents, et dans certaine mesure, la liberté de tester ;

2° Reviser la loi du divorce qui, à l'heure actuelle, s'obtient avec une trop grande facilité ;

3° Autoriser la recherche de la paternité ;

4° Etablir une réparation morale ou tout au moins pécuniaire en faveur de toute jeune fille séduite ;

5° Établir une responsabilité au moins pécuniaire du dommage causé par la transmission de la syphilis ;

6° Gréer des ateliers nationaux de femmes sans ouvrage ;

70 Interdire la prostitution avant l'âge de la majorité civile.

B. — Moyens administratifs.

ï" liiterdiction du racolage sur la voie publique ;

•^" Suppression absolue du service des femmes dites serveuses dans les cafés, brasseries, cabarets ;

'S^ Autorisations, sous réserves sévères, données aux maisous de passe ;

4" Visites médicales des prostituées deux fois par semaine ;

5° Visites à domicile sur demande et, dans ce cas, moyennant une taxe à fixer ;

LA MEDECNE SOCIALE

0" Visites des prostituées toujours fuites par deux personnes ;

7" Diminution des peines imposées aux filles publiques pour dérog'ation aux prescriptions administratives ;

8" Les filles publiques déjcà soignées pour syphilis et qui, n'étantpasen rè,i»'le de visites, seront trouvéesatteintes d'accidents semblables, auront à faire à l'infirmerie spéciale un séjour minimum et obligatoire de deux mois ;

9° Visite médicale, dès leur arrestation, de tout vagabond et de tout homme accusés de vivre de la prostitution, ainsi que de toute femme arrêtée pour vagabondage, affaire de mœurs ou s'y rattachant par complicité, etc. ;

10" En cas de constatation d'une maladie vénérienne, internement de ces malades, hommes et femmes, dans une infirmerie spéciale jusqu'à guérison des accidents actuels ;

11° Création en faveur des seuls indigents de plusieurs consultations externes pour les maladies vénériennes avec délivrance gratuite de médicaments ;

12" Définir par une loi très large les pouvoirs du Préfet de police à Paris et des maires en province vis-à-vis de la prostitution, de façon à rendre légales les mesures administratives qui sowi indispensables ixnhow fonctionnement de leur administration.

flnthi^opologie.

LA PLACENTOPIIAGIE.

Il y a quelques années nous avons fait connaître les habitudes placentophagiques de la plupart des tribus sauvages océaniennes (l).

M. Bouchacourt vient de publier un très intéressant travail sur cette question qu'il étudie autant au point de vue historique qu'au point de vue biologique.

Nous ne tarderons pas en effet de voir se produire dans le commerce quelque spécialité à base de placenta.

Il est d'observation courante que toutes les femelles des animaux utilisent, pour leur nutrition individuelle, les résidus de la nutrition de l'espèce ; souvent même le mâle prend part à ce repas de délivrance, dont le délivre fait les frais.

Tous les vétérinaires ont noté l'habitude de la placentophagie. « Les femelles, dit Rainard, ont toutes plus ou moins de « propension à manger leurarricre-fai.x, les herbivores com- « me les carnivores. )>

Ceci s'applique indifféremment aux ovipares, aux vivipares, et aux animaux domestiques.

Ainsi tous les oiseaux écrasent, puis mangent les coquilles d'œuf très peu de temps après l'éclosion ; c'est ce qui explique qu'on ne trouve pour ainsi dire jamais de débris de coquilles dans les nids.

Il nous a été donné d'observer, depuis un grand nombre d'années, les mœurs d'un colombier habité par une moyenne de 200 pigeons ; or, jamais nous n'avons trouvé de coquilles, ni dans les nids, ni au-dessous d'eux, et souvent alors qu'un seul des deux œufs de la couvée était éclos.

Le fait que les mères vivipares mangent toujours l'arrière- ' faix n'avait pas échappé à Mauriceau, ainsi que le prouve la

phrase suivante : « Chez les animaux dit-il, chaque

« petit a dans sa cellule une espèce de placenta particulier, « que la mère mange aussitôt qu'elle l'a vuidé, après avoir

(1) Journal de médecine, vol. XIV, Engelmann et Rodet.

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« rongé et coupé avec les dents les vaisseaux ombilicaux qui « y tiennent »...

Malgré les efforts que l'homme a faits par la domestication pour empêcher cette habitude, qui d'ailleurs, même chez les herbivores, on l'a constaté depuis longtemps, n'a aucun inconvénient, elle a toujours persisté et tous les animaux yreviennent dès qu'ils sont livrés à eux-mêmes. On peut ajouter que, si, certains animaux, la truie surtout, mais également la chatte, la chienne, etc., mangent parfois leur nouveau-né, ce n'est que par erreur, ces femelles s'imaginant alors qu'elles ingèrent l'arrière-faix qu'on leur a enlevé : et ce qui tendrait à le prouver, c'est, par exemple, que, dès qu'ils ont tété, les porcelets ne courent plus aucun danger.

La persistance de cet instinct paraît se retrouver chez quelques représentants de l'espèce humaine... la coutume instinctive de la placentophagie s'est retrouvée, à diverses époques, chez des peuples primitifs d'origine très différente.

C'est ainsi que Jean de Léry, ministre protestant de Genève, ayant fait en 1556 un voyage au Brésil, rapporte que les naturels du pays mangent le délivre dès sa sortie de la mère, comme les animaux.

Un siècle et demi plus tard, le voyageur Gemelli Carreri observe que, chez les Lakutes (ouYakouts), peuplade de la Russie d'Asie, le père s'empare de Tarrière-faix immédiatement après sa sortie, le fait cuire, et s'en régale avec ses parents et amis.

En Amérique, d'après Raynal, les Topinambous et les Tapuya utilisent ainsi tout l'arrière-faix fy compris les enveloppes et le cordon).

Engelmann et Rodet rapportent la coutume suivante, qui aurait été observée chez les naturels du Brésil : «.. Quand ils « peuvent se réunir en secret, ils mangent avec délice le gâ- « teau placentaire qui vient d'être expulsé. »

Il est possible, il est vrai, que cette opinion ne soit que la reproduction de faits que nous avons vu avoir été relatés antérieurement par Jean de Léry.

Dans une lettre récente, M. le D"" Raynaud, directeur de la Santé à Alger, qui termine en ce moment une étude sur l'hygiène et la médecine au Maroc, a eu l'obligeance de me donner l'indication suivante, malheureusement assez vague : « Je connais, m'écrit M. Raynaud, l'habitude de la placento-

ANTHROPOLOGIE — 2 g 5 —

u phagie, qui existe dans certaines parties du Soudan; mais ni « au Maroc, ni en Algérie, elle ne m'a paru être connue. »...

M. Bouchacourt s'est demandé si la partie extra-embryonnaire de rœufne présentait pas quelques propriétés thérapeutiques. Depuis quelques années, on emploie beaucoup les coquilles d'œufs pour favoriser la croissance des jeunes animaux et il semble que cette substance soit beaucoup plus assimilable que le phosphate de chaux ordinaire, cà cause de la prédominance du carbonate de chaux, et de la présence de l'air dans les pores de l'œuf. Il est bien probable, en outre, que la substance organique, constituée par la membrane coquillère, joue également un rôle, en rendant les sels plus assimilables et plus digestifs. Et certaines poudres à faire pondre^ dont l'action est certaine, ont pour base ces coquilles pulvérisées. Il est bien probable que ces coquilles pulvérisées remplaceraient avec avantage les différentes préparations de chaux qu'on donne aux enfants. Elles existaient d'ailleurs dans les pharmacopées anciennes.

Pour ce qui est du placenta que Dulaurens appelait le pancréas de la matrice^ on peut dire que c'est un organe des plus complexes non seulement comme structure, mais aussi comme fonctionnement.

D'après MM. Letulle etNattan-Larrier, il existe dans le placenta un produit sécrété par le plasmo.de, se présentant au microscope sous forme de boules plasmodiales qui se déverseraient directement dans le sang maternel pendant tout le cours de la grossesse. Antérieurement, Ercolani et Creighton avaient admis qu'il se formait, en divers points de la portion fœtale de certains placentas, une sorte d'humeur aqueuse, qui étaient absorbée parles villosités fœtales.

Il nous a donc paru logique de penser que la placentophagie avait un but bien déterminé, de même que tous les autres instincts qui ont ce caractère de besoin. L'ingestion du placenta par les animaux ne devant pas être un acte indifférent, pourquoi alors en serait-il autrement dans l'espèce humaine ?

D'ailleurs, au cours des recherches bibliographiques que nous avions entreprises depuis plusieurs années sur cette question, nous nous étions rapidement convaincu, que l'idée d'utiliser le placenta comme médicament était de date très ancienne.

L'opothérapie placentaire remonte, en effet, jusqu'à Hippo-

iqO— anthropologie

crate, et probablement bien plus haut, puisque le Père de la Médecine a surtout résumé les connaissances thérapeutiques qui étaient en usage de son temps.

D. Leclerc, qui a donné la longue liste des médicaments dont il est fait mention dans les recueils hippocratiques, y signale « l'arrière-faix d'une femme ».

Cette indication se retrouve un peu partout dans les Pharmacopées du moyeu âge, et jusqu'au XVII' siècle.

C'est ainsi que M. Fauvelle relate, dans sa thèse, l'emploi par les médecins de 1' « arrière-faix des femmes en couches », et les préparations placentaires jouent encore aujourd'hui un rôle considérable, dans la thérapeutique chinoise... Les propriétés aphrodisiaques de la partie embryonnaire de l'œuf paraissent assez vraisemblables.

Nous venons devoir que les coquilles d'œufs, ingérées par les poules, avaient pour effet d'en augmenter la ponte. Il est possible que cette action soit due, tout au moins en partie, à une excitation génitale,

Quant au pouvoir aphrodisiaque de l'arrière-faix, il nous paraît incontestable, tout au moins chez la lapine et la cobaye. .

Ayant eu, en effet, l'occasion d'assister un certain nombre de fois, depuis plusieurs années, au part de ces femelles en présence des mâles, nous avons toujours constaté qu'un coït suivait de très près cette mise bas, quand on ne s'opposait pas à l'ingestion du délivre, tandis qu'il n'avait pas lit!u dans le cas contraire. Est-ce là une simple coïncidence !

Comme le mâle prenait généralement sa part au repas placentaire, il nous a semblé que cette action s'exerçait peutêtre dans les deux sexes.

1,'hippomane, philtre d'amour des anciens, dans la composition duquel entrait la membrane charnue qui recouvre les poulains à leur naissance, c'est-à-dire le placenta et les membranes, était bien une préparation placentaire. Ses propriétés auraient môme été extraordinaires. Suétone rapporte, en effet, que Gesonie, pour se faire aimer de son époux Galigula, lui fit boire de l'hippomane et que ce puissant aphrodisiaque contribua à le rendre fou.

D'après Laurent Joubert, médecin du XVP siècle, le cordon ombilical des filles jouirait d'une propriété singulière qui serait certes souvent mise à contribution de nos jours, si elle était véritablement démontrée efficace. L'origine de ce prétendu

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pouvoir remonte évidemment à la lég-ende de l'hippomane.

« En quelques pays, dit Laurent Joubert, les bonnes femmes « gardent soigneusement le cordon de leurs filles pour leur « faire des amoureux quand il les faudra marier. C'est qu'el- « les ont opinion que, si on donne à manger ou à boire de « cette vedilhe mise en poudre, à l'homme qui leur est agréa- « ble, il devient extrêmement amoureux de la fille, et ne faut « plussinon faire les pactes du mariage.. . »

Le placenta a été encore employé contre la stérilité, la chlorose, les maladies de l'utérus : M. Bouchacourt insiste surtout sur l'action favorable que paraît avoir la sécrétion placentaire sur la glande mammaire, action qui lui a paru assez bien démontrée pour qu'il ait entrepris des expériences à ce sujet.

...Dans les observations que nous avons rapportées, le produit employé a été, dans la plupart des cas, du placenta de brebis préparé par M. Lepinois, et se présentant sous forme de poudre dont la préparation était faite de la façon suivante :

Le tissu placentaire était haché aseptiquement, puis desséché dans le vide en présence du sucre de lait, à une température variant entre 45° et 50° ; enfin pulvérisé et tamisé.

Cette matière pulvérulente, ressemblant à la poudre de viande, représentait trois fois son poids de placenta frais.

M. Bouchacourt rapporte plusieurs observations recueillies par M. Brindeau, qui paraissent bien démontrer cette action galactogène ; depuis, d'autres faits sont venus les confirmer et montrer qu'en somme la placentophagie favorise la montée laiteuse. De plus, elle a une action très favorable contre la constipation et l'encombrement intestinal qui suivent presque toujours l'accouchement.

Nous essayerons de faire manger du placenta à nos femmes, ce ne sera pas plus dégoûtant que le suc testiculaire.

Variétés

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