‹ La médecine;Chapitre 103 sur 125 · Voy. Appendice, n** IV · texte numérisé non relu

Voy. Appendice, n** IV

346 PATHOLOGIE GÉNERàLE.

Hippocrate, qui n'a jamais refusé les présents d'Artaxerce qui ne lui en a jamais offert, n'oublie pas non plus les honoraires; on ne les payait pas toujours de son temps, et, à ce qu^il parait, on ne les paye pas toujours du nôtre. Le médecin de Gos souhaiterait môme qu'on fit un marché d'avance , quand le mal n'est pas pressant; cela, dit-il, donne au malade l'assurance qu'il ne sera pas abandonné. Tant qu'ils souffrent, continue- t-il, les malades se ruinent en promesses; une fois guéris, ils sont prêts à injurier leur sauveur. Le môme versificateur que je viens de citer, paraphrase encore ce passage de l'opuscule des Préceptes :

Ergo petas pretium, patienti dum dolor instat ; Nam dum morbus abest, dare cessât ; lis quoque restât; Empta solet care multum medicina juvare ; Si qua detur gratis, nil confert utilitatis.

(( Mais, continue Hippocrate, le médecin n'exigera son salaire qu'en vue de s'avancer dans son art ; il s^accommodera toujours à la fortune de ses clients ; quand il y aura des étrangers ou des pauvres j c'est auprès d'eux qu'il courra fout d'abord, disposé à les assister non-seulement de ses remèdes y mais encore de sa ôowr5c. » A cette pieuse recommandation, le christianisme ne pouvait ajouter que le baiser d'amitié qu'an temps de saint Jérôme le médecin donnait aux malades pour les engager à prendre le remède salutaire, mais repoussant. Je crois cependant, à ne rien cacher, qu'on a bien fait de renoncer à cet usage assez compromettant sous plus d'un rapport.

Achevant ce tableau physique et moral, Hippo-

crate, bien éloigné en cela du sentiment de Platon qui souhaite toutes sortes de maux au médecin pour lui donner de l'expérience et le mettre à même de montrer qu'il conserve sa vie par la force de son art; Hippocrate, dis-je, recommande à ses confrères d'avoir, autant que la nature le leur permet, le teint frais et de l'embonpoint, attendu que le vulgaire s'imagine qu'un médecin qui n'a pas bonne apparence n'est pas en état de bien secourir les autres. Montaigne a dit aussi : « Jamais médecin laid et rechigné ne fait œuvre. »

Scrutateur profond de la nature, observateur attentif des malades, Hippocrate a peint d'un seul trait le triste spectacle auquel assiste chaque jour le médecin et tous les dégoûts qu'il doit surmonter, toutes les ingratitudes qui Tattendent pour prix de ses veilles et de sa sollicitude *.

o Parmi les arts, il en est certains qui sont pénibles à ceux qui en possèdent les secrets, mais avantageux pour ceux qui en usent; qui sont une source commune de bien-être pour le vulgaire, mais une source de peines et de maux pour ceux qui Texercent. Au nombre de ces arts est celui que les Grecs nomment médecine. Le médecin voit des choses pénibles, touche des objets repoussants, et, dans les malheurs d*autrui, il ne recueille que l'ingratitude et des chagrins personnels; les patients, au contraire, par l'entremise de Fart^ et non de la fortune, comme beaucoup le prétendent, échappent aux maux les plus terribles : maladies, souffrances, peines et mort, car c'est contre tous ces maux que la médecine se montre efficace. »

Je voudrais pouvoir reproduire ici tout le chapitre que M. Ghomel a intitulé : Des moyens propres à sou-

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