‹ La médecine;Chapitre 28 sur 125 · I. Tibulle, I · texte numérisé non relu

I. Tibulle, I

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raliônation mentale. C*est, croyez-le bien, non pas une réhabilitation que notre confrère proposée Thistoire, mais simplement une explication physiologique qu'il a consignée dans ses notes de clinique poétique.

tt Gaton! pourquoi entres-lu dans mon théâtre avec ce froid so jrire? u y serais-lu donc venu que pour en sortir à l'instant? » C'est ainsi que Martial ose aborder le grave censeur, je veux dire le public vertueux. En vérité, quelle délicatesse malavisée et quelle pruderie ridicule de ne pas faire ses délices des productions de la muse du poëte de Bilbilis, connu dans tout le monde,

Toto nolus in orbe Marti.ilis, Argulis epigrammaton libellis.

Et le moven de résister aux arguments de Martial? Il faudrait avoir une grande aiïectation de sévérité (amôitiose tristis), ou avoir bien mauvaise opinion de soi-même pour s'arrêter au titre ou à la première page du livre, pour ne pas aimer à rire des ridicules et des \ices des autres. Le livre est si petit [ine manus una capit)^ et il contient tant de bonnes plaisanteries! Il n'attaque que les vices et ménage les personnes (les personnes infl lenles, cela va sans dire); il se trouve dans toutes les bibliotKèques [tcritur noster utique liber)] les censeurs peuvent bien permettre quelques jeux innocents. Il est vrai, Martial n'écrit pas des vers que le maître puisse lire à ses écoliers, inais Domitien les savoure; enfin, si sa Muse est un peu légère, du moins sa vie est honnête.

Lasciva est nobis pagina, vita proba.

Caton n'ésl point de cet avis; il se détourne, passe

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outre sans répondre et laisse tomber Tadresse qne Martial venait de lui glisser dans la main; mais le médecin a dos privilt^prs cl des gitlces d'iMat. M. Ménière est médecin, il se livre A deséludes médicales sur les poêles, il renconlre Martial; pour lui, cVst toul simplement un poêle spécialiste; aussitôt il lie conversation, ne manque pas ensuite de se rendre chez le libraire Secundus, près du temple de la Paix, je veux dire chez M. Panckoucke ou chez M. Hachette, dans le quartier latin; se fournit de textes, de traductions el de commentaires, et, sans plus d'embarras qu'un professeur de clinique, il discute en très-bons termes chaque observation, ou, si vous aimez mieux, chaque épigramme (el le nombre en est grand) qui peut oITrir quelque intérêt médical ou chirurgical. Il pense sur Martial tout ce que les moralistes en pensent , et il en dit tout ce qu'en disent les hommes d'un goût délicat ; mais au lit du malade le médecin n*est pas tenu de faire de la morale, et les dégoûts lui sont interdils. Tout ce qu'on lui demande, c'est de remplir simplement et honnêtement sa mission. C'est ce qu'a fait notre confrère dans le seizième chapitre de son ouvrage, et cela sans garder la moindre rancune contre un poète pour qui tous les médecins sont des assassins, et, qui pis est, des voleurs! Plaute se contentait, jouant sur le mot,, de les appeler des mendiants (m^/ic/ta/smediciis).

Comme je ne fais pas ici oilice de médecin praticien, je n'ai pas les mômes privilèges que M. Ménière; je ne puis le suivre en ses consultations, et, pour me dédommager, je veux lui faire une petite querelle : b

93* épigi-ainme (dans les éditions les plus récentes, la 94*) du IV* livre est dirigée contre un certain médecin appelé Hippocrate (par ironie, sans doute), qui prescrivait à ses malades des potions fort amères, et leur demandait, pour se rafraîchir, un verre de quelque bonne liqueur :

Sardonica * medicata dédit mihi pocula virga : Os bominis! Mulsum me rogat Hippocrates.

Qu'est-ce que cette liqueur? Du mulsum, dit Martial ; du vin doux^ du vin nouveau^ traduit M. Ménière. Mais, dans tous les auteurs de la bonne latinité et dans notre Quicherat , mulsum signifie du vin miellé, Pline nous apprend que le meilleur est celui qui se prépare avec du vin vieux , attendu que le miel s'y incorpore très -facilement, ce qui n'a pas lieu pour le vin doux. C'était un breuvage fort renommé, trésrecherché et d'un prix élevé. «Beaucoup, dit Pline, sont parvenus à une longue vieillesse en ne prenant pour toute nourriture que du pain dans du vin miellé. Pollion Romilius en offre un exemple célèbre. Il était plus que centenaire lorsque le divin Auguste, son hôte, lui demanda comment il s'était maintenu dans une telle vigueur de corps et d'esprit. — Vin miellé au dedans, huile au dehors, répondit-il. D'après Varron, l'ictère a été surnommé maladie royale^ parce qu'on le traite avec le vin miellé. »

. On voit que le confrère aimait à se bien traiter, et on

]. Tel paraît èfre le toxtc le plus certain. La Sardaigne abonde eu herbes amères. Santonica^ de quelques manuscrits, signifierait Ttf 6tinthé dé Samioiige,

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comprend la colère du malade qui consent à lui donner du mulsum, mais avec de Tellébore:

Dulce aliquis munus pro munere poscit amaro? Accipiat, sed si potat in helleboro.

C*est toujours la vieille querelle du malade qui voudrail bien dîner et mettre son médecin à la diète. Laissons dire les mauvais plaisants et les malades. Les clients, quand ils se portent bien, ne se refusent ni les morceaux succulents ni les vins généreux. Pourquoi maigrir de l'embonpoint des autres? comme dit Horace :

iQvidus akerius macrescit rébus opimis.

M. Ménière termine les Études médicales avec Martial ; et moi aussi comme Martial, je puis dire : « Assez, ne va pas plus loin; le lecteur se plaint et se lasse. v>

Obe jam satis est, ohe b'bellel Jam leclor queriturque desinitque.

Est-ce à dire que je regrette le temps que je viens de passer avec M. Ménière et avec les poètes latins? non certes! Gomment se défendre de parler un peu longuement d'un ouvrage où la médecine et les lettres se sont réunies pour donner sur les poètes latins un des commentaires les plus originaux et les plus instructifs qui aient été faiis depuis longtemps? car je laisse à une critique chagrine le soin de relever les erreurs de détail; Tensemble me satisfait pleinement. La modestie du langage, la naïveté de l'érudition me charment, dans M. Ménière, autant que m'attachent la

sûreté de son coup d'œil médical, Texaclitude de son diagnostic et la vivacité de ses descriptions. Jamais office de commentateur n'a été aussi complètement rempli, avec autant de verve, d'entrain et de connaissances spéciales. Les Etudes médicales ont encore un autre mérite à mes yeux : M. Ménière peut dire comme Horace : « Le premier j*ai porté mes pas dans une carrière inconnue. »

Libéra per vacuurn posui vestigia princeps ; Non aliéna meo pressi pede.

Sans doute la littérature médicale compte quelques travaux isolés, quelques dissertations savantes, quelques commentaires aussi longs que stériles, mais nul travail d'ensemble n'avait été entrepris et mené à bonne fin. Désormais il ne sera plus possible de traduire ou d'expliquer les poètes latins sans recourir aux Études médicales; peut être on ne partagera pas toujours l'avis de l'auteur, du moins toutes les difficultés auront été signalées par lui. Je ne me crois donc pas quitte envers M. Ménière, et le public ne se tiendra pas non plus pour satisfait si quelque autre confrère spirituel et instruit ne nous donne, sur les prosateurs latins et même sur les auteurs grecs, un. volume semblable à celui que nous venons de faire connaître. Je veux bien applaudir, mais à cette condition qu'on nous invite, comme Pseudolus dans Plaute, à quelque nouvelle a débauche d'esprit. »

Verum si voltis adplaudere atque adprobare Hune gregem et fabulam, in craslinum vos voco.

ET DE SES DOCTRINES PHILOSOPHIQUIilS.

cl. Galeouft, medicorum post Hippocratem prineept, puilosophus, grammaticui.

AcKKiiMAMN, Imtit. Hist. méd.

 l'exemple d'Hippocrate, qui avait constitué comme science el comme an la médecine de son temps, en lui donnant une existence indépendante, Galien rassembla, coordonna toutes les connaissances médicales acquises avant lui, les enrichit de ses propres observations et créa ce fameux système médical qui , sous le nom de gnlénisme^ subsista presque tout entier jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, en dr^pit de la circulation et de bien d'autres découveites. Ce n'est point ici le lieu de juger Torigine, les sources, la valeur, les divers éléments, Tensemble régulier, les détails quelquefois disparates de ce système, qui atteste un esprit vaste et une certaine profondeur ; nous ne parlerons pas non plus dans ce travail de la vaste érudition philologique de Galien, et de futilité qu*il y aurait à étudier $es œuvres pour la connaissance plus complète de

la langue grecque classique et médicale ; nous nous bornerons à considérer aujourd'hui Galien comme philosophe. A ce lilre, il lient un rang distingué. Cependant les historiens de la philosophie se sont à peine occupés du médecin de Pergame ; lorsqu'ils ne l'oublient pas entièrement, ils ne lui consacrent guère qu'un souvenir rapide et superficiel. Loin de lui assigner la place spéciale qu'il mérite , ils ne nous apprennent rien de certain ni sur ses doctrines , ni sur son influence. S'il n'est pas possible d'accorder à Galien l'autorité d'un auteur original, on ne peut méconnaître, du moins, qu'il a exercé une action assez étendue qu'il importe d'apprécier*.

Philosophe par un goût très-prononcé, par une sorte de vocation primitive, et non comme un amateur, pour nous st-rvir du langage actuel, forcé d'interrompre ses éludes de prédilection pour embrasser la médecine, Galien n'a jamais séparé l'élude de cette science de celle de la philosophie; il poussa même si loin l'amour de cette alliance, qu'il composa des traités philosophiques à l'usage particulier des étudiants en médecine. On sait aussi qu'il a écrit sur le Médecin philosophe de très-belles pages, qui semblent un commentaire du mot fameux d'Hippucrate, quune certaine philosophie est unie à la médecine^ et que le médecin philosophe est égal aux dieux'^.

1. Le seul travail un peu intéressant, mais très- incomplet, que nous ayons sur la pliilosopliie de Galien a été inséré par Spreugel dans ses Beitraege zur Gesch, der Medicin^ t. I, p. 1|7 et suit.

2. Voyez l'opuscule De la bienséance j § 5. Édition Liltré, t. IX, p. 233. •

ET D£ SES DOCTRINES PHILOSOPUIOL'ES. Gt

Critique et historien plutôt encore que dogmatique, et n*ayant pas toujours des principes bien arrêtés, trop souvent incertain et en contradiction avec lui-même, éclectique en philosophie plus encore peut-être qu'en médecine, dialecticien comme Âristote, auquel il doit la disposition méthodique de ses ouvrages, psychologue comme Platon, qui lui a fourni ses plus belles inspirations sur la nature et sur la vie, Galion occupe une place considérable dans Thistoire de la philosophie, aussi bien en Occident que chez les Arabes.

On a comparé Galien à Âristote : cette comparaison est juste si on tient seulement compte de leurs connaissances encyclopédiques, de leur esprit d'observation et de leur influence au moyen âge ; elle est fausse si Ion considère la direction générale de leur intelligence, leur tendance respective, leur valeur intrinsèque. Âristote fut, il est vrai, naturaliste et philosophe comme Galien fut philosophe et médecin; mais Âristote embrassant, au point de vue dogmatique, le cercle de la philosophie dans toute son étendue, créa un système complet et solide de logique et de métaphysique, système que les modernes ont en grande partie accepté et consacré, tandis que Galien se proposa surtout d'étudier et de juger les doctrines de ses devanciers ou de ses contemporains, mais n'en inventa point de nouvelles. D'ailleurs il rattache plus encore la philosophie à la médecine que la médecine à la philosophie. En un mot, dans la conception générale de ses ouvrages, la philosophie est un instrument, une réminiscence puissante des études de sa jeunesse, mais la médecine fut toujours son but principal. De plus, ses livres purement

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philosophiques sont presque tous consacrés à des ques* tions de détail ou de criliquo. Nous ajouterons enfin qu'à Tépoquc où florissait Galion, époque bien différenle de celle d'Arislole, la philosophie, arrivée à une ère de transition, allait suhir une sorle de transformalion pour éviler un naufrage complet, ci n'avait piesque plus d'unité et de caiaclère positif; les écoles étaient divisées et les sectes multipliées plus qu'en aucun autre temps; c'est ce qui noiis donne encore l'explication du peu de précision et de fermeté que nous trouvons dans les jugements et dans les appréciations du médecin de Pergame.

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