‹ La médecine;Chapitre 58 sur 125 · ET LES MÉDECINS COMPILATEURS · texte numérisé non relu

ET LES MÉDECINS COMPILATEURS

sentence d'Hippocrate , que Voccasion est prompte à s^échapper; mais il ne s'est plus souvenu de la première partie de Taphorisme, où on lit que la vie est courte et que Vart est long et difficile; si l'art est long et difficile, il faut, malgré la brièveté même de la vie , s'y former à loisir, et se trouver prêt à tout événement sans avoir recours, pour chaque cas, à quelque manuel ou à quelque formulaire.

Le Manuel médico-chirurgicalj l'auteur le déclare à deux reprises, n'a presque aucune originalité; Paul l'a composé d'après les anciens, n'apportant de son propre fonds que certaines choses et en petit nombre, qu'il a vues et expérimentées; car il n'est pas assez audacieux pour croire que les anciens aient rien omis de ce qui est nécessaire à l'art. Il Ta tiré, dit-il, de Galien, d'Oribase, et des meilleurs auteurs; mais ces meilleurs auteurs, ce sont en définitive ceux auxquels Oribase lui-même a emprunté les divers chapitres de ses ouvrages'. Un seul des sept livres qui composent le Manuel de Paul, le sixième, celui précisément qu'a choisi M. Briau, a de l'intérêt pour nous en ce que les sources d'après lesquelles il l'a rédigé sont en partie perdues ; les six autres, qui traitent de l'hygiène, des fièvres et de leurs symptômes, des maladies internes a capite ad calcem, des maladies de la peau, des poisons et des animaux venimeux, enfin de la matière médicale, pourraient disparaître sans grand dommage, puisque nous retrouvons

1 . A ces sources il faut ajouter les modernes , c*est-à-dire les auteurs qui ont écrit après Oribase et dont Paul rapporte quelquefois ropinion, mais aana indiquer aucun nom propre.

ii4 PAUL D'ÉGINE

dans d'autres auteurs, et avec plus de développement, tous les sujets qui y sont traités.

Tel n'est pas Tavis de M. Briau, si enthousiaste de Paul en général , et en particulier du sixième livre de son Manuel^ qu'il me parait avoir méconnu le vrai caractère de cet ouvrage et lui avoir assigné dans This^ toire de la science une place tout autre que celle qu'il y doit occuper. C'est en vain que Paul se fait la part aussi petite que possible , M. Briau ne veut pas le croire sur parole, tant il semble craindre qu'on ne l'accuse de prendre peu de soin de la renommée de son auteur.

Paul a fait pour son époque ce que Gelse a fait pour la sienne, un résumé pratique des connaissances médicales du temps; mais dans le talent d'écrire, dans la disposition du sujet, dans le sentiment de l'étendue, de la dignité, des difSculiés de l'art, dans la manière de juger les grandes questions , quelles profondes différences! ou plutôt ne cherchons point à comparer. Gelse, qui a mérité le surnom de Cicévon de la médecine, est un maître dans l'art d'écrire et d'exposer ; Paul n'est qu'un pâle abréviateur ou un copiste servile, qui, faute de pratique ou de discernement, n'a pas toujours compris les auteurs qu'il abrège.

«J'ai entendu, dit M. Briau (p. 43), des savants estimables (M. Briau me fait l'honneur de me mettre au nombre de ces savants) avancer que Paul n'avait pas mis un mot de lui dans son ouvrage^ et que les passages mêmes où il parle à la première personne sont copiés textuellement dans les auteurs.... Je n'ai pas besoin d'insister pour démontrer combien cette assertion est peu fo.ndée, etc., etc. » Suivent quelques

ST LES MiOECINS COMPILATEURS. 115

exemples, qui malheureusement se retournent presque tous immédiatement contre H. Briau et battent complètement son opinion en brèche.

Et d*abord, si vous comparez minutieusement les ourrages d'Oribase ayec le Manuel de Paul, voici ce que TOUS constatez . Sur quatre-vingt-dix-neuf chapitres que renferme le premier livre de Paul, quarantehuit ou cinquante sont copiés, la plupart textuellement, du cinquième livre de la Synopsis d'Oribase ; quelques autres ont été empruntés à un traité que le même auteur avait dédié au célèbre Eunape, et de ce qui reste, la plus grande partie est tirée plus ou moins littéralement de Galien. Dans le deuxième livre, sur soixante et un chapitres, plus de la moitié se trouve dans le même cas. Pour le troisième livre, compris en quatre-vingt-un chapitres , la ressemblance avec la Synopsis est moins évidente, mais Galien y a été mis largement à contribution , et sans doute aussi les livres perdus de la Collection médicale d*Oribase. Ainsi, pour près de la moitié des chapitres des trois premiers livres du Manuel^ non-seulement le texte d'Oribase peut servir à constituer celui de Paul d'Égine et réciproquement; mais les deux textes peuvent être substitués indifféremment Tun à Tautre.

« Que faites-vous donc, reprend M. Briau, des chapitres 41 et 66 du premier livre, où Paul rapporte en son propre et privé nom des faits de sa pratique? » — Ce que j'en fais? La réponse est facile : Des copies textuelles. Voyez plutôt : Galien avait dit : J'ai vu un individu affecté, etc., on je fais telle chose; Oribase {Synopsis Y, 38, 49) empruntant ces chapitres à Ga-

116 PAUL D'eGINE

lien, écrit : J'ai vu un individu affecté^ fai fait telle chose, et Paul, copiant le chapitre d'Oribase, écrit encore sans hésiter et sans rougir : J'ai vu un individu affecté y fai fait telle chose ; seulement, comme Oribase a Thabitude à peu près constante d'inscrire en tête des chapitres le nom de Tauteur auquel il a fait ses emprunts, habitude que Paul imite très-rarement, nous savons que c est en définitive à Galien qu'il faut rapporter le y ae vu ou \Qfai fait. Voilà tout le secret. Quelquefois Paul met je là où Galien, par exemple, met on, et, de cette façon, il dissimule une partie de son larcin; c'est le cas pour le chapitre 3 du livre m.

Non content de rehausser outre mesure le mérite de Paul ; non content de soutenir que le sixième livre de son Manuel est sans contredit, avec l'ouvrage de Gelse, tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus complet sur la médecine opératoire , M. Briau ajoute : c< Entre ces deux auteurs, il y a bien encore d'autres écrivains, en possession d'une renommée plus ou moins éclatante, qui se sont occupés de chirurgie.... mais aucun de ces écrivains n'a rassemblé dans un recueil particulier le fruit de ses lectures ou de sa pratique.... Quant aux ouvrages qui nous restent d'Oribase, ils n'ofifrent presque aucun intérêt au point de vue chirurgical. »

C'est là, n'en déplaise à mon savant confrère, une très-grave hérésie. Comment! Oribase n'a rien écrit d'intéressant au point de vue chirurgical? Il a disséminé sans ordre et sans méthode , comme sans suite, les diverses maladies externes et les procédés d'opéralion? Mais, évidemment, le zèle emporte M. Briau trop loin du but qu'il voulait atteindre! Il n'a plus

Page 1