ET LES MEDECINS COMPILATEURS
Youla se rappeler qu'Oribase a rédigé, sous le nom de Collection médicale^ un ouvrage en soixante-dix livres, qui comprenait, dans un ordre méthodique, tout ce que les médecins ses prédécesseurs avaient laissé' d*important sur Thygiéne, la matière médicale, la physiologie, Tanatomie, la médecine et la chirurgie. Il est vrai que nous avons perdu plus de la moitié de ce précieux recueil; mais il est vrai aussi que nous possédons justement une partie assez étendue de la section qui était consacrée à la chirurgie. Outre qu'il ne tient pas grand compte des livres très-instructifs sur les fractures et les luxations^ sur les lacs et les machiîies, M. Briau n'a pas voulu non plus se souvenir que le cardinal Mai^d'illustre et vénérable mémoire, nous a rendu les livres XLIV et XLV, et une partie des livres L et LI, qui traitent des abcès^ des tumeurs^ des fistules^ des anévrismes et de certaines affections difficiles à désigner dans ce volume ; il a également oublié que M. Littré a publié aussi, d'après un manuscrit de Paris, des fragments très-importants delà Collection d'Oribase *. Tout cela, c'est bien de la chirurgie, et même, si vous passez de la lecture des titres à la lecture des chapitres, vous a£Srmerez avec moi que c'est de la grande et de la bonne chirurgie. Paul d'Égine n'a pas manqué de la mettre largement à contribution pour la rédaction de son sixième livre, mais quelquefois sans une grande intelligence du sujet.
Puisque M. Briau ne veut pas admettre ce fait, il
1. Voyez parUcuIièrement le tome IV de rédition d'Oribase, que M. Bnsaemaker et moi pablions en ce moment chez MM. Baillière et Qls. L'ooTrage sort des presses de l'Imprimerie impériale.
118 PAUL d'ÉGINE
faut bien que je prouve mon assertion par un exemple dont lui-même me fournit la matière. Aux pages 60 et 61 de son Introduction, M. Briau, contrairement à Topinion de Sprengel, auteur d*une histoire de la médecine opératoire, et d'accord en cela avec Peyrilhe, autre historien de la chirurgie, attribue à PauId'Égine l'honneur d'avoir fait avancer, en beaucoup de points, l'opération si délicate et si périlleuse des anévrismes, tandis qu'il refuse à Antyllus, chirurgien célèbre, toute participation à ces progrès.
Cette fois (j'en suis presque fâché), c'est Sprengel, historien toujours si inexact, qui a raison : ce qu'il soupçonnait d'après Rhazès, moi, je l'affirme d'après Oribase ; j'ouvre le quatrième volume des Classici auctores du cardinal Mai, à la page 56, et j'y trouve, sous ce titre : Sur les anévrismes, chapitre tiré d'Antt/llus^ le vingtième chapitre du quarante -cinquième livre d'Oribase; je lis comparativement ce vingtième chapitre avec le trente-septième chapitre de Paul, et je constate que, sauf le début de ce trente-septième chapitre, début emprunté à Galien, Paul abrège Antyllus, sans le nommer, et en mettant sa personne en jeu là où Antyllus avait parlé en son nom. Mêmes expressions, même division des anévrismes, mêmes procédés opératoires , tout y est, sauf certains détails qui animent la description d'Antyllus et qui prouvent jusqu'à quel degré de perfection était parvenuerla médecine opératoire.
Ce que je viens d'établir pour l'anévrisme, je pourrais le prouver pour beaucoup d'autres chapitres dont nous avons les originaux dans la Collection d'Oribase ;
ST LES MÉDEQI1I8 COMPILATEURS. il9
et quand je sarprends aussi manifestement le travail de compilation ou de copiste là où la comparaison des deux auteurs m'est permise, je ne crois pas dépasser les bornes de la critique en supposant que Paul a agi de la même façon d'un bout à l'autre de son Manuel. Je yeux bien admettre que peut-être quelque chose dans le Manuel lui appartient en propre; mais quel est ce quelque chose? C'est ce que je ne saurais dire; les pertes qu^a subies la littérature médicale sont si considérables, la mutilation de la Collection d'Oribase porte sur une partie si étendue, que les moyens de complète vérification me manquent ; or, ce sont précisément ces pertes qui, je le répète, font le mérite du sixième livre de Paul d'Égine , puisque ce livre est, pour une partie du moins, le seul monument écrit qui nous per- , mette de tracer l'histoire des progrès de la chirurgie depuis Celse, jusqu'au moment où elle va, réduite aux plus mesquines proportions par les soins de Paul d'Égine, passer entre les mains des médecins bysantins.
Cette histoire de la chirurgie, M. Briau en a retracé les principaux traits d'une manière intéressante et ins^ tructive. Nous différons seulement de point de vue dans l'appréciation : au lieu de rapporter à Paul une partie des progrés que la chirurgie a faits depuis Celse, je les attribue à qui de droit, quand Oribase , Galien ou Rhazès sont mes guides * ; quand ils m'abandonnent ou
I . Le Continent de Rhazès est un ouTrage analogne à celai d^Oribase, et tiré en grande parité des sources grecques. La Chirurgie d'AII)uca8is est encore un point de comparaison très-précieux. Le médecin arabe a pu copier Paul d'Ëgine, maie il a également puisé dans la Collection d'Oribase.
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quand Paul parait avoir puisé à d'autres sources perdues pour nous, je mets un point d'interrogation au lieu d'un nom propre.
Ici encore la science des intermédiaires devient donc -la règle suprême de l'histoire littéraire ; plus un auteur est récent, plus ses ouvrages offrent les caractères d'une compilation, lors même qu'il se défend d'avoir copié (ce qui n'est pas le cas pour Paul d'Égine), plus il faut se tenir sur ses gardes et suspendre son jugement ; car on peut être assuré que cet auteur doit tout ou presque tout à ses prédécesseurs. D'où il résulte que, pour éditer et apprécier un auteur comme Oribase ou Paul d'Égine, il faut avoir présents à la mémoire ou sous les yeux, tout ce qui nous reste de la littérature médicale antérieure.
Notre zélé confrère a collationné dix-neuf manuscrits , de la Bibliothèque impériale de Paris ^ ; cette collation est très-détaillée et certainement très-exacte. Les autres manuscrits, disséminés dans les bibliothèques de l'Europe, n'ont pas été mis à contribution. Parmi les raisons que donne M. Briau pour s'excuser de n'avoir pas fait ce travail, il en est de très-légitimes, mais il ne me paraît pas permis de dire : a Le nombre des manuscrits que j'avais à ma disposition m'a paru suffisant pour donner un bon texte de mon auteur.. .. Cette collation (celle des manuscrits étrangers), je ne la crois pas indispensable à l'intelligence de cet ouvrage... • Je pense que toutes les difficultés lexicographiques peu-
1 . Deux manuscriU, si je ne me trompe, ont échappé à ses investigations.