DE L'ECOLE DE SALERNE
SON HISTOIRE ET SES DOGTRUflS.
Jusqu'à ces dernières années, Thistoire de TÉcole de Salerne se réduisait à de très-vagues notions sur quelques-uns des médecins qui ont pratiqué ou enseigné à Salerne, pendant la première période du moyen âge, et sur lepoëme didactique, sorte de prose métrique, connu généralement sous le nom de Schola Salernitana (École de Salerne). Les historiens qui passent pour les plus érudits, n'ont pas même pris la peine de lire les ouvrages salemitains publiés dès l'invention de l'imprimerie * : ils les tenaient pour trop barbares ou pour trop superstitieux; encore moins ont-ils songé à ouvrir, soit les manuscrits, pour y rechercher les écrits oubliés,
1. Par exemple: la Pratique de J. Platearius ; le traité de Matière médicale, Circa (mtons (des deux premiers mots par lesquels il oommenée), d*un autre Platearius; l'iiftltcifolaire de Nieolaus, avec les Gloses d'un troisième Platearius; VAnatomie du porc et ]& Tliërapeutique (Àrs ou Modus medendi)^ par Gophon ; le Passionnaire de Gariopuntus ; l'ouvrage de Trotula sur les Maladies des femmes ; les traducUons faites par Constantin, sans compter divers opuscules anonymes ou portant de fausses attributions, et qu'il était peut-être dirficile de reconnaître pour salernitains.
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soit les chartes, les chroniques et autres documents, pour y recueillir des renseignements relatifs à l'histoire d'une école, trop célèbre pendant tant de siècles pour n'avoir pas laissé quelques traces dans la mémoire des contemporains.
On ne savait, ni comment la médecine s'est conservée en passant des mains des Grecs dans celles des Lalins, ni par quelles voies elle est arrivée à Salerne. Loin de s'enquérir avec exactitude du vrai caractère et de la succession des doctrines qui ont été suivies et professées par les maîtres de cette école ', on se contentait d'affirmer que tout y était venu de Galien et des Arabes ; de Galien,'qui a été peut-être moins connu que les autres médecins grecs pendant la première période du moyen âge; des Arabes, qui ne furent introduits en Occident que par Constantin, c'est-à-dire quand l'École de Salerne avait au moins deux siècles d'existence; encore le moine du mont Gassin s'approprie dévotement les ouvrages des infidèles, pour les purifier et les rendre moins suspects !
Voici comment l'histoire de l'École de Salerne a tout à coup changé de face. Le très-savant et très-regrettable docteur Henschel, professeur de médecine à
1 . Je (lois faire une exception en faveur de M. Hœser, qui , même avant les récentes découvertes, dans la première édition de son exceWeni Manuel d' histoire de la médecine (en allemand, 1845], avait compris un peu mieux que ses devanciers le rôle et l'importance de rÉcole de Salerne.
rUniyersité de Breslau, et Tun des amis les plus sincères et les plus dévoués que j*aie jamais rencontrés en Allemagne, s*occupait, dès Tannée 1837, de publier un catalogue des manuscrits médicaux du moyen âge, conservés dans les divers bibliothèques de Breslau. ku début même de ses recherches, il mit la main sur un très-beau manuscrit du treizième siècle, dont personne n*avait jamais parlé et sur le dos duquel on avait écrit Herbarius. Il eut bientôt reconnu que cet Herbier contenait trente-cinq traités, tous d*origine salemitaine, pour la plupart inédits et dont l'ensemble représente, à l'exception de la chirurgie, toutes les parties de la science médicale ^ Le second de ces traités qui est intitulé : De œgritudinum curatione {Du traitement des maladies) se compose de cent soixante et treize chapitres ^; il constitue une sorte d'encyclopédie, une véritable somme médicale composée, comme celles d'Oribase, d'Aëlius et de Paul d'Égine, d'une suite d'extraits empruntés nominativement aux principaux Maîtres de l'École de Salerne. Quelques-uns étaient déjà connus (Platearius, Cophon, Trotula) ; d'autres entraient pour la première fois, par leurs propres œuvres, dans le domaine de l'histoire (BarthoIomaBus, Petronius, Ferrarius, Johannes ÂfHacius).
J'ai examiné à Breslau ce précieux manuscrit, et je Tai fait connaître en France, dans un rapport à M. le ministre de l'Instruction publique ^. À son tour M. Hen-