XII INTRODUCTION
que la religion serve de drapeau à la médecine 5 surtout ou ne doit pas permettre qu'elle lui serve d'enseigne.
On rapporte qu'un jour le célèbre médecin anglais Mead, traversant la Tamise sur London Bridge, rencontra un de ses anciens amis de collège revêtu d'oripeaux : — Comment ! s'écria Mead , toi que j'ai connu l'un des meilleurs parmi nos condisciples, disputant aux plus vaillants les palmes et les couronnes, lu as pu descendre jusqu'à un tel métier! — Trêve de belles phrases, mon cher Mead, répliqua l'ami, et réponds seulement à deux simples questions : Combien penses-tu qu'en une journée il puisse, sur ce pont , passer de gens d'esprit ? — Un très-petit nombre sans doute ; l'esprit est si rare ! — Et combien estimes-tu qu'il y passe de sots? — Oh! de ceux-là, répliqua le vrai docteur, le nombre est incalculable, et il en doit passer par milliers. — Eh bien ! dit l'ami, les gens d'esprit forment ta clientèle et les sots forment la mienne.
Au moins s'il n'y avait que des sots; mais il y a aussi des victimes !
J'en ai fini avec la médecine mystique et je reviens à la médecine positive ; j'y reviens par l'ouvrage de M. Chauffard, où j'ai trouvé à côté de pages excellentes quelques propositions hasardées que j'ai cru de mon devoir de signaler, afin de prémunir contre les conséquences compromettantes qu'on en pourrait tirer. J'aimerais à voir M. Chauflard descendre plus
INTRODUCTION. ZllI
souvent des sommets de la philosophie vers les régions plus humbles, mais plus sûres, de la tnédecine proprement dite. L'auteur des Principes de Pathologie générale critique ses devanciers , et c'est son droit: mais que leur reproche-t-il? de s'attacher beaucoup trop aux phénomènes, et je dirais presque de faire de la pathologie générale avec de la pathologie spéciale ; cependant je ne vois pas trop par quel autre procédé on pourrait arriver à des notions générales, si ce n'est par l'étude des faits particuliers. S'il est vrai, comme l'avoue M. Chauffard lui-même, que la pathologie générale ait pour but de rechercher et de déterminer les lois en vertu desquelles les maladies se produisent, se développent , se modifient, se transforment, se guérissent ou se terminent par la mort ; — si elle étudie les signes par lesquels ces maladies se révèlent ; — si elle marque les affinités et les dissemblances des divers groupes pathologiques ; — si elle montre les rapports qui existent entre la physiologie et la pathologie ; — si enfin elle compare (et cette comparaison est indispensable) les manifestations morbides aux différentes époques, chez les différents peuples et dans les diverses classes d'animaux , il est évident que cette pathologie générale ne peut pas résulter d'autre chose que de l'observation attentive et raisonnée des phénomènes. On peut, sur les détails ou même sur la méthode différer d'opinion avec M. Monneret, ou M. Bouchut, ou MM. Hardy et Béhier, mais