XIV INTRODUCTION
on ne saurait faire à ces messieurs un crime de ne pas trop perdre de vue les malades pour écrire sur la médecine. Je ne comprends pas très-bien, je l'avoue, une pathologie générale a qui laisse la superficie et Timage des choses pour saisir les choses elles-mêmes, » si ce n'est par une pathologie générale fondée sur la clinique. Comment «atteindre à l'unité,» si ce n'est par la contemplation du multiple? Et pourquoi même l'exiger à tout prix? Elle ne saurait peut-êlre pas exister, tant les phénomènes de la vie saine ou malade sont complexes, tant ils sont enveloppés d'obscurités. En tout cas, ce ne sont ni les spéculations de la philosophie, ni les décisions de la théologie qui peuvent conduire à cette unité ; il faut la chercher avec le scalpel, les réactifs, le microscope, les plus savantes expériences et les observations les mieux dirigées.
M. DeUoux de Savignac, professeur de cUnique à l'École de Médecine navale de Toulon, se montre, dans un ouvrage distingué*, aussi ami de la philosophie que l'est M. Chauffard ; toutefois il invoque la philosophie comme un instrument, et ne permet pas qu'on mette la médecine sous sa dépendance. « La médecine, dit-il, poursuit l'accord de l'expérience et de la raison ; elle atteint ce but avec ses méthodes, maniées par un sens droit, un jugement calme et sur; elle le manque dès que l'imagination se met de la
i • Principes de la doctrine et de la méthode en médecine, etc. Paris, 1861, in-8.
INTRODUCnON. XV
partie. Laissons les fantaisistes de tous les temps grossir les proportions des choses et transposer les théories en dehors de Torganisation. II y a une autre école où les questions ne s'élèvent qu'à la hauteur du sens commun ; c'est la bonne, je vous le jure. » Le sens commun ne suffît pas, il faut le bon sens médical^ qui est un raisonnement fondé sur l'expérience , ou , comme s'exprime un auteur hippocra tique, une démonstration d oeuvre ^ car, ajoute cet auteur, une construction scientifique qui n'a pour elle que la probabiUté est glissante et faillible.
Ce sont ces mêmes principes que M. Valette, chirurgien de Lyon, s'efforce de défendre dans une brochure qui a pour titre : De la méthode à suivre dans F étude et renseignement de la clinique. Les arguments ne sont pas tous d'égale force, et parfois l'auteur outrepasse le but ; mais là n'est pas la question. M. Valette veut que le raisonnement procède de l'observation et deTexpérience; il ne sépare ni l'organisme des organes ni les organes de l'organisme, et c'est cela dont je me plais à le louer. M. Valette appartient à l'école de M. Rostan, le maître d'une partie de la génération médicale actuelle. Vorganicisme croit que la vie n'est pas un principe surajouté dans les êtres animés^ pas plus dans l'homme que dans les animaux ou dans les plantes, un principe indépendant de la matière organisée. «Il reconnaît dans l'organisation, c'est-à-dire dans une certaine disposition moléculaire donnée à la