XVI INTRODUCTION
nature par le Créateur, la puissance de naître, de se développer, de se reproduire, et dans cette succession, dans ces phases de développement, d'acquérir toutes les qualités qu'on a attribuées au principe vital ou à la force vitale. ï> L'organicisme ne nie pas Tâme, mais il ne s'en sert pas pour expliquer la vie : ce n'est pas une doctrine philosophique , mais une doctrine biologique ; je ne lui reprocherai donc pas d'être une doctrine matériaUste ou athée ; M. Rostan l'en a défendue par plusieurs arguments, dont quelques-uns paraissent décisifs ^ Je la blâmerai seulement d'être restée un peu trop étrangère au mouvement qui pousse la médecine vers toutes sortes de recherches de physiologie générale et spéciale, vers l'expérimentation raisonnée, vers l'application des sciences chimiques et physiques aux problèmes médicaux, vers l'étude de la médecine comparée, mouvement qui a étendu le domaine de l'anatomie pathologique des organes aux tissus, des tissus aux liquides et jusqu'aux éléments organiques. Tout cela constitue une médecine positive qui devrait être partie uUèrement du goût des organiciens, si elle semble trop hypothétique ou trop matérielle pour ceux qui voudraient mettre dans les sciences les idées au-dessus des faits ^ ou du moins les idées avant les faits.
1. DeVOrganicisme, précédé de réflexions sur Vincrédulité en matière de médecine, et suivi de commentaires et d'aphorismes; troisième édition. Paris, 1864.
INTRODUCTION. XVU
Je De me suis ni ennuyé ni fatigué à parcourir les ouvrages dogmatiques sur lesquels j'ai essayé de porter un jugement, et qui m'ont fourni Foccasion de discuter quelques points de philosophie médicale ; mais, il faut bien que je Tavoue, c'est avec un plaisir plus vif et avec non moins de profit que je viens de lire quelques volumes intitulés Leçons ou Conférences de médecine clinique^ et entre tous, la Clinique médicale de r Hôtel-Dieu de Paris, par M. Trousseau. Quelle animation, quel mouvement et quel amour de Tari dans ces leçons improvisées au sortir d'une longue et pénible visite d'hôpital ! Quelle éloquence entraînante et persuasive dans la description si simple, mais si vraie des misères humaines ! Les médecins me comprendront quand j'appellerai un jour de fête et de débauche le jour de loisir qu'on peut consacrer à la lecture de pareils livres ; et si les gens du monde s'étonnaient d'un tel délassement, je leur répondrais aussitôt, avec M. Trousseau : a 11 semble étrange aux gens du monde d'entendre les médecins parler du charme qui accompagne l'étude de notre art ; l'étude des lettres, de la peinture, de la musique ne donne pas de jouissances plus vives que celles de la médecine, et celui-là doit renoncer à notre profession qui n*y trouve pas dès le début un attrait presque irrésistible. » Cet attrait d'artiste n'est sans doute pas le seul que trouve et que recherche M. Trousseau ; quoique dans sa clinique les élans du cœur n'égalent
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pas les élans de Tentliousiasme médical, cependant le triste spectacle qu'il a chaque jour sous les yeux ne le laisse pas indifférent. Un médecin qui aime autant la médecine doit aussi aimer les malades ; j'en découvre une preuve indirecte dans un passage où M. Trousseau n'a pas de paroles assez énergiques pour flétrir les médecins stupides ou malhonnêtes qui expérimenteraient sur l'homme dans le seul dessein de constater le résultat de leur expérimentation, ou qui abuseraient de la position dépendante des malades dans les hôpitaux pour satisfaire une coupable et vaine curiosité.
Je ne puis suivre ici Téminent professeur dans ses belles leçons sur toutes les espèces de maladies qui viennent de passer successivement sous mes yeux, et dont l'image est présente à mon esprit comme si j'avais assisté moi-même à l'examen du malade ; je me bornerai à extraire de la première leçon de M. Trousseau un passage où l'auteur marque, par un exemple frappant, combien est grande la distance qui sépare le vrai médecin de l'empirique ; ces considérations ne sauraient être rappelées trop souvent au public, car le public trouve toujours des motifs d'éloge pour l'empirique et des motifs de blâme pour les médecins :
« Quand la comtesse del Ghinchon envoya à Rome et à Madrid la poudre miraculeuse qui l'avait guérie de la fièvre, elle ne faisait qu'un acte d'empirisme;