‹ La médecine chez les ChinoisChapitre 2 sur 103 · PLANTES MÉDICINALES DE LA CHINE · texte numérisé non relu

PLANTES MÉDICINALES DE LA CHINE

iminioalinn ; très - bonne station pour notre marine , qui y trouvera en tout temps des npprovi.sionnements et des abris si'irs ; entouré de frontières à peu près inaeres.sibles, le royaume d'.Auiiani, ilevenu terre française, est appelé, sons une administration liabile , qui saura tirer parti de Télément indijjène en le ménn'jeant , et avec le concours nécessaire de capitalistes formés en a.ssociation , à devenir, pour notre eommcrce et notre industrie, une source de richesses.

Les arts et l'indusbie annamites sont peu avancés. Enfants perdus des Cliinoia, gâtés par les libéralités de la nature, ils connaissent la plupart d<'8 inventions qui leur ont clé transmises par les caractères de la langue chinoise que leurs sciences et leurs lettres ont adoptés, mais ils ne clierebent pas à en proGler. Nous aurons peu à leur demander sous ce rapport; mais, d'un autre côté, que de cho.s<-s utiles à emprunter à leur histoire naturelle! Sans compter leurs buis <le Tel, de Sai-tou, et tant <T autres bois de construction , si remarquables par leur grain et leur dureté et si recherchés par les Chinois; sans parier de leurs milliers d'espèces végétales si précieuses pour nos manufactures et notre olnnenlation , nous y trouverons la plupart des plantes médicinales usitées en Cliine , et qui constituent une des branches importantes du commerce indigène. Or, qui sait si quelques-uns de ces agents de guérison ne seront pas appelés on jour à prendre place dans notre pluirmacie, et destinés à succéder à quelques-uns de nos moyens thérapeutiques? Il n'y pas très-longtemps que nous avons emprunté le quinquina à T.Amérique, le cousso àT-Afrique, la rhubarbe à T.Asie, etc.

Maintenant que nous possédons un territoire d'où nous pourrons tirer 1a plupart de ces plantes médicinales ; maintenant que , grâce à la Société d'acclimatation, nous pourrons introduire dans nos provinces les espèces qui redoutent un soleil trop brûlant, n’est-il pas opportun, en attendant que des recherches sérieuses soient faites sur les lieux mêmes, de commencer à consulter les ouvrages chinois qui décrit ent les prcqtriétés et les vertus de ces plantes, et qui expliquent leur usage en médecine? Moins avancés que nous en anatomie, en pathologie et en physiologie, les Cliinois ont suppléé à ces sciences par leur esprit d’observation, leur expérience et leur connaissance des matières premières. Tout ce qui vole dans Tair, tout ce qui nage dans l’eau, ou tout ce qui est sur la terre ou dans son sein, a été étudié avec soin par eux. Depuis un temps immémorial, ils font entrer dons leurs remèdes le carbonate de soude , le sulfate de soude , le sulfate de fer, le minium , l'acétate de cuivre , le carbonate de chaux , le sulfiu-e de cuivre , le cinabre , le chromotc de plomb , le borax, l’alun, le mica; le soufre, avec lequel ils guérissent la gale, connue depuis plus de quatre mille ans sous le nom de Ichong-liai (mots qui sigailient puUuici formées par un ter) ; l'arsenic , pour combattre les fièvres intermittentes rebelles ; le mercure , pour expulser du sang le virus syphilitique et dont ils se servaient bien des siècles avant

PLAXTES MÉniCIXALES DE LA CHINE.

la d^comrrte dp l'.Aniériqne ; enfin tant d" antres siibslanres minérales on véj]élales dont nn <^and nombre nous est encore inconnu. Suivant lenr tra<lition , l'étude de la materia médira remonte à la plus haute antiquité. L’emperenr Chin-noiig (esprit laboureur), 3il(i avant J.-C., fnt le premier qui fit connaître à ses sujets les cinq sortes de <]raines les pins propres à la nourritnre de l’homme, et qni leur apprit à dislingner les cent sortes de plantes utiles. Il inventa tous les instruments qui peuvent faciliter la culture du sol , et en ensei<]na l’iisajje. Il >p>ùla luiméme les différentes productions de la terre , et il connut ainsi les plantes vénéneuses et tontes celles dont les qualités ou les vertus peuvent contribner à la santé ou guérir les maladies. Frappé de leurs extrêmes différences, il fit sur ce sujet de profondes ri-ftexions et inventa la médecine ; puis, dans la crainte que la tradition orale ne pût suffire pour conserver le .souvenir de ses travaux, il eut recours , en l'absence d<‘s caractères de l’écriture qui n’étaient pas encore inventés, à des signes conventionnels formés par la combinaison d’un certain nombre de lignes droites ou brisées. Honang-ty (2637 avant J.-C.) fit recueillir religieusement toutes les déconvertes antérieures , et fit de la médecine un véritable corps de science , dont les éléments furent consignés dans un livre qui est venu jusqu’à nous. — Cet ouvrage (\uei-king) c.st certainement , au point de vue historique de la médecine , le plus curieux qui existe. Les plus habiles critiques chinois disent que le texte original ne subsiste plus tel qu’il est sorti des mains de l’auteur; mais iis croient sur de bonnes preuves qu’on n’a fait qu’en simplifier le style pour le mettre à la portée de tons les médecins. Quelques-uns soupçonnent qu’on a fondn , dans cette espèce de traduction , des principes et des observations qui appartiennent à la dynastie des Tcheou (1222 avant J.-C.), et même à celle des Han (200 ans avant J.-C.). Quoi qu’il en soit, comme les livres de médecine furent exceptés de l’édîl de proscription de Tsin-che-honang , le brûleur de livres , on ne peut donU'r que la Chine ne possède les plus beanx secrets de l’antiquité. QbcIs enseignements ne peut-on pas en espérer, surtout quand un songe que quarante siècles d’expériences et d’observations ont grossi ce trésor d’nne infinité de découvertes transmises religiensement d’Age en Age!

La théorie médicale des Chinois , reposant sur des bases moins certaines que la nûtre , a quelque chose de pins vague et de pins mystique. « 1.01 médecine, disent-ils , ne pent rien qne selon les vues et les s desseins impénétrables dn tien (ciel). Outre qn’elle est presqne toun jours dons les nnages dn doute , de finceTtitnde el de la conjecture , s combien de maladies nouvelles , combien de fièvres épnlémiqnes et » de pestes , combien de crises générales et de symptdmes développés » huit à <-o«ij) qni écha|>pent à sa pénétration et rendent inutiles tous s ses efforts (Xuei-king)l L’Iiommc ne sait pas comment il naft, et » ignore comment il meart ; tout est mystère ponr hii. II voit bien

PLANTKS MEDICIXALES DE LA CHIVE.

» rinslriimciit , cherche à en expUqiier les ressorts, donne des noms n aux cordes les plus cachées , mais les vibrations et les notes qui forn ment l’harmonie sont au-dessus de sa portée. Les jours de l'homme s sont comptés , In lunqueiir de sa course mesurée , et la home de sa n carrière ûxc et immohile , sans aucun espoir que la médecine puisse y n rien changer, pari'e que tonte vie est un anneau dans la grande chaîne » des destinées du monde, dont toutes les proportions sont déterminées n et immuables. I,a médecine ne peut donc sauver de la mort, mais son » rôle reste encore admirable ; elle sert à prolonger l’existence, à guérir n d'une roule de maux qui assiègent notre pauvre hiimanilc, à rortiHer r la morale en prêchant la vertu et eu proscrivant le vire, cet ennemi n mortel de la santé, et enfin à consolider les États et les peuples par n des conseils et des recommandations hygiéiiiqiies {Lien-tche).

• lia vie, disent-ils encore, renferme deux principes essentiels, la n chaleur vitale (yang), et l’humide radical (ÿii), dont les esprits, l’air I) et le sang sont les véhicules. De l’altération, delà division de ces deux s principes, naissent les troiddes de notre organisation et les affections n morbides. La santé dépend donc de leur accord parfait et de leur s équilibre constant.

n Ces deux principes essentiels passent dans les autres parties du n corps, par le moyen des e.sprils vitaux (air) et du sang, dont la circun lation est réglée (Tou-pirn). Ce corps humain avec ses nerfs, se.s n muscles, ses artères et ses veines , ressemble à une e.spècc de luth ou K d’instrument harmonique ilont les parties , rendant divers sons , ont n par leur structure , leur forme et leur usage , une sorte de tempéras ment qui leur est propre; et <’’est par le moyen des pouU différents s produits par le flux cl le reflux continuel du sang et des esprits vitaux, s et qui sont comme les touches cl les sons divers de cet instrument , s qn'on peut Juger des dispositions du corps (\uri-king) .

» Ils admettent, en outre, que le mécanisme du corps humain est n tout hydraulique , et que in santé ne subsiste que par In libre cirn culation des humeurs et des esprits vitaux. Deux grands obstacles, la n pesanteur et le frottement , combinés avec les causes extérieures , n gênent continuellement cette circulation. De là ils ont admis l’impor- » tance de l'acuponcture , qui , au moyen de la pénéfralioii des aiguilles, n augmente rnclivilé et le ressort de l’air nécessaire à la fluidité des n liqui<les, et aide les humeurs cl le sang à vahicre les engorgements n qui gênent leur circulation et produiseiif la douleur.

n Ils ne se sont pas contentés des indices du pouls , qu’ils regardent n comme certains pour connaître les dispositions du corps ; ils ont chers ché des signes extérieurs , et ont cru les avoir trouvés dans la tête , s qui est le siège de tous les sens qui font les opérations animales. La n nature , suivant eux , a placé aussi chez la femme cl chez l’enfant des n marques apparentes faciles à distinguer, et qui permettent, à leur

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l'LAVTKS MKDICIXAl.KS DK I,A CHIXE.

» ÎDspei'tion , do reconnaîlro le ;|onro et la «jravilé do raffccliuii. Ainsi, n tout enfant dont les organes aeeiisent un désordre plus on moins s ,i{rand, porte a la main, au-dessous d'un doi;|t, des marques trèsn visibles et dont la couleur, la forme et In position indiquent les lésions n opérées par les désordres morbides, s

Telles sont , en résumé , les bases du système médical , qui n'a jamais vaiié en Chine depuis cinq mille ans. Cepeminnt quelques critiques chinois pensent que ces principes ne sont que les parties infiniment petites d'un tout que le, torrent des siècles n'a pas épargné; ils prétendent que dans les premiers &;{es le traitement des maladies était éclairé par une connaissance approfondie du mécanisme du corps humain, et qii’ alors les médecins po.ssédaient le secret, par In rénovation de l'air primordial et par la transfusion du sanq , d'augmenter les forces et de prolonyer reAistence. On trouve effectivement dans le Tcheou-lij des détails eitrémemcnt curieux qui semblent prouver que la pure tradition de la théorie médicale n'est parveune jiisqii’n nous que brisée par le temps, et remplie de lacunes très-rcjjrettables. .Aujourd'hui lu science du hou médecin consiste à savoir tâter le pouls , examiner, écouter et inlerrojjer. Seulement , res lions médecins commencent ù être rares, et comme l'art de , quérir est parfaitement libre, et que la loi qui protégeait autrefois la santé piihliqne en punissant le médecin ignorant (Code pénal, Ta-lhslii-liii-lij) est tombée en désué- P tilde , il est assez difficile de trouver artiiellement chez le médecin chi-

nois antre chose que de la cupidité et du charlatanisme. Il existe bien encore à Pékin un collège de médecine (Tay-y-yuen) , dont les membres sont toujours honorés par le gouvernement de privilèges et de marques de distinction ; malheureusement ces places , qui autrefois étaient données an concours , sont maintenant vendues au plus offrant. Il reste les ouvrages, de médecine, dans lesquels on trouve leur manière de traiter les différentes maladies , et qui expliquent assez rlairement les symptdmes de chaque affection pour qi||on ne puisse pas se tromper sur l'emploi et l'usage de leurs moyens thérapeutiques. En lisant ces ouvra,ges, dont je me propose de donner bientôt une traduction, et en les comparant avec ceux de nos meilleurs auteurs , on y trouve moins de clarté, moins de lucidité, moins de méthode; cependant des médecins européens auxquels j’ai communiqué quelques extraits ont bien voulu me dire que l'esprit d’observation et d’analyse des Chinois qui ont écrit sur cette matière leur faisait le plus grand honneur. Ils décrivent en effet les moindres prodromes et les plus petits symptômes qui se rapportent à l’invasion du mal , au fort de la crise et a la dernière période. Dans chaque maladie , l'attention du médecin est appelée sur un symptôme caractéristique. Ainsi, pour n’en citer qu’un exemple, dans la fièvre typhoïde , qu’ils nomment ourn-tchin-Uee (peste à petits boutons et à taches), à l’apparition de petites taches sur le corps, dès

XII PLAXTES MÉDICIXALES DE LA CHIXE.

que les yeux deviennent rouges et larmoyants, et dés que la toux est déclarée , la forme et la durée de res taches leur servent à établir leur diagnostic et à asseoir leur pronostic.

Je n'entrerai pas dans de plus longs détails sur ce sujet si fécond ; mais, avant de terminer, qu’il nie soit permis de dire que, n'étant pas médecin , je ne me permets pas de juger la théorie médicale des Cliiuois et leur manière plus on moins rationnelle de guérir; seulement je pnis affirmer que j'ai vu, de mes propres yeux vu, des cures faites par eux et qui m’ont paru miraculeuses. .Aiiÿ.si , en présence des nombreux cas de guérison que j'ai pu constater, j'ai acquis la conviction profonde que , sons ce rapport , la science moderne aurait quelque chose à enqirnnter h l’antique civilisation chinoise. Il existe une source précieuse d’oii peuvent sortir «les découvertes utiles à notre biinianité. P«>urqnoi attendre qu’elle dbparaisse avant d'y avoir puisé? Le voyageur qui marche la nuit , éclairé par la lueur des astres , profite de ce guide Inmineiix sans se préoccuper s’il vient de l’orient ou de Toccident. I,a science n’est-elle pas comme ce voyageur ? toujours enveloppée de ténèbres , peut-elle avancer dans la recherche de la vérité sans reconnaître les phares qu’elle rencontre sur sa roule? {Bulletin de la Société d'aeclimaiation , t. IX, 494, 1863.)

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