‹ La médecine chez les ChinoisChapitre 89 sur 103 · MÉMOIAE SUR LES CHEVAUX · texte numérisé non relu

MÉMOIAE SUR LES CHEVAUX

et la queue belles, cl que pour tout le reste ils n'approchent pas des nôtres : ce qui doit s’entendre avec les exceptions et les niodiGcations qu'il faut supposer pour l'empereur, les princes et les grands. N'ous voyons, en effet, que les Chinois et les Tartares regardent toujours avec surprise et avec admiration les chevaux de nos estampes et de nos tableaux , et se récrient sur leur beauté.

Les naturalistes chinois rangent le cheval parmi les animaux en qui le feu domine, et d’une façon qui , dans leur système, influe également sur sa constitution , sa nutrition , sa conservation . ses inclinations , ses bonnes qualités , et les services qu’elles le mettent en état lic rendre à l'homme. Pour ces deux derniers articles , ils disent à peu près les mêmes choses que les ndtres. Si l’on avait besoin de faits articulés et bien remarquables sur le courage du cheval , sur sa patience , sur son attachement pour son maître, on en a recueilli ici un grand nombre. On nourrit actuellement au palais un très-vieux cheval de l'empereur régnant, qui, lorsqu’il était de quelque voyage de Sa Majesté, n'avait ni paix ni trêve, dès qu’elle approchait, qu'il ne lui eût été présenté, et n’en eût reçu quelque caresse; mais après, soit que Sa Majesté prit une voiture, une chaise, ou un auti'c cheval, il allait attendre en paix, à sa suite, qu'on agréât ses services; et quand il portait son maître, on eût dit, à son allure et à ses attentions, surtout à sa docilité, qu'il sentait qui il était.

Un cheval est ici un animal de service, qu’il faut nourrir et conserver, puis voilà tout. Pour ne pas exposer sa santé aux affaiblissements des délicatesses , des petits soins et des régimes ralünés , mais plus encore pour ne pas faire un fardeau à la société de ce qui en doit être le soulagement, on pose en principe, pour Ic.s chevaux de main comme pour les chevaux de harnais et de tirage, qu’il faut acheter leurs services le moins cher qu’on peut, et ne pas leur donner des besoins dont la nature les a affranchis. En conséquence, les écuries des pays les plus Iroids , celles même de Pékin et de l'empereur, ne sont que de longs appentis, avec un toit et trois murailles. Le côté du midi, vers lequel ils sont tournés , n'a ni portes ni fenêtres : ils sont assez profonds , du reste, pour que les chevaux y soient bien abrités à leur râtelier. La paille hachée est leur fourrage , et le Icoo leur avoine. Comme l’on graisse les roues d'nne charrette selon le chemin qu’elle a fait ou qu’elle doit faire, on proportionne la ration du cheval a la tâche qu’il a remplie ou qu’on lui demande.

Il existe quatre grands principes fondés sur les indications de la nature.

MÉDKCIX'E DES CHIXOIS.

premier est qu'il ne faut jamais trop dcpa}’$er les chevaux ; le pourquoi, c’est qu’un cheval de Tartarie arrivé dons les proviuces du Midi , et un cheval des déserts de l'Ouest transplante dans les pays gras et humides du Tche-kiang et du Kiang-nan , y trouvent un climat, un sol et des aliments défavorables à leur constitution naturelle , qui diminiient nécessairement leurs forces, et attentent peu à peu à leur santé.

Le deuxième principe, c’est qu’on perd les chevaux en les hongrant, et la race suivante en faisant travailler les Juments qu’on a fait couvrir. Les anciens , auxquels les Chinois reviennent toujours , reléguaient toutes les juments dans les haras, et ne se servaient que de chevaux entiers. La pratique de hongrer les chevaux n’a commencé qu’avec la nécessite de se servir des juments. Pour quelques avantages qu’elle procure , elle 61e an cheval beaucoup de ses forces et de ses plus belles qualités pour la guerre surtout et pour le travail ; sur quoi l’on c6ncliit qu’il ne faut que céder à la nécessité sur cet article , et que moins on hongrera de chevaux, plus on fera le bien de l’État, pour le labourage surtout, le tirage, etc.

Le troisième principe est qu’un cheval est tellement constitué, que la manière dont on le forme et dont on le dresse le rend tel qu’on le veut pour tout le reste de sa vie , jusqu’à lui ôter les défauts dont il a la naissance, et lui donner de bonnes qualités, et des adresses dont le germe est caché.

Le dernier principe dont nous avons à parler, c’est qu’un cheval doit finir sa carrière où il l’a commencée; c’est-à-dire continuer à faire jusqu’au bout ce à quoi il a été appliqué.

K De soins en soins, dit Tai-tehi (auteur chinois), de leçons en » leçons , on avait conduit un cheval à marcher, à se tourner et à bon- I) dir en cadence au son des instruments. Tout Tchang-ngan (ou Si- I) ngan-fou) l’a vu et s’en est amusé à la première lune. I,e maître n dont il était le gagne-pain mourut dans un village du Hou-koiiang, n en le conduisant à Han-keou, pour le faire voir durant la grande U foire. Le cheval fut vendu pour acheter une bière à son montreur, et n tomba entré les mains d’un petit mandarin de la douane voisine, qui, n au lieu de le faire danser, le mit dans son écurie avec deux mules et n un àne, et le destina à son usage. Mais quoique bien reposé, et mieux s soigné que sous son ancien maître , qui ne lui donnait sa ration que n le soir, quand toutes ses danses étaient finies , lui qui était auparavant n si familier et si docile , devint peu à peu si dur, si rétif, si ombra- 1 geux, qu’on ne pouvait plus le monter. Le voiturier auquel il passa

JIKMOIRE StR LES CHEVAI X.

> le trouva encore plus indomptable, et fui forcé de le vendre au bou- » cher. Or, ajoute le lettre chinois , si un pareil cheval perdit si pro«lis gieusement à être tiré de ses premières habitudes, quoiqu'au proGi de r son bien-être, que doit-ce être de ceux qui passent d’une bonne n nourriture à une mauvaise et d’un travail médiocre à un travail Il forcé? »

L’empire de la Chine est aujourd’hui beaucoup plus , grand que toute notre Europe ; dès là il doit y avoir bien des manières de nourrir les chevaux; mais la plupart re,qardenl des pays trop dilTérenls à notre France pour pouvoir y être d’aucune utilité. \'ous nous bornerons à parler de celle de la province du l’e-tclie-li , où nous sommes ; nonseulement parce qu’il nous a été facile de nous en instruire en détail et sûrement, mais encore et surtout parce que c’est elle dont' il semble qu’on pouvait faire plus d’usage chez nous.

l,es écuries chinoises, celles de l’empereur comprises, ne sont que de grands appentis tournés au midi. Le sol en doit être élevé et en pente, pour qu’il soit toujours sec et propre. On le pave quelquefois ; mais pour l'ordinaire on sc contente de le couvrir de terre grasse et de la bien battre. I,es écuries d’hiver sont profondes et entourées de murailles au nord, à l’orient et à l’occident. Le côté du midi est sans portes ni fenêtres et totalement ouvert , même à Pe-king , où les froids sont si ri,goureux et si longs. Les écuries d’été sont des appenüs ouverts aux quatre vents, pour que les chevaux y soient au frais et à l’abri du soleil et de la pluie. On les y mène aux beaux jours du printemps, et on les en retire quand les nuits d’automne commencent à être fraîches; mais ce n’est que peu à peu ; en sorte qu’on les y laisse encore passer la journée pendant quelque temps. Au reste, on ne connaît point l’usage de la litière , hors certains cas fort rares , et on ne voit pas que cela ait aucun mauvais effet.

Les anciens Chinois posaient en principe, comme ceux d’aujourd’hui, qu’il fallait tirer du cheval tous les services qu’il peut rendre sans qu’il coûtât trop de soins; mais comme la population n'était pas montée si haut , ils avaient des pâturages , des prairies à leur choix , et leurs chevaux étaient bien nourris. On a eu besoin depuis de toutes les terres pour des moissons , et on a trouvé le moyen de nourrir des chevaux sans pâturages ni prairies. Au lieu donc de regarder comme une ignorance ce que nous allons en raconter, qu’on y admire une industrie très-étendue, et qu’on voie jusqu’où on pourrait l’imiter dans notre France. CarenGn, quelque décisives et quelque triomphantes que soient

U£DECI\'E DES CHINOIS

les raisons qu’on ne manquera pas d'alléguer en faveur de la nécessité des prairies et des foins , le fait public de la Chine , qni s’en passe et continue à tirer des chevaux les mêmes services , parait une réponse à laquelle le préjugé le plus opiniâtre doit se rendre. Au reste, nous sommes les premiers à en avertir, nos chevaux ne manqueront pas d’opposer bien des résistances , si l'on en vient à les traiter à la cliinoise : mais tout cède à la faim dans les animaux. Quand les chevaux venus de Tartane ont jeûné deux ou trois jours plutôt que de toucher à la paille hachée dont leiu- auge est garnie, ils en mangent enfin comme leurs camarades; et s’ils perdent quelque temps de leur embonpoint, iis ne tardent pas à le reprendre et à redevenir aussi forts et aussi vigoureux que ci-devant. .Malgré cela, on pourrait peut-être y aller plus doucement que les Chinois , qui mettent ces pauvres chevaux à la paille dès qu’ils ont passé la grande muraille , et continuent b les faire marcher, quoiqu’ils ne mangent pas.

On s’est trompé en France, si l’on a cru qu’on nourrissait ici les chevaux avec de la paille de froment ; elle est trop dure , trop sèche , trop peu substantielle, pour être donnée à la place du foin. Dans les provinces du Nord , on fait usage de la paille de millet ; et dons celles du Midi, de la paille de riz. Il faut pourtant convenir que les chevaux s’accoutument plus aisément à la première, et s’en trouvent mieux. Si quelques gens de lettres avaient mieux su ce qui se pratique dans nos provinces , leurs préjugés en faveur du foin ne leur en auraient pas tant imposé, et ils auraient plus écouté les propos de la physique sur l’analogie et la ressemblance de certaines pailles avec le foin. Car enfin, il est de fait qu’il y a des cantons où l'on nourrit les bœufs et les vaches avec de la paille de millet : témoins les charbonniers des Landes, qui viennent vendre leur charbon à Bordeaux. Nous nous souvenons très-dislmctement d’avoir vu ces bonnes gens hors d’une des portes de la ville , se ranger autour de leurs bœufs et de leurs vaches , et tordre de la paille de millet poiu* la leur faire manger. Or, si des bœufs et des vaches , pour qui on réserve les meilleurs foins, s’accommodeut de cette noiu-riture, combien n’est-on pas en droit d’y accoutumer les chevaux, surtout si l’on admet le grand principe des Chinois , qu’tV faut en tirer tous les serrices gu iis pewoent rendre, en réduisant leur entretien au plus pur nécessaire.

A en croire les Chinois, toutes les pailles de millet et de riz ne sont pas également bonnes pour les chevaux. Celle de millet qu’ils préfèrent, est celle du millet qu’on appelle ici cou-tsee, et chez nous panis. Nous

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