MÉMOIRE SUR LES CHEVAUX
ne disons rien de celle du riz ; il serait trop difGcile de nous faire entendre. Quelque paille qu’on choisisse , il faut avoir attention qu’elle n’ait pas été mouillée , qu’elle ne soit point salie ni de poussière ni de mauvaises herbes ; et surtout qu’elle ne se suit point échauffée quand elle a été liée en petites gerbes ou mise en grands monceaux , comme nos meules de foin dans quelques provinces. Les livres chinois entrent dans de fort longs détails sur les soins , les attentions et les précautions qui assurent la bonté de la paille et la conservent jusqu’au bout; mais comme nous n’y voyons guère que ce qui se pratique chez nous , il est inutile de nous y arrêter. On coupe la paille pour la donner aux chevaux ; et plus elle est coupée courte , plus ils la mangent avec plaisir. .Si elle passe un ponce, elle est trop longue; le mieux est qu’elle n’ait que cinq à six lignes. L'emploi de la couper est très-fatigant; l’on y coudamne les Tartares et les eunuques qu’on envoie en Tortarie. \ous trouvons dans tous les livres, qu’on doit couper la paille de trois Jours en trois jours, qu’elle perd de sa bonté à être coupée longtemps d’avance, se salit de poussière et ne se conserve pas si bien. Cependant un ne suit guère cette règle dans la plupart des grandes écuries et pour de très-bonnes raisons sans doute. La vraie, c’est que couper la paille étant très - fatigant , on choisit le temps le plus commode. .An reste, on convient que si elle est mise en monceau dans un endroit couvert , bien sec et à l’abri de la poussière , elle se conserve bien , si l’on a attention surtout de renouveler l'air de cet endroit quand le temps est beau.
Ce serait un soin fort superflu que celui de prétendre indiquer au juste combien de Uvres de paille on donne par jour à un cheval; cette quantité ne peut être fixée et doit varier selon la taille, l’àge, le tempérament, le travail de chaque cheval , et même selon la saison de l’année et ce qu’on lui donne d’autre nourriture. A s’en tenir aux livres des mandarins, pour les postes de l’empire où il y a des chevaux de selle, de malle et de voiture , on donnait , sous la dynastie passée , depuis quinze jusqu’à vingt Uvres de paille par jour à un cheval et quatre picotins de Uao : nous dirons dons un moment tout ce qu’il faut savoir sur le Uao. Xous trouvons aussi dons les mêmes Uvres , réimprimés sous le règne de Kang-hi, qu’on doit donner cette paille à certains temps et dans une certaine proporüon. Par exemple, à midi on donne trois Uvres de paille et un picotin de Uao aux chevaux dont la ration est de quinze livres; le soir, à six heures, sept à huit livres de paille et on picotin et demi de Uao; le matin, à la pointe du jour, le restant de la paiUe et
du leao. Du reste , nprès avoir rapporté le dire des livres, qu'on suit dans bien des écuries, nous avouons, b la honte et à la confusion de la conr de Pe-king, que les kmian-ma (ou chevaux du palais envoyés chaque jour à ceux qui ont certains emplois) ne gardent point du tout ce régime, vu qu’ils sortent au soleil levant des écuries impériales pour n'y rentrer qu'au soleil couchant; vu aussi que ceux à qui on les accorde ne sont obligés qu’à les faire abreuver. On leur dispense leur paille et leur leao le soir à leur arrivée , vers minuit et à la petite pointe du jour. Du reste, quoique les kouan-ma soient des chevaux impériaux, ils se font parfaitement à ce régime, fatiguant beaucoup et se portant bien.
Disons maintenant ce que c’est que le leao. Leao est un nom commun à plusieurs espèces de fèves et féveroles qu’on cultive en plein champ jusque dans les plus mauvais pays; il varie d’une province à l’autre, et parait être une espèce de pois dans quelques cantons. Le premier mot de bien des gpns sera de prononcer contre le leao , et de décider qu’il faut le laisser aux chevaux chinois ; et nous n’appellerons point de leur sentence. Si d’autres, par égard pour une pratique qui a ' pour elle la recommandation d’une expérience de plus de trente siècle», voulaient faire des essais, nous les avertissons que la manière de préparer le leao pourrait bien eontribuer à en rendre l’usage plus sain et plus utile pour les chevaux. Nous oserions presque dire que ce point mérite quelque attention. Or, la manière de préparer le leao consiste à le faire cuire dans un grand vase de fer enchâssé sur un fourneau qui a sa petite cheminée. La meilleure eau n’est pas trop bonne pour cela. On en met assez pour qu’elle s’élève au-dessus du leao de cinq à six pouces ; puis on la fait bouillir à gros bouillons, jusqu’à ce qu’elle soit diminuée et descendue au-dessous do niveau du leao. Alors on modère le feu de façon qu’elle achève de se consumer et de s’évaporer peu à peu. Le leao n’est censé cuit que lorsqu’il n’en reste plus du tout et que la chaleur l’a tellement dissipée, que les grains du leao, qui s’étaient enflés et allongés , ont repris leur première figure et se sont durcis de mous qu'ils étaient devenus par la cuisson. Dès qu’ils sont à leur point, on les tire du vase de fer et on les fait refroidir dans de grandes corbeilles. Cuire le leao est la grande science et le grand mérite d’un valet d’écurie, science de pratique et d’expérience, ou même de routine, si l’on veut, mais ennuyeuse et lassante par les attentions toujours les mêmes et sans lesquelles le leao est , pour les chevaux comme pour les hommes , un pain ou mal levé , ou mal pétri , ou mal cuit ; mérite qui est tare ,
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parce qu'il se soutient difGcilement contre les profits de certaines adresses, industries et honnêtes friponneries, au moyen desquelles on dépense pour les chevaux moins de chaufrajje et de leao qu’on n'en compte au maitre. Du reste, avant de faire cuire le feoo, il faut le passer au crible pour en dter toute la poussière, la terre, etc., qui lui donnent un mauvais goût , et puis en ûter les pierres et les corps éti-angers , à peu près comme l'on fait des pois qu'on veut faire cuire. Dans les grandes écuries on cuit du leao pour plusieurs jours; mais on convient qu’il perd à être gardé cuit, et que plus il est cuit de fois , plus les chevaux le mangent avec plaisir, plus aussi il leur profltc. Les mules , les mulets et les ftnes sont servis comme eux en Uao. Pour les bœufs et les vaches, qui sont mal endentés , on le leur concasse et on lo leur donne cuit en bouillie grumeleuse.
On dit ici, comme en Europe, que l’eau de rivière ou de fontaine est la meilleure pour abreuver les chevaux, puis vient celle d'étang. Quant à l'eau de puits, qu'on met la dernière, on prétend que l'hiver et l'été elle est moins saine et souvent nuisible, si elle n’est pas tirée du moment. On ne pense pas ainsi en Occident ; mais on pourrait avoir raison des deux cûtés, parce que les climats de Chine sont très - différents des nôtres, et les eaux de puits encore plus ({ifférentes . Au surplus, il ne parait pas que les chevaux d'ici soient aussi souvent incommodés de leur boire que les nôtres. La règle générale ‘est de les abreuver trois fois par jour : le matin , au milieu du jour et le soir. Le matin et à midi , on ne laisse pas boire beaucoup les chevaux, et s’ils doivent rester à l'écurie, on ne leur fait pour ainsi dire que goûter J' eau : mais le soir on les laisse boire tout leur soûl. On prétend qu’un cheval ne doit pas être abreuvé avant qu'il ait mangé, ni après qu'il s’est rassasié, mais quand il a mangé un peu. Si l'abreuvoir est éloigné, il faut l'y conduire et surtout l'en ramener doucement, et si on l'abreuve à l'écurie, il est essentiel de le faire marcher après et de le promener quelque temps par la bride. Enfin, si un cheval sue beaucoup en été, il faut l’arrêter sur le boire, quoiqu’il reste à l’écurie, parce qu'il s'affaiblit. En hiver il est certain qne l’eau le refroidit, et que moins il en boit, plus il est vigoureux.
\ous avons parcouru et feuilleté bien des livres , et sur ce que nous y avons vu, nous croyons pouvoir en conclure que la doctrine ancienne, générale et constante de Chine pose ru principe que le cheval est d'un tempérament de feu, que l'humidité et le grand boire altèrent, et que la sécheresse et le peu boire conservent. On donne comme un fait certain
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que les chevaux des pays montagneux, des plaines presque arides, des cantons sablonneux et peu arrosés, sont plus sains, plus forts, plus durs à la fatigue et plus courageux. I,es chevaux des pays gras, marécageux et humides, sont, à la vérité, plus gras, plus grands, plus membrus; mais ils ne se soutiennent pas et durent peu. Bien plus, on dit avoir observé que les derniers , après avoir pâti quelque temps dans les pays secs , s'y accoutument ensuite , jnsqn’à en devenir meilleurs ; an lieu que les premiers , après avoir paru d’abord profiler beaucoup dans les gras pâturages, s’y affaiblissent peu à peu, deviennent maladifs et vieillissent fort vile. Si celte ob.servalion était vraie et avait également lieu ailleurs , elle demanderait peut-être qu’on en tint compte pour la cavalerie de nos armées. Mais à propos de celte observation (je le mettrai ici de |)cur de l’oublier), à en croire les livres, surtout les anciens , les pays où l’on nourrit beaucoup de vers à soie sont très-malsains pour les chevaux. Sous la dynastie des anciens Tcheon, il était défendu d’élever des vers a soie dans les endroits où l’on nourrissait beaucoup de chevaux , et de nourrir beaucoup de chevaux dans les cantons où l’on élevait des vers à soie. Quelques lettrés disent crûment qu’ils se nuisent réciproquement et ne sauraient réussir dans le même canton. Par malheur, ils ne rapportent point les raisons qu’en alléguaient les anciens , beaucoup meilleures probablement que celles de quelques philosophistes de la dynastie des Song , qui les vont chercher dans le ciel et les font descendre gravement, les uns do ÿn et du yang, parce que le yn domine dans les vers à soie et le yang dans les chevaux ; les autres , de je ne sais quelles étoiles dont les influences sont opposées et s’entrechoquent. Si nos physiciens jugeaient cette bagatelle digne de leur attention , ils feraient moins de chemin sûrement, et trouveraient mieux.
te qui nous a donné la pensée d’en parler , c’est qtie nous avons trouvé, par manière de conjecture, dans un commentaire du Ly-ki, que lc.s endroits où les anciens élevaient les vers ù soie étant des endroits bas et arrosés , parce que les mûriers étaient plantés le long des ruisseaux et des canaux, ceux au contraire où l’on nourrissait les troupeaux de chevaux étant des endroits montuenx et peu arrosés, il n’était ni possible ni convenable de les mettre dans les mêmes lieux. Pour dire cependant les choses comme nous les trouvons sur une chose qui pourrait mériter quelque attention , il parait qu’on a cm que le voisinage des vers à soie était nuisible aux chevaux et celui des chevaux aux vers à soie. On assure que si l'on frotte les lèvres du cheval en dehors et en dedans d’excréments des vers à soie, il ne peut plus mâcher, et que si