‹ La médecine chez les ChinoisChapitre 92 sur 103 · MÉMOIRE SUR LES CHEVAUX · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES CHEVAUX

<tc l'herbe dans un pays où il n'y a pas de prairies et où toulc terre est champ de blé? la* roici.

Quand viennent les grandes et longues pluies d'après le solstice d'été, toute la campagne se couvre de verdure, qui croit comme à vue d'ceil. Rien de ce que nous avions observé en Europe ne nons avait préparés à la rapidité d'un pareil accroissement. Nous le voyions presque sans le croire, la première année de notre arrivée, tant il nons paraissait surprenant. Or, cidte herbe qui croit ainsi dans toute la campagne, on la recueille en en faisant un bon choix, et on la donne aux chevaux toute fraîche. I,a seconde manière, qui n'a lieu que de trois ans en trois ans pour les chevanx du palais comme pour ceux des troupes , consiste à envoyer un certain nombre de chevaux dans les pAlurages de Tartarie et dans les provinces, dans quelques vallées en prairies que le gouvernement s'est réservées. Cela se fait d'une façon également simple et aisée, qui ne fait rien débourser ni à renipereor ni à l’État. Quand la belle saison est venue, les mandarins des pâturages et leurs gens , ayant avec eux des soldats et des officiers des huit bannières, conduisent par bandes les chevanx qu'on leur confie dans les pâturages au delà de la grande iiiuraille, en ont soin tout le temps qu'ils y restent, et les ramènent à la septième ou huitième lune, c’està-dire au commencement de l'automne.

I.a lui que nous avons sous les yeux leur recommande, sous peine de punition corporelle, de veiller à ce que leurs chevaux ne causent aucun dommage dans les campagnes , ni eit allant ni en revenant. .A leur retour, des mandarins du tribunal de la guerre et des bannières font la revue des chevaux pour s'assurer s'ils sont en bon état, etc. Du reste , l'article de la dépense ne fait aucun embarras. Un cavalier tarlare a quatre taris par lune en argent, c'est-à-dire trente livres, et autant en riz, puis trois toëls pour son cheval. Du jour où son cheval est mis entre les mains de ceux qui doivent le conduire au vert, il ne touche plus ces trois taëls Jusqu'à co qu'ils le lui aient rendu. Or, à niellie vingt mille chevaux conduits au delà de la grande muraille, voilà soixante mille tacis par mois pour leur viatique. Ils peuvent les dépenser dans leur allée et dans leur retour, à cause du grand nombre de gens dont on a besoin ; mais durant tout le temps du séjour dans les pâturages de l'empire ou de l'empereur, à un peu de leao près, ils ne dépensent rien. Cependant, comme l'on est obligé de rendre le nombre de chevaux qu'on a reçus , les accidents et les morts quelquefois très-nombreuses, causent des dépenses qui réduisent les profils à bien peu de chose.

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3° Le cheval qui travaille demanilc des attentions , des ménagements et des soins particuliers. Or ces attentions, ces niénajjenienls et ces soins, varient pour le cheval de selle, le cheval de poste, le cheval de malle, le cheval de voiture el le cheval de Irait. Ici nous demandons grAce pour les détails; nous n'entendons pas assez les opérations et le langage des écuries pour pouvoir en rendre compte. Xous nous bornerons à observer en général 1“ que, selon l’ancien proverbe, ce n'esi pat le travail qui use le eheval, c'est le défaut desoint. Selon un autre, cavalier mouillé se sèche en pansant ton cheval. Un troisième dit : C’est à l'auberge qu'on abrège les mauvais chemins, â" Les premières journées des grands voyages sont ici fort courtes. On ne fait guère que trois a quatre lieues le premier jour. Il y a outre cela des demi-journées ou des journées entières de repos; et, quand le temps est trop mauvais, on s’arrête sans hésiter. Outre cela, on choisit pour marcher le temps le plus commode pour les chevaux , et <lès qu’ils paraissent fatigués, on ne balance pas à augmenter les attelages et à décharger en partie les chevaux de malle. 3“ Quand on est arrivé au gîte , au lieu de mener les chevaux à l’écurie, comme chez nous, on est ici dans l’usage de les promener par la bride, au petit pas, durant quelque temps, c’est-àdire , selon le langage du pays , jusqu'à ce qu’ils soient séchés de leur sueur, et soit préjugé, coutume ou raison, on regarde ce soin comme si essentiel qu’on n’y manque jamais. Les aubergistes ont des gens tout prêts pour cela, et ce n’est qu’après que- les chevaux ont été ainsi promenés qu’on les met à l'écurie, qu’on leur ôte la selle en été, et qu’on lâche les sangles en hiver. Peut-être serait-il bon d’examiner cetje pratique. On recommande beaucoup aussi celle de leur faire gagner l’avoine dans la poussière, quand ils se sont un peu reposés et ont mangé, avant de les abreuver et même après. Cela les délasse, dit-on, et les refait. 4* \ous trouvons bien qu’il y a de grandes attentions à avoir sur la nourriture et le boire d’un cheval qui voyage ou qui travaille; mais ces attentions sont si subordonnées à la saison, à l'état du cheval et au lendemain , que nous n’osons en rien dire.

\uus l’avons déjà dit , il faut le répéter ; la population qui va toujours croissant et réduit les Chinois à faire un champ de blé de toute terre où l’on peut en semer, est la vraie et unique cause de ce qu’on fait moins usage ici des chevaux que dans nos provinces. Ce n’est qu’à force d’indiistri(! et d’économie que les Chinois peuvent venir n bout de nourrir ceux qu’ils ont. \ examiner combien en ont les particuliers et le peuple, le nombre n’en est pas comparable à celui qu'ils en ont dans

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nos provincps, el ««st nii'mp trt's-infprieiir, si l’on no lirnt pns compte soit (le la (lispropoi lion de la population , soit du peu de besoin qu’on a de chevaux, ou de riuipossibiliti' de s’eu servir dans plusieurs cantons des provinces du Midi , à cause de la multitude prodigieuse des canaux. Par exemple, à Pc-king, les troupes à part, le peuple et les particuliers ont moins de cbevniix qu’à Paris, quoique la totalitc* de chevaux soit de beaucoup plus grande. Un emploie ici les chevaux, comme chez nous, pour le labourage, le tirage, le portage, les machines, etc.; mais il semble qu’on y prend plus à tâche de faciliter leur travail , de ménager leurs forces et de tempérer leurs efforts. la* grand principe des Chinois sur cette matière, c’est qu’on gagne par la conservation et la durée du cheval ce qu’on parait perdre.

Voici une bagatelle sur la manière d’employer les chevaux, qui peut mériter quelque attention et ne doit pas étréniée. Qu’on l’explique comme l’on voudra, nous la garantissons comme un fait constant. Quand il s’a.git de trainer des marbres, des colonnes, des poutres et des fardeaux d’une grandeur et d’un poids extraordinaires, soit pour les édifices publics, soit pour l’empereur, on met plutôt trop que trop peu de chevaux, parac qu’on est bien aise de faire gagner le peuple. Mais, quoiqu’ils soient quelquefois au nombre de quatre ù cinq cents ,’ les signaux sont si bien donnés et les conducteurs sont si bien distribués, que tous s’ébranlent et agissent à la fois. Les reposa la vérité sont fréquents, et l’on avance peu à chaque fois : mais si la chose presse , on change les attelages et l’on marche jour et nuit. Du reste , tous les chemins ont été préparés d’avance avec soin et les ponts bien étayés. Bien plus, ou aime mieux faire çà et là des chemins à travers champs et dédommager leurs propriétaires, que d’avoir des coudes et des détours à rencoptrer. Comme cela est impraticable dans les villes, on a imaginé d’augmenter l'attelage et de mettre à l’angle du ronde un grand nombre de gens qui poussent les chevaux qui tirent et font sur eux comme l’effet de la poulie, en sorte que l’attelage continue à tirer, quoique faisant l’équerre. Xons nous expliquons mal, mais nous ne savons pas dire la chose autrement. Ceux qui poussent ainsi les chevaux et plient la direction de leur effort par celui qu’ils font contre eux en pressant leurs flancs, exposent leur vie, et il est arrivé quelquefois des accidents : aussi les pny(>-l-on bien grassement. Du reste , on prend tontes les précautions possibles quand on est arrivé à ces détours, jusqu’à changer toutes les cordes et courroies de l’attelage. La police écarte bien loin tous les spectateurs et fait faire partout un grand silence , afin qu’on n’entende que le bruit des signaux

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et que les condncteur.s des chevaux, les hommes qui les poussent, agissent ensemble dans le même instant.

Les fortiGants entraient autrefois dans l'approvisionnement d'une année. Quand un général commandoit quelque marche forcée à un corps de cavalerie, quand il robli,<]rait d'avancer malgré la pluie, la nei^e, le vent et le défaut de provisions , il faisait donner à cbaque cavalier ce qu'il fallait pour paître ou alimenter son cheval , et il parait qu'il n'en souffrait pas. Nous a\ ions pensé à indiquer ces fortiGants et ces corroboratifs curieux; mais soit que le secret en soit perdu, soit que le gouveniemeiit le cache , nous n'avons pus pu bien trouver coiiiment ni de quoi ils étaient faits. En rapprocluint différents textes de quelques anciens, on en conclut assez vraisemblablement qu'on composait d'abord une espèce de bouillie avec des os dissous, des moelles, des nerfs, des viandes et des farines de Uao et de blé, puisqu'on faisait sécher cette bouillie, enfin qu'on la réduisait en une espèce de poudre ,qrainée qu'on conservait avec soin et qu'on donnait au cheval en assez petite quantité , après l'avoir délayée dans de l'eau. Cependant tout cela est trop vague, eb nous ne croyons pas qu'on puisse s'en servir autreiiient que pour faire des recherches, dans le cas où l'on jugerait cet article assez intéressant pour mériter quèlque attention. Celui des maladies des chevaux l'est trop pour ne pas nous y arrêter quelques moments, tout ennuyés que nous sommes d'étre si longs.

Le premier ministre de l'empereur Yong-lo lui ayant propose- de créer des médecins en titre et d'ériger des pharmacies pour les chevaux du palais et de l'empire : u Les Tang, qui eurent depuis quatre cent jus- » qu'à sept cent mille chevaux, répondit ce grand prince, ne songèrent s jamais à leur assurer ni médecins ni pharmacies. I,e fourrage et l'eau <1 sont la vie du cheval; qu'il soit bien nourri, bien gouverné et bien s pansé , il n'aura pas de maladies. L'établissement que vous proposez 9 serait encore plus insultant qu'onéreux pour mon peuple. »

L'étabbssemcnt proposé n'eut pas lieu ; mais Yong-lo Gt publier un grand recueil de secrets et de remèdes pour traiter les malailies des cbevaux : recueil qui , contenant tout ce qu'on avait trouvé dans les bibliothèques, pourrait plutôt être regardé comme un ouvrage de curiosité et d'énidition que comme un livre de médecine vétérinaire.

La dynastie régnante a fait publier des i-ecueils de secrets et de i-emèdes pour les chevaux, dans le goût de celui dont nous venons de parler, et y a fait ajouter bien des clioses qni ne sont point Grées des livres chinois, mais de .son cru ; e'esl-à-dire des pratiques , des observations , des

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ox|»Ticnrps , cIc. , cIps Mantchonx, lorsqu’ils claicnt oncoro dans lo Lpao-loii<{.

\ous allons mellrp ici qnelqiips assertions et quelques remarques telles que nous les avons Irouvét's dans ce livre.

la* cheval est un animal en qui la chaleur et le feu dominent. .Aussi a-t-il le pied rond , se couche sur les pieds de derrière et se lève sur ceux de devant, par opposition au bœuf, qui est un animal froid et lourd. Dans presque toutes les maladies du cheval , ce sont la chaleur et le feu qui excèdent , il ne s’afjit que de les modérer. Le tdieval n’a point de fiel : voilà pourquoi il est sujet à tant de maux d’yeux ; voilà pourquoi aussi le levain de sa bile étant répandu dans tout sou san>; , il a un feu si vif, si aveu,qle , si soutenu et d’urine malade, lorsque étant ému on ne lui donne pas le temps de se rasseoir et qii’on ne l’arrête pas tout à coup. Tout yrain appe.santit les pieds du cheval Il

galope volontiers contre le vent, mais il souffre à l’avoir par derrière.... Le elieval craint extrêmement les cendres, surtout les cendres fraiches. Un général chinois mit en désordre la cavalerie des Tartares,

en faisant jeter au vent quelques sacs de cendres Si un cheval

marche trop , ses nerfs perdent leur ressort et ses jambes se ruidissent. S’il reste trop longtemps arrêté sur ses pieds , ses os fatiguent et il lui vient des ulcères. S’il sue avec excès ou sans se ressuyer, sa peau s’altère et tout son corps se roidit. S’il mange on boit à plein ventre, quand il sue encore de fatigue, sa respiration s’embarrasse, sa marche devient pe.sante , il maigrit et ne va pas au delà d’un printemps. Si on lui fait faire des marches, des courses forcées , toute la masse de son sang s’altère , et il n’y a plus de guérison à espérer Il faut observer,

quand on est en voyage , comment son chexal gagne l’avoine. S’il se roule dans la poussière cl ne se relève pas, il a les osfati,giiés; s’il se lève et ne secoue pas la poussière, c’est la peau ; s’il se secoue et ne renifle pas, c’est la poitrine; s’il renifle et n’urine pas après, c’est son sang qui est altéré

Les grandes maladies du cheval attaquent le cœur, le foie, l’estomac, les poumons et les reins. Si le cœur est attaqué, la langue dciieut couleur de cinabre; si c’est l’estomac, ses lèvres changent de couleur et font une espèce de rire; si c’est le foie, ses yeux sont troubles ou jaunissent; si c’est le poumon, son nex dégoutte et se remplit de morve ; si ce sont les reins qui souffrent, il a on une rétention d’urine on une dysurie ; quelquefois la couleur de son urine s’altère. Sur cent maladies du cheval , il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui viennent de ce qu’on l’a trop

MÉDRCIXE UES CHIXOIS.

pousse , trop fatigué , on de ce qoe l'on a négligé de le soigner et de le panser apr(>s son travail.

Les Tartarns Mantchonx, qui régnent aujourd'hui en Chine, n'ayant au monde que leurs chevaux avant d'y venir, honoraient singulièrement l’esprit ou plutôt le dieu des chevaux, qu’ils représentent encore sous la forme d’un cheval et qu'ils honorent plus que Jamais ; car tontes les lumières que leur a valu leur entrée à la Chine, n'oni rien change à ce culte ridicule consigné dans leur rituel; et, à la moindre menace de maladie épidémique , les offrandes , les sacrifices , les prières pour les chevaux sont leurs ressources.

Les Tartares de nos jours, à l’imitation des plus anciens (car leurs mœurs n'ont point changé), vivent au milieu de leurs chevaux et en tireiil des hcnélices et des secours auxquels les autres nations ne pensent pas. La pèche, la chasse, ce qui croît de soi-mème dans leurs immenses déserts, ne les aident à vivre que peu de mois. I,eurs chevaux et quelques troupeaux doivent fonriiir à leurs besoins le reste de l’année, et ils le font. Le lait de leurs juments leur est d'une aussi grande ressource que celui de vache et de brehis dans nos campagnes. Us le boivent, ils le mettent en bouillie, ils en tirent du beurre, ils en fout du raillé et des fromages; puis le petit-lait qui en reste devient entre leurs mains une espèce de bière on même une eau-de-vie très-forte. Cette bière , du reste , paraît une invention fort ancienne. Les livres de la dynastie des Han font foi qu'elle fut introduite dans quelques provinces de la Chine plus de cent cinquante ans avant Jésus -Christ, et elle y eut beaucoup de vogue quelque temps. Quant a cette eau-de-vie. nous sommes témoin que , soit préjugé national , .soit vrai goût , les Tartares même de la cour n’ont pas pu être entamés sur cet article par tontes les délicatesses de la Chine et continuent à la priser beaucoup. En boire est un régal pour eux , et en offrir aux étrangers est une marque d’amitié.

La chair de cheval est la grande viande de boucherie des Tartares. Mais ils s’entendent excellemment à choisir dans un troupeau ceux qui sont bons à manger. Il ne leur faut qu’un instant, et ils ne se méprennent jamais. Leur choix ne se borne pas à distinguer les meilleurs ; ils en rejettent aussi plusieurs comme mauvais et malsains. Soit que les chevaux soient meilleurs à tuer à la lin de l’automne, soit qu’il faille s’ôter l’embarras de les nourrir nu milieu des neiges ou des campagnes arides , il y a des quartiers où les Tartares en font alors une terrible boucherie. Le froid- les leur conserve, ou bien ils en font bouillonner

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