‹ La médecine chez les ChinoisChapitre 95 sur 103 · DES BÊTES A LAI\'E EN CHINE · texte numérisé non relu

DES BÊTES A LAI\'E EN CHINE

«t préparées avec soin , ont pins de corps et sont plus chauds. A en juger par ce que nous avons lu et entendu dire de la façon de faire les feutres chinois , elle rentre dans celle de nos chapeliers ; mais , comme l'ouvrage est plus grand et plus grossier, elle est plus simple, plus expéditive et moins dispendieuse de beaucoup. Quant à ce que l’industrie mêle à la laine pour avoir de plus beaux feutres et la cupidité pour qu'ils lui content moins , cela nous mènerait trop loin.

Nous avons rendu compte ailleurs du principe general des Chinois sur la bonification, amélioration et perfection des fruits, grains, légumes et herbages pour chaque pays. Celui qui concerne les hètes à laine n'en est qu’une application et une extension. \ les en croire, ce n’est pas en faisant venir des béliers et des brebis des déserts de l’Occident, des plaines d’au delà du Cha-mo ou de la Tartarie septentrionale, qu’on parviendra à avoir de beaux troupeaux : si ce moyen devait réussir, il aurait rén.ssi depuis vingt siècles; mais en choisissant avec un soin particulier les agneaux qu’on destine à la propagation , en leur laissant tout le lait de leur mère, en les nourrissant avec une grande attention et en ne prématiirant point leur accouplement , il est impossible qu’en continuant cette pratique plusieurs années, surtout si l’on fait un troupeau séparé de ce qn’elle aura procuré, l’on ne parvienne à avoir des béliers et des brebis aussi beaux que li> permet le pays : il ne s’agira plus qne de continuer ces soins.

Les anciens avaient un bélier pour dix brebis , et ils ne les laissaient pas vieillir. Il y a beaucoup de variété dans cc qu’ils disent sur la saison de racconpiement et de l’agnèlement, parce qu’ils parlent de différents pays et climats. Ce qu’on y voit de clair, c’est qu’il faut qne les herbes conunencent à poindre dans les pays les plus froi<ls. Quand le grand nombre des agneaux peut paftre, les herbes sèches qu’on leur donne à l’étable ne leur profiteront pas, et les légumes cuits avec de la farine, puis concassés, auxquels on est obli,gé de recourir par extraordinaire , seraient trop dispendieux. Nous trouvons qu’il y avait un endroit séparé dans l’élablc pour la brebis qui agneloit, qu’on l’y laissait quelques jours avec son agneau, qu’on la nourrissait avec soin, et que si la litière fraîche sur laquelle ils étaient ne suffisait pas pour qu’ils fussent chaudement pendant l’absence du troupeau, on portait un réchaud de braise couverte de cendres auprès d’eux. Ce dernier point ne parait regarder qne les provinces septentrionales, où le froid est très-violent , quand le vent du nord souffle longtemps.

Les Chinois , qui articulent si nettement combien de temps la vache,

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la jument, l'Âiiessc, la truie, etc., portent leur fruit, évitent de parler de la brelns. \oii.s n'avons trouvé qii'iine vieille Maison rustique qui dise quatre mois pleins, et un livre chinois fait en Corée, qui met quatre mois et demi on einq mois, selon l'espèce; mais on le conclut assez bien, du temps que les antres indiquent pour l'accouplement, a6n que les ajpieanx naissent de façon à trouver de l'herbe quand ils pourront paître : et cela revient assez au même, puisque ceux qui disent que la brebis devenue mère an solstice d'Iiivcr ajjnèle en bon temps dans le Kian,q-nan , avertissent ailleurs qu'il faut la faire couvrir trente-quatre à trente-cinq jours avant l'équinoxe d'automne. Nous ne nous sommes arrêtés à cette bagatelle que parce que si la brebis ne porte son fruit que quatre mois, c'est dans le système d'ici une nouvelle preuve de la brièveté de la vie des bêtes à laine, et parce qii'aussi cela fait nn point fîxc pour le gouvernement des troupeaux. Plus le temps avantageux pour la naissance des agneaux varie selon le pays et le climat, pins il est capitalde pouvoir l'assurer pour celui qui convient à chacun.

Les modernes s'accordent à dire avec les anciens que quelques jours après la naissance des agneaux , le berger doit les examiner et faire son choix , c'est-à-dire destiner à la boucherie tons ceux qui sont faibles, contrefaits et d'une ^ison de différentes couleurs; choisir pour ses béliers et brebis ceux dont la toison est blanche on bien noire et belle, le corps bien proportionné et les jambes fortes, le regard vif et la démarche assurée , la naissance enfin ni tardive ni précoce par rapport an pays. La mutilation des moutons se fait dix on douze jours après leur naissance. C'est aussi le temps où l'on scie les cornes des agneaux destinés à être béliers, quand un n'en a pas pu trouver de nés sans en avoir ; car on préfère ici ces derniers. Les Tartares dont les troupeaux paissent dans le désert ne suivent pas cette pratique, non plus que les Chinois qui conduisent les leurs sur les montagnes, parce que, selon eux , les béliers perdent leur courage avec leurs cornes , et ne savent pins s'avancer sans crainte et conduire hardiment le troupeau ; mais ils préfèrent ceux dont les contes sont contournées en spirale.

Voilà à peu près ce que nous avons trouvé de pins avoué , de plus pratiqué et de plus généralement enseigné dans les livres cliinois sur la manière de conduire et de gouverner les bêtes a laine.

Après la viande de cochon , la viande de mouton est celle dont on fait le plus de cas à la Chine ,et dont un mange davantage, au moins dans les provinces du \ord et de l’Uccident, car dans celles du Midi il n'y a presque pas de troupeaux, et les moutons qu'on y conduit seraient

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Ir^s-pcu de chose dans les boucheries des grandes villes où il en faut toujours. Eonime tous les pays d’au delà de la <;rande imiraille en fournissent les provinces ainsi que la capitale , cela supplée a tout. Il est pourtant remarquable que quelque bons que soient les moutons de Tnrtarie, leur viande perd son goût et ses bonnes qualités, si l'on diffère de les envoyer au boucher. Xoiis trouvons dans les livres que la meilleure est celle des moutons blancs; celle des noirs est trèsinférieure. Pour celle des moutons <lont la toison est de différentes couleurs, ou plantée d’une manière bizarre, ou dont les poils sont droits et roides, elle est décriée comme malsaine. Les Chinois prétendent que cela ne peut venir que d’un vice de la constitution qui doit avoir de mauvais effets. Xoiis en faisons la remarque à découvert, parce qu’ils étendent cette niavime aux bœufs, aux cochons, etc., et que, si elle est fondée, elle mériterait qu’on y fît attention. Iæs vertus et les bonnes qualités qu’ils attribuent a la viande de mouton pour bien des malades, en mériteraient peut-être davantage; car il ne paraît pas que notre médecine pense beaucoup à elle. Soit ancienne tradition, soit manière de vivre du pays , soit façons et accompagnements de ce remède, il parait qu’on y a eonliance avec raison. Du reste, on préfère pour cet usage les moutons des pays les plus méridionaux , et on préfère ceux de montagues , qui sont couleur de biche , ou châtains ou noirs; on rejette les blancs. Il ne nous oppartient point de décrire pour quelles maladies on eu fait usage. Tout ce que nous nous permettrons de remarquer, c’est qu’on dit que le bouillon et la viande de mouton raniment le .sang et rétablissent les forces, quand on en use a propos, sans en excepter même les vieillards, les gens de cabinet, les femmes épuisées par leurs couches, les dyssentériques en convalescence, etc., etc., et que pour cette raison on en interdit l’usage aux enfants. Au surplus, comme les Ehinois ne quittent pas un sujet sans l’avoir épuisé, tout dans le mouton devient matière de remèdes, excepte le foie, qu’ils soutiennent qu’on ne doit pas laisser manger aux plus pauvres, parce que sur cent moutons il y en a plus de quatre-vingtdix en qui il est vicié et nuisible.

L’article des maladies des bétes à laine mériterait de nous arrêter, et demanderait ce semble des détails. .Mais outre que la dirférenre des climats, de In nourriture, des soins, des espères Tnéme de béliers et de brebis rendrait inutile eu Occident ce que nous en trouvons dans les livres , nous aimons mieux nous en tenir au mot des anciens Chinois : Il n'y a de maladies parmi les troupeaux que celles qu'on leur

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came ou par défaut de toiiu , ou par maurait choix de nourriture , ou par avarice en les laissant trop vieillir.

Après la nourriture, qui est avant tout et supplée en partie à tout, on doit tenir l’ctablc propre, en renouveler l’air sans cesse, foire 6ter aux brebis les ordures dont elles salissent leur toison , et leur procurer quelquefois le bain avant raccoiiplement et dans les grandes chaleurs.

Le renouvellement de l'air est grandement recommandé ici pour les étables des bétes à laine.

Ce n'est pas tout : à la première marque de maladie qui va commencer dans un troupeau , ou qui a eommencé dans ceux du voisinage, c'est vers l’air que se tournent les soins. On conduit le troupeau sur les montagnes , sur les rollines , on du moins dans 1rs endroits où l'air est plus libre, plus rif et plus pur. Cependant on nettoie l'ctablc avec une attention spéciale, on la tient ouverte longtemps, et on finit par y brûler de la menthe, de l'armoise, des graines de cyprès, de cèdre on antre rhosc semblable, et on continue cela tant que durent le danger et la maladie.

Selon l'ancieiine police, et qui s'observe encore dons tout l'empire, dès que les troupeaux d'nn canton étaient attaqués de maladie, on n'en laissait plus aller rien au marché, ni même sortir pour gagner un autre district, et la défense, qui était rigoureuse, subsistait jusqu’à ce que les officiers publics l'eussent levée juridiquement après des informations sûres. Les particuliers séparaient totalement du troupeau et jusqu'à guérison entière , les brebis malades on attaquées. Quelques-uns même poussaient les précautions plus loin. Ils creusaient un fossé profond à In porte de l' étable et lui donnaient deux pieds à deux pieds et demi de largeur, pour connaître les brebis alTaiblies et dont la maladie allait se déclarer. Elles ne pouvaient sauter ce fossé comme les autres , malgré leur envie d’entrer dans l’étable , et on les séparait avant qu’elles pussent conununiquer le mal.

Les remèdes dont on use ici pour guérir les bêtes à laine de leurs maladies, pourront bien perdre leur vertu en passant les mers, soit à raison de la différence des climats et de In nourriture , soit aussi parce qu’en pareille matière il faudrait avoir vu opérer, suivi nu traitement, considéré chaque chose eii détail et surtout être fondé en connaissances, ce qui nous manque absolument. Nous espérons néanmoins qu’on en pourra tirer quelque utilité, et dans cette vue nous nous risquons à copier ce que les livres impériaux chargent les mandarins

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d’enseigner au peuple, comme étant d'uue pratique facile et heureuse partout.

Lu gale et la rogne les plus dangereuses, dit-on, sont celles qui commencent à la bouche ou au menton. On risque tout à en diflërer le traitement : plus on le commence de bonne heure , plus on en assure le succès. Le remède que nous trouvons le plus recommandé et le plus universellement pratiqué, consiste à faire infuser de la racine d' aconit coupée par morceaux sur des cendres eliaiides, pendant deux jouis et deux nuits au moins, .et puis à mêler un peu de fort vinaigre à cette infusion. On frotte la gale ou la rogne de la brebis avec une brique bien mouillée et humectée de cette préparation , en la ridant assez pour qu’elle pénètre, mais non pas jusqu’à écorcher. Pour plus grande sûreté, on tond l'endroit attaqué et tout ce qui l’environne, pour que le remède empêche le mal de gagner. Si la gale ou la rogne sont trop tenaces ou salies de pus , il vaut mieux les mouiller et humecter avec une brosse, que de se servir de la brique, qui écorcherait. On dit ici que la gale et la rogne tombent après quelques frottements, lorsqu’ils ont été bien faits, il y en a qui, pour assurer une plus prompte guérison aux brebis malades , font une pite de cendres d’armoise , et mieux encore de sa racine , avec du vinaigre chaud ou eau-de-vie chaude, et en frottent l'endroit attaqué après qu’il a été luimeelé et pénétré par la composition précédente ; d’autres se contentent de frotter la gale ou la rogne avec une pète faite de rèpures de sabot de cochon tué en hiver et de réalgar. Xoiis trouvons dans une note que les bêtes à laine guéries de la gale ou de la rogne engraissent après très -aisément et très-vite; mais il faut se presser de s’en défaire. On ne doit plus eu rien espérer et on risque tout à les garder dans le troupeau.

loi chassie des yeux et la morve paraissent les maladies qu’on craint le plus ici pour les brebis , après la gale et la rogne , parce qu’elles sont épidémiques et presque toujours mortelles. Pour la chassie des yeux , presque toujours suivie de la morve , un fait fondre de bon sel dans du bouillon , puis on délaye dans ce bouillon du bois de saule pourri et réduit en poussière. Quand l’espèce de bouc qui se forme est bien pénétrée de bouillon salé , on enduit les yeux et le nez des brebis attaquées , et sous peu de jours elles guérissent.

Pour la roideur et le froid des jambes , dont les brebis sont attaquées quelquefois, on fait cuire à la vapeur de l’eau bouillante du suif de bélier avec du sel , puis on le fait fondre dans une casserole de manière qu’il roussisse, et puis on en graisse les jambes malades à

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|iliiùeiir« rrpris(‘.«, si bosnin est; mois il est essentiel que les brebis attaquées n’approrlient pas île l'eau et que l'endroit où elles reposent soit bien see. Le remède dont on se sert pour ce qu'on appelle iei feux , ardeur, démangeaison des jambes , se rapporte assez an précédent. Quand le suif iuipré<;né de sel est bien cuit à la vapeur de l'eau bouillante , au lieu de le faire fondre et roussir dons la easserole , on applique dessus un gros fer rouge et on le fait dégoutter dans un vase 8 proportion qu'il se fond, puis, avant qu'il soit refroidi et figé, on oint les jambes des brebis malades, qui, dit le livre, guérissent le jour même, si le remède est bien appliqué. Du reste, il y en a qui se servent de beurre salé au lieu de suif, pour l'une et l'autre maladie.

Les Chinois font du raillé, des jonchées, du fromage cl du beurre du lait de leurs brebis; mais tout cela reste dans les lieux où sont les troupeaux. Si on en excepte Pe-king et quelques grandes villes, on ne trouve presque point de beurre ni de fromage ; la rttpitale même n'eu est un peu mieux fournie aux approches de l'hiver que parce qu'on y en porte de toute la Tartarie. Un y porte aussi une bière et une eaude-vie qu'on fait avec du petit-lait et qui sont fort au goiil des Tartares. Comme il nous en vient quelquefois en présent, même du palais, nous avons été h portée d'en goûter, et il nous a paru que nos Européens ne s'en accommoderaieiit guère’. Parmi les différentes manières de faire ce vin et cette eau-de-vie qu'on trouve dans les livres, on vante surtout le mélange des laits de brebis , de vache et de jument.

Nous n'avons pas eu le loisir de faire des recherches suivies sûres et exactes : ainsi nous n'avons garde de rien assurer sur l'espèce de peste qui fait quelquefois de si affreux ravages dans les troupeaux d'Europe. Cependant, comme nous avons été dans le cas d'ouvrir et de feuilleter bien des livres, le profond silence qu'ils gardent sur ce fléau pous fait conjecturer que s'il est connu à la Chine, il y est très-rare. Nous ne voyons guère que ce qui est dit d'uue maladie épidémique de 1135 dans les troupeaux de l'Occident et du Nord qui puisse y avoir trait; encore cela pourrait bien ne regarder que la Tartarie soumise aux Kin, mallres alors de tout le nord de la Chine, et. qui en effet a été et est encore affligée de ce fléau. Xous n'insistons sur cette remarque que parce que les livres chinois ne parlant point de peste ni de bien d'autres maladies qui désolent nos troupeaux , nous ne pouvons en rien dire.

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