PRÉLIMINAIRES
Le service de la mobilisation prévoyait pour l'infanterie un Service de santé tel qu’on le trouvera décrit succintement dans notre premier chapitre. Pendant la durée du service militaire et aux termes du règlement, les étudiants et les médecins auxiliaires devaient recevoir des médecins chefs de corps de troupe une instruction qui correspondait au rôle qu’auraient eu à jouer en temps de guerre les médecins de complément.
Cette instruction était commencée avant l'entrée au régiment. Souvent dans la plupart des corps d’armée, l'étudiant en médecine ne partait au service militaire qu'après avoir pris au moins sa douzième inscription et avoir passé l'examen de médecin auxiliaire, deux formalités qui lui permettaient d’accomplir sa deuxième année de service dans cette dernière fonction.
La préparation à cet examen se faisait par conférences dans lesquelles il était traité du service intérieur et du service en campagne.
Pour le service intérieur il était surtout question du rôle du médecin à l’infirmerie, de ses fonctions
administratives et de ses rapports avec le commandement.
Pour le service en campagne du rôle : du médecin pendant les marches, les bivouacs, le combat ; des nids de blessés, des évacuations, des différentes formations sanitaires et de toutes les questionsd’hygiène se rapportant à la vie du soldat à ces différents moments.
A la caserne l'étudiant faisait d’abord ses classes et prenait part à tous les exercices. Suivant les'idées de son chef de corps et les désirs ou les besoins du médecin-chef de service la durée de cette première période de vie militaire variait de quelques semaines à six mois au bout desquels il était affecté à l’infirerie.
C’est là que se faisait son instruction de médecin militaire proprement dite et qu’il était mis au courant de tous les rouages administratifs du Service de santé, ainsi que de toute cette technique un peu spéciale du pansement d'urgence des blessures de guerre, du matériel dont on pouvait disposer, de la manœuvre du brancard..., etc.
Pendant les marches et les manœuvres il était mis au courant de ses fonctions et c’est ainsi qu’à la mobilisation il devait se trouver prêt à remplir le rôle qui allait lui être assigné.
Néanmoins, ceux qui avaient pris part (même parmi les anciens médecins de réserve) à des manœuvres du Service de santé étaient relativement rares et si le médecin de bataillon avait quelquefois
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entendu parler de groupes de brancardiers divisionnaires il n’avait jamais été en rapport avec eux. |
De plus dans tous les règlements et dans toutes les manœuvres on avait prévu l’avance des troupes et jamais il n'avait été question de retraite ou de recul. Le Service de santé régimentaire s'est trouvé de ce fait un peu désorganisé au début de la campagne ainsi qu’en font foi les travaux de nos camarades qui ont jusqu’à présent traité du rôle du médecin de bataillon pendant la guerre de mouvement.
A ce moment et au début de la guerre de tranchée le rôle du médecin de régiment a donc été celui d’un organisateur : organisateur dans la retraite, organisateur dans la guerre de position.
Tout ce qui avait été prévu et enseigné du temps de paix n’a pas été malgré tout sans utilité. Le matériel était suffisant à condition que le réapprovisionnement se fasse bien et que les évacuations se fassent normalement. Pendant les marches d'approche du début, pendant les périodes de repos, pendant les grands déplacements et depuis l'occupation de la rive gauche du Rhin les principes acquis en temps de paix ont trouvé leur application.
La guerre de mouvement de 1918, déclanchée à la deuxième victoire de la Marne en juillet,a marqué la
période de transition entre la fin de la guerre de position et la guerre de mouvement proprement dite, avec cette particularité que l’avance se faisait après des préparations d'artillerie et des moyens insoup-
çonnés avant 1914.
C'est du rôle du médecin de bataillon à cette période un peu particulière de la guerre que nous avons traité dans notre chapitre sur la guerre de mouvement.
Enfin la grosse surprise au point de vue médical a été pendant cette guerre l'emploi des gaz toxiques.
À chaque nouveau gaz c'était aussi un nouveau problème qui se posait au médecin de bataillon, puisque c'était lui qui voyait les premiers intoxiqués.
Pour le chlore, il n’y avait presqu’aucun doute, il y avait l'odeur et aussi des signes immédiats d'intoxication, de même pour les gaz lacrymogènes.La ques- , tion est devenue tout autre du jour où les Allemands ont envoyé leurs gaz suffocants du type Palite et quand vinrent ensuite les vésicants et les sternutatoires (Ypérite et Arsine), puis des mélanges de tous ces gaz.
Nous avons été rapidement instruits à ce sujet, puis la « thérapeutique de l’intoxication par les gaz » de M. Achard, nous a permis d'apporter aux blessés tous les soulagements immédiats qu’il était possible de leur donner. RE
La question de protection des gaz a donc été entièrement créée pendant la guerre et pendant longtemps le Service de santé a été chargé de son application.
Cet aperçu rapide montre donc que le médecin de bataillon s'est trouvé malgré son instruction technique et militaire en face de nombreuses éventualités nullement prévues. C’est au milieu de toutes ces
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difficultés que nous allons le suivre en laissant de côté la période du début de la campagne qui a déjà été décrite plusieurs fois.
La question de la région de recrutement à laquelle appartenaient les hommes a eu à un moment donné toute sa valeur quand il s'agissait de juger un régiment dans son ensemble au point de vue sanitaire. Celle-ci n’existe plus depuis que les régiments reçoivent des renforts de tous les points du territoire indépendemment de leur région d’origine (exception faite pour les régiments étrangers). Il ne sera donc question icique de ce qui s’est passé en général dans les régiments d'infanterie.