CHAPITRE PREMIER
Le Service de santé du bataïllon d'infanterie |
Un bataillon d'infanterie comprenait en 1918 trois compagnies à l'effectif de 175 hommes et une compagnie de mitrailleurs à effectif un peu réduit, soit au total un effectif normal de 500 hommes environ.
Le service médical y était assuré par un médecin aide-major et un médecin auxiliaire disposant du personnel ci-après :
1° Quatre infirmiers, dont un caporal ;
2° Seize brancardiers et un caporal brancardier ;
3° Un cycliste, agent de liaison ;
4° Dans certaines unités seulement, une équipe sanilaire chargée plus spécialement des travaux d'hygiène et comprenant quatre hommes dont un caporal. <
Ce personnel relevait immédiatement d’un médecin-chef de régiment, mais presque toujours le bataïillon fonctionnait comme unité isolée, le rôle du médecin-chef étant surtout administratif : contrôle, ravilaillement en médicaments et en objets de pansements, instruction technique du personnel.
Le matériel mis à la disposition du médecin de bataillon comprenait :
Un matériel lourd (paniers médicaux et chirurgicaux, gouitières, attelles, tonnelet d’eau, etc.) contenu dans la voiture médicale de bataillon (modèle 1888).
Un matériel léger portatif, sacs et trousses d’infrmiers, museltes et bidons de brancardiers.
Ce matériel était amplement suflisant, il permettait de parer à presque toutes les éventualités et à toutes les urgences.
Du reste, les réserves de matériel sanitaire fournissaient en général sur la demande des médecinschefs des régiments tous les médicaments usuels et commodes non portés sur la nomenclature du matériel.
Le personnel. médical du bataillon a évolué depuis le début de la guerre, il était encore en voie de transformation au moment de l’armistice.
Au commencement des hostilités le médecin aide major était presque toujours un médecin de réserve, docteur en médecine, le médecin auxiliaire était un étudiant en médecine de 12 à 16 inscriptions ou même un docteur en médecine n’ayant pas rempli en temps de paix les obligations nécessaires pour obtenir le galon d'officier (demande pour passer officier de réserve, périodes d'instruction, etc...).
A la fin des hostilités, les médecins aides-majors étaient presque tous de jeunes docteurs ou des étu-
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diants de 10 à 16 inscriptions ayant commencé leurs études antérieurement à la mobilisation. Les médecins auxiliaires et sous-aides-majors étaient de jeunes étudiants en médecine ayant souvent commencé leurs études pendant la guerre, ils étaient titulaires de 4 à 10 inscriptions.
Les infirmiers étaient recrutés de préférence parmi les infirmiers de profession (ce qui était très rare), parmi les anciens infirmiers de régiment ou enfin parmi les hommes qui par leur instruction et leur profession paraissaient le plus aptes à remplir ces fonctions.
Les brancardiers devaient être prélevés dans les compagnies parmi les meilleurs soldats, les plus forts, on leur demandait en général de savoir au moins lire et écrire.
L'instruction du personnel infirmier et brancardier se faisait à l’occasion du service et au cours de certaines séances spéciales d'instruction au repos. Les infirmiers en suivant la visite du matin : mode d'administration des médicaments, technique de la stérilisation des objets de pansement, application des différents pansements et bandages, légères interventions de petite chirurgie, pose de ventouses, elc.
Pour les brancardiers l’instruction pouvait se faire l'après-midi: manœuvre du brancard, premiers soins à donner aux blessés, traitement de la syncope, des hémorragies, etc.
Pour les hommes des équipes sanitairés, notions générales d'hygiène, désinfection des feuillées, ense-
velissement des morts, incinération des ordures, etc.
Les infirmiers qui sont les auxiliaires les plus rapprochés des médecins bénéficiaient de toutes ces instructions données par les médecins de bataillon.
Depuis que les gaz étaient devenus une arme de guerie, l’instruction du personnel du Service de santé tout entier avait dû être poussée dans ce sens et suivant l’importance de leur fonction, médecins, infirmiers et brancardiers furent mis au courant au jour le jour de la tâche nouvelle qui leur incombait.
Quant au personnel médical de bataillon et en dépit du gros effort qui fut fait, son instruction purement professionnelle laissa fortement à désirer. Ceux de nos camarades qui eurent la chance d’être désignés pour suivre les cours d'armée er revinrent trop vite un peu désappointés.
C’est qu’à la guerre on oublie vite ; le milieu et les émotions fortes ne prédisposaient guère au travail et les quelques publications périodiques que nous recevions, les circulaires que nous émargions ne suffisaient plus à combler tout le vide laissé en notre esprit par les longues nuits de relève et les bombardements intensifs.
Nous aurions eu tout à gagner si l’on avait créé dans certains secteurs calmes des cours de clinique ou de pathologie auxquels nous aurions pu assister dans un hôpital rapproché, une ou plusieurs fois
par semaine.
Nous aurions pu de la même façon bénéficier de
l’enseignement de certains spécialistes et éviter par la suite l'indisponibilité des hommes que nous envoyions souvent pour peu de chose dans des centres éloignés.
Rien n’a été organisé dans ce sens.
Ceux d’entre nous qui pouvaient accompagner ou suivre leurs malades dans les hôpitaux pendant les périodes de calme, ceux qui pouvaient assister aux consultations des spécialistes ont compris qu’ils ne pouvaient guère demander aux chefs de ces services autre chose qu’un renseignement qui leur était du reste donné très volontiers.
Sans doute aussi dans certaines divisions, les médecins divisionnaires donnèrent-ils des ordres aux médecins-chefs des régiments pour que chacun d'eux passât au moins une fois par semaine au repos la visite de ses bataillons et en profitât pour examiner les malades avec leurs jeunes camarades en les faisant profiter de leur expérience. Malheureusement, là encore il était difficile d'organiser quelque chose d’une façon suivie à cause des déplacements des unités, des exercices nécessitant la présence de l’un ou l’autre des médecins et des permissions de détente enfin.
Et puis aussi un excellent praticien possédant les plus grandes qualités professionnelles peut fort bien ne pas être doué par ailleurs de la faculté de l’enseignement,
Un médecin de bataillon revoyait rarement ses malades et ses blessés, il y avait impossibilité maté-
rielle et administrative à ce qu’il reçût officiellement de leurs nouvelles et son rôle se trouvait trop souvent borné à celui d’un triage grossier dans lequel il lui fallait distinguer un homme pouvant marcher d’un homme ne pouvant pas marcher.
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J.-A. Daoulas 2