‹ La médecine de bataillon: Contribution à l'étude du rôle du médecin de bataillon d'infanterie pendant la guerre 1914-1918Chapitre 7 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Service de santé du bataillon pendant la marche et au cantonnement de repos. — Infirmerie de bataillon en 1918.

Pendant un déplacement, le Service de santé du bataillon se tenait en arrière de ses troupes (à la gauche de son unité), les brancardiers précédés du caporal, puis les infirmiers suivis des médeéins. Quelquefois, lorsque le bataillon ne devait pas cantonner groupé dans le même pays, les brancardiers étaient répartis à l’avance dans les compagnies.

Au cours de la marche, il était rare que le médecin eût à intervenir. Toutes les prescriptions habituelles étaient prises par le commandement contre la chaleur, contre les intempéries. Si cependant le grand nombre des traînards ou la fatigue excessive des hommes l’exigeaient, le médecin de bataillon pouvait demander à son commandant qu'il soit fait des haltes plus fréquentes ou même que la marche soit arrêtée. Cette éventualité ne se présentait presque jamais.

Les éclopés, les fatigués étaient suivant les circonslances placés dans une grande voiture pour blessés

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(détachée au début de la guerre d’un groupe def: brancardiers, mais appartenant par la suite au maté. riel de régiment), soit déchargés de leurs sacs qui pouvaient être mis dans des voitures de PARPRENIE ou des voitures de réquisition.

Les brancardièers portaient le sac, les infirmiers marchaient le plus souvent en tenue allégée el sans $ac. Le sac d’infirmier qu’ils auraient dû porter en déplacement était lourd, sa rigidité génante et on en -dispensait autant que possible ceux qui étaient chargés d'accompagner ou de suivre les éclopés jusqu'aux voitures. #

Il arrivait, les circonstances l’exigeant, qu'aucune voiture ne pouvait recevoir le sac des éclopés ou les éclopés eux-mêmes. Dans ce cas un infirmier était toujours laissé avec eux et le détachement composant l’arrière-garde de bataillon, ramenait lentement au cantonnement tous les hommes fatigués.

En principe, un homme ne pouvait être déchargé de son sac ou laissé en arrière qu'après l’autorisation du médecin qui délivrait un billet d’exemption après avoir constaté les signes habituels de la fatigue ou d’autres accidents : coliques, excoriations... etc., que l’on rencontrait chez les fantassins en marche.

Avant la marche un détachement spécial, un campement partait pour préparer le cantonnement. En général et conformément au règlement, un médecin auxiliaire l’accompagnait suivi d’un brancardier et d’un infirmier. Son rôle était de rechercher au pays si l’eau était potable et s’il y existait ou s’il n’y avait

‘pas existé depuis un délai plus ou moins éloigné, de maladie contagieuse ou épidémique, que ce pays fût ou non habité par la population civile.

Le médecin auxiliaire recherchait en outre avec l'officier de campement un local pouvant convenir à l'installation d’une infirmerie de bataillon.

En principe, ce local aurait dû être placé dans une maison inhabitée et propre comprenant plusieurs pièces dans lesquelles il aurait été possible de passer la visite, de faire les pansements, de garder quelques malades en observation et de pouvoir les coucher sur des couchettes improvisées, de loger le personnel, etc... Soit en tout quatre ou cinq pièces spacieuses et bien aérées.

Il n’était malheureusement guère possible de trouver ce confortable que dans l'arrière inhabité de certains secteurs assez calmes. Le plus souvent, la salle de visite tenait lieu detouteinfirmerie etil était impossible d’y traiter sérieusement un malade, d'y isoler un contagieux probable.

Si le régiment ne devait pas stationner au cantonnement plus de vingt-quatre heures par exemple, la visite médicale se passait une à deux heures après l’arrivée ; le matériel en médicaments et en pansements existait en quantité suffisante dans le sac d'infirmier du bataillon et dans de petites trousses individuelles (cartouchières généralement) que les infirmiers se confectionnaient eux-mêmes pour la plus grande commodité du service. L'heure de la visite était prévue pour qu'en aucun cas les ma-

de

; lades ne fussent dérangés aux heures de la soupe.

La liaison était assurée avec le médecin-chef du régiment par un cycliste qui lui portait un compte rendu d'installation et d'hygiène du cantonnement, le rapport journalier habituel et la liste des malades à évacuer. Ceux-ci partaient suivant les cas par une voiture fournie par le corps ou par une automobile de la section sanitaire divisionnaire.

Les hommes étaient traités puis mis suivant leur état : soit exempts de sac pour la marche du lendemain, soit exempts de marche et transportés comme il a été dit plus haut.

Si Loutefois le nombre des éclopés était trop grand au cours d'un déplacement prolongé par voie de terre, le médecin-chef du régiment pouvait, par l’intermédaire du commandement, obtenir de l’armée, des voitures de transport de personnel ou de matériel qui conduisaient au cantonnement définitif les malades ou les blessés légers récupérables en peu de jours. Les voitures automobiles de la section sanitaire détachée à la division ne devaient servir qu’à l'évacuation des malades ou blessés à diriger sur des hôpitaux d'évacuation ou de traitement. Le médecin divisionnaire réglait ces évacuations et disposait seul de ces voitures suivant les besoins des corps de troupe.

Si le régiment était au repos ou à l'instruction, le médecin aide-major devait s’employer de toutes ses forces à trouver un local convenable et à l’aménager en infirmerie. Le matériel ne manquait pas dans ces

cantonnements de l'arrière et il était bien rare qu’un infirmier ou qu’un brancardier ne fût pas à même d'accomplir les petits travaux de menuiserie indispensables à la réfection des locaux.

La vie des hommes se rapprochait alors de ce qu’elle était dans une garnison en temps de paix et la visite médicale était analogue à tout point de vue à celle qui se passait à la caserne.

Le médecin de bataillon recevait en général le contre-coup de tous les incidents de la vie journalière du troupier dans son unité. L’annonce d’une marche, d’un exercice un peu plus pénible suffisait à faire augmenter, dans des proportions notables, le nombre des hommes qui se présentaient à la visite. Et puis il faut bien reconnaître que certains commandants de petites unités avaient trop de tendance à dégager leur responsabilité en envoyant au médecin des hommes avec lesquels ils vivaient journellement et qu’ils connaissaient mieux que lui.

La visite médicale dans un corps de troupe à certainement toujours été une opération des plus délicate et cependant pour comprendre tout ce qu’on en à dit, il faut avoir vu ce que l'on y fait et avoir: entendu tout ce que l’on y entend. On conçoit que de telles scènes aient pu servir à souhait l'inspiration de certains auteurs gais.

L'examen du malade y était le plus habituellement rapide et les indications fournies par le thermomètre . étaient celles dont il était tenu le plus exactement compte. En cas de doute et devant l’insistance de

certains hommes les renseignements portant sur leurs antécédents militaires, donnés par leurs chefs directs, pouvaient rendre les plus grands services. L’impossibilité de suivre un malade pendant plusieurs jours obligeait à son évacuation avec un diagnostic probable ou très approximatif.

Quinze jours, deux mois après, il rejoignait son

unité ou une autre ; matériellement il était impossible de savoir dans quelles conditions s'était déroulée l'affection dont cet homme était atteint.

- Aucours de plus de six années de médecine de régiment, il nous a été difficile de recueillir plus d'une dizaine d’observations à peu près complètes de malades soignés et évacués par nos soins et cela malgré notre meilleure volonté.

Il s'agissait en somme et toujours de faire un triage grossier entre les vrais malades et les faux, entre les. hommes fatigués et les paresseux et pour cela que l'autorité du médecin soit doublée de celle de l'officier soucieux du respect de la discipline et de la conservation des effectifs. |

Les brancardiers et les hommes appartenant aux équipes sanitaires assuraieni sous la responsabilité du médecin les travaux d'hygiène du cantomment : Douches, désinfection des effets; stérilisation des eaux de boisson, par javellisation en général ; installation et désinfection des feuillées, mise en usage du four crématoire, enlèvement des fumiers et des ordures ménagères... etc.

C'est à ces périodes de repos que s’effectuaient

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surtout pendant les premières années de la guerre les séances d’épouillage et de désinfection des effets des hommes. Les médecins devaient à cette époque rivaliser d’ingéniosité pour trouver des moyens propres à soulager les troupiers, pour leur installer des douches et détruire la vermine de leurs vêtements, par le soufre, l’eau bouillante, la vapeur ou même le fer à repasser. Il nous a semblé aussi que les gaz toxiques avaient pu dans une certaine mesure agir efficacement sur les lentes et leur développement parce qu'ils imprégnaient les effets ; mais il faut dire qu’au moment ou fut généralisé l'emploi des gaz les secteurs étaient organisés, que les périodes de repos des troupes étaient à peu près régulières et qu'il était dès lors possible aux hommes de se nettoyer et de laver leur linge.

Les vaccinations et revaccinations anti-typhoïdiques se faisaient également en principe au repos bien que souvent dans l'intérêt de la collectivité il ait été nécessaire de les poursuivre en secteur. Nous avons employé à tour de rôle tous les vaccins de M. le professeur Vincent, expliquant à chaque fois aux hommes la nécessité de les revacciner et ne trouvant pas chez eux trop de mauvaise volonté pour se soumettre à cette petite opération. Ce fut d’abordle vaccin anti-typhoïdique à 4 injections, puis l’antipara À + B à 3 injections, enfin plus tard pour les revaccinations ou vaccinations des recrues les vaccins polyvalents T. A. B. chauffés ou à l’éther. Le lipo-vaccin n’a pas été employé dans les troupes

de notre armée. L’entéro-vaccin a été distribué au début de la guerre à certaines formations, on le donnait à ceux chez lesquels le vacein injectable était contre-indiqué. Son emploi ne s’est pas généralisé.

Un homme ayant fait loute la campagne a donc reçu huit ou neuf injections au moins. Pour notre part nous avons dû en pratiquer près de 20.000 et jamais nous n’avons eu d’accident sérieux à enregistrer. | KE

Cependant un bien petit nombre de livrets, avec fiches de vaccination, se trouvaienten règle(nous pensons que c'était la minorité dans l'infanterie) et cela n'était pas le moindre de nos soucis, au repos, que de pratiquer consciencieusement ces vaccinations quand les renseignements sur les vacinations antérieures manquaient ou étaient incomplets. La fiche médicale qui existait pour tous les hommes en temps de paix n’aurait pas dû être supprimée en temps de guerre et faire partie inhérente du livret. matricule des hommes. Le modèle des fiches de vaccination variait suivant les régions, les corps d’armée ou les divisions, beaucoup étaient tirées à la pâte à polycopier, elles étaient fragiles et malgré la bonne volonté mise par chacun il est certain que des hommes ont été revaccinés à tort et plus souvent qu'ils auraient dû l'être. Les fiches de vaccination rouges (À + B), vertes (T. A. B. à l’éther), jaunes (T. A. BB. chauffé) n’ont pas été répandues dans les corps de troupe en quantité correspondant aux dose de nouveau vaccin délivré.

C'est effectivement le carnet médical individuel prévu pour des classes à venir qui nous aurait rendu le plus grand service.

Le médecin devait en outre profiter de ces péshides de repos ou d'instruction pour examiner et suivre les hommes fatigués et douteux et son attention devait se porter sur les hommes venus en renfort des centres d'instruction divisionnaires (C. I. D.)

En principe, ces C. I. D. recevaient de l’intérieur des renforts composés de jeunes classes et de récupérés parmi les anciens ajournés, les blessés et les malades antérieurement évacués. C’est sur cette dernière catégorie d'hommes que nous voulons insister, car c’étaient eux qui donnaient au médecin de bataillon les plus gros soucis.

Le rôle moral des médecins de C. I. D. devait donc encore s'exercer d’une façon plus active que celui des médecins de bataillon; s'inspirant des principes d'humanité que nous n’avons cessé d'appliquer et aussi dans bien des cas de sentiments plus élevés de patriotisme recherchant toujours à rendre à l'armée le maximum d'hommes sains et disponibles pour la défense du pays.

Parfois, et c'était la grande majorité des cas, ces soldats revenaient guéris à leur ancien corps ; quelquefois ils l’étaient imparfaitement ; chez certains c'était le moral qui était atteint et ces troupiers qui avaient déjà tellement souffert essayaient par tous les moyens possibles de ne pas répondre au nouvel effort qui leur était une fois de plus demandé. Le

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médecin était pour eux le seul sauveur possible, aussi assistait-t-on chez ces hommes pourvus quelquefois de nombreux certificats de visite et de contre-visite à toutes sortes de manifestations de maladies provoquées ou simulées. Des vénériensconservaient pour ce moment un accident qui nécessitait leur évacuation, des cardiaques savaient par des moyens variables se présenter au médecin dans un état tel que celuici ne pouvait qu'obhserver les affections les plus déconcertantes.

Or,nous l’avons déjà dit, à l’infirmerie de bataillon, toute observation prolongée d’un malade dans toutes les conditions sérieuses requises était à peu près impossible ; c’est donc avec une grande satisfaction que le médecin recevait, malheuresement trop tard quelquefois, un certificat émanant d'un des centres spéciaux d'observation et levant tous ses doutes au sujet de l’effection intéressant son malade. Mais n'importe comment et malgré les précautions prises par le médecin, il y avait toujours au dernier moment, celui du départ pour les lignes, une infime minorité de malheureux avec lesquels il fallait agir non plus en médecin mais en gendarme. . . . .

C’est seulement dans le maigre confortable de ces cantonnements de repos qu’il était cependant donné au médecin de bataillon de faire de la vraie et utile - médecine, sinon au point de vue particulier tout au ‘moins au point de vue social.

Dans la plupart des armées on avait en effet com-

pris qu'il était inutile de faire aux hommes des conférences auxquelles ils assistaient par ordre, sans goût, n’y voyant que quelques minutes de corvées ou d'exercice en moins. Ils en sortaient le plus souvent nullement convaincus parce qu’ils n’avaientrien écouté. Nous avons reçu des ordres pour agir en conséquence. En voici la substance :

I sera traité d'hygiène au cours des visites du cantonnement, inspection des cuisines, des dépôts de déchels et ordures journalières, des feuillées, des fours crématoires.

Cette inspection doit être journalière car il faut dire et redire souvent les mêmes choses auxhommes pour les convaincre de l'utilité des bonnes habitudes que l’on veut leur inculquer et leur démontrer que la chaux et le crésyl que se contentent de demander leurs commandants d'unités doivent être employés sciemment et non pas pour la forme.

On insistera sur l’hygiène corporelle pendant les douches desquelles on profitera pour passer les visites de santéet c’est dans des conversations particulières qui frapperont beaucoup plus l'esprit des hommes que des conférences que l’on insistera sur le péril vénérien, sur ses conséquences immédiates et éloignées au point de vue individuel, familial et social.

On établira pour les hommes chaque fois que cela sera possible de ces cabinets de prophylaxie qui n'existent qu’à qu’à titre d'exception dans nos armées et que les hommes ne réclament pas à cause de leur ignorance.

Les syphilitiques doivent être suivis et traités pendant les périodes de repos. Malheureusement il n’a pas été possible de traiter à cause de leur grand nombre toutes les blennorragies chroniques; il aurait fallu au moins un spécialiste par division, fonctionnant d’une façon intensive au repos.

On parlera de même de la tuberculose chaque fois que l'occasion s’en présentera, et c’est ainsi que les jeunes officiers et les hommes dont 6n aura peu à peu gagné la confiance parce qu'ils se seront aperçus qu'on les a traités non pas comme une collectivité composée de matricules mais comme des personnalités bien distinctes, viendront peu à peu entretenir

leur médecin de leurs affaires de famille et lui deman-

der des conseils au sujet de la santé des leurs.

La clientèle civile relevait également du médecin :

de bataillon à son cantonnement dans la zone des opérations et c'était la plupart du temps avec une gande satisfaction qu'il rendait service à ces pauvres gens le plus souvent intéressants à tous les points de vue. |

Enfin l'instruction des hommes relative à la défense contre les gaz, aux précautions à prendre contre les gelures et les froidures des pieds a été longtemps du ressort des médecins de bataillon. La première de ces missions a élé délicate à un moment où la question n'était pas au point, où le système de protection changeait à chaque instant, où les hommes ne croyaient pas à tout le danger de cette arme terrible.

On voit par ce qui précède qu'il ne restait pas

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beaucoup de loisirs, même au repos, à celui qui prenaut sa tâche à cœur était désireux de remplir absolument tout son devoir. MEL

Certes, il y avaitencore quelquesmoments pendant lesquels il aurait pu se retremper dans ses ouvrages classiques et des journaux médicaux, mais le médecin de bataillon comme les hommes avait besoin de repos.

Il fallait qu’il puisse lui aussi se promener au grand air la tête libre du casque et le ceinturon dépourvu du masque à gaz, sans angoisse, sans appréhension, tout à la joie d’être sorti encore une fois, sain et sauf de la fournaise, de se sentir revivre en un mot.lIl aurait fallu surtout qu’il fût aidé, encouragé, soutenu dans son travail ; c'était une chose difficile quand le médecin comme tous les combattants qui l’entouraient n'avaient pas de but précis immédiat à atteindre et qu’en outre le lendemain lui apparaissait seulement comme une possibilité mais jamais comme une

certitude,

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