‹ La médecine de bataillon: Contribution à l'étude du rôle du médecin de bataillon d'infanterie pendant la guerre 1914-1918Chapitre 8 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Service de santé du bataillon en guerre de mouvement

Nous voulons prendre pour type de notre deseription le fonctionnement du Service de santé de batailon dans une offensive ou contre-offensive à objectif limité comme celle de Champagneen septembre 1915, comme celle surtout de la Marne en juillet 1918.

Il nous semble du reste que cette organisation puisse subsister en guerre de mouvement plus étendue puisque de deux chose l’une:

Ou bien le bataillon prend part à l’attaque et cette attaque portera sur un premier objectif. C’est le cas particulier sùr lequel nous allons insister.

Ou bien le bataillon est en réserve ou au bivouac et alors tout se passera, peu confortablement il est vrai, comme au cantonnement.

* Nous prenons en outre le cas le plus fréquent où la relève des blessés est possible de jour et immédiatement après l’action, les préparations d’arlillerie qui précèdent chaque combat ayant obligé l'ennemi à se retirer sur une déuxième position.

Avant l'attaque, le médecin de bataillon en liaison étroile avec son chef de bataillon est mis au courant des dispositions générales de l’opération, il sait qu’à l'heure H telles compagnies auront telle tâche à accomplir sur tel secteur et vers telle direction ; telle unité sera de réserve. D’autre part son médecin-chef lui fait connaître ses dispositions de détail. Son poste desecours central de régiment sera installé dans telles conditions sur le passage ou non des blessés du Be il y aura un relai ou un poste de G. B. D. à tel endroit.

Il devient alors aisé au médecin du bataillon de disposer son personnel.

Une équipe de quatre brancardiers sera détachée auprès du chef de bataillon ; le médecin garde avec lui trois équipes qui pourront instantanément se porter au secours des compagniesles plus éprouvées, plus une ou deux équipes de musiciens (brancardiers auxiliaires) dont le rôle sera plus spécialement d’assurer le relai du poste de secours de bataillon au poste de secours centra! ou au groupe de brancardiers divisionnaires. |

Cette disposition des brancardiers n'est pas à l'abri de toute critique, mais le personnel du Service de santé du bataillon est trop restreint pour qu’on puisse laisser en permanence deux brancardiers à chaque compagnie où leur présence pourrait être cependant si utile au moment du combat.

Dans cette guerre de mouvement le poste de secours de bataillon devient donc une petite formation extrêmement mobile qui doit être apte à fonctionner

n’importle où et dans n’importe quelles conditions. Il s'ensuit que le matériel à emporter ne peut être qu'extrêmement restreint. S

Les médecins aides-majors et auxiliaires pourront avoir à leur disposition une petite trousse d'urgence contenant le matériel hémostatique (pinces et bandes élastiques), le nécessaire d’hypodermie d'urgence (caféine, morphine),enfin quelques médicaments, sels anglais, teinture de menthe, éther, ipéca.

Le complément nécessaire se trouve dans le sac d’infirmier de bataillon, les trousses d’infirmier et les musettes de brancardiers. Enfin une réserve de différents pansements ainsi que d’attelles pourra se porter dans deux ou trois sacs, dits sacs à. terre et d’un usage courant dans tous les secteurs.

On emportera par tous les moyens possibles, la plus grande quantité d’eau dans les bidons, le petit tonnelet ou la voiture médicale, les seaux en toile; un bidon par brancardier peut être rempli de café aux cuisines au moment du départ.

Il existe dans le matériel de bataillon une boîte d'éclairage à l'acétÿlène et en outre une ou plusieurs lampes à pétrole. Dans la guerre de position ces. appareils rendent les plus grands services ; en guerre de mouvement ils sont encombrants et fragiles. Les infirmiers seront donc munis d’une petite réserve de bougies-et chaque brancardier devra également en emporter une ou deux dans sa musette.

Nous croyons pouvoir affirmer que la grande lan-

terne à acétylène pour rechercher des blessés n'a J.-A. Daoulas 3

DO

jamais été employée pendant cette gusrre à un tel usage et que son moindre essai de fonctionnement eut été fort désapprouvé des combattants et des brancardiers eux-mêmes par la crainte d’aitirer sur eux l'attention de l'ennemi. |

Si les circonstances obligeaient à faire de nuit la recherche des blessés, on se guiderait sur les renseignements donnés par les blessés légers, par les appels de ceux qui ne peuvent bouger. Des patrouilles de brancardiers iraient à la recherche des nids de blessés, enfin les chiens sanitaires pourraient rendre les plus grands services. L’éclairage sera fourni par des lampes électriques de poche à éclairage intermittent du modèle de celles qu’on a distribuées aux brancardiers dans la plupart des corps.

Sur; les huit brancards dont peut disposer le Service de santé du bataillon, quatre seront portés par les brancardiers à raison de un par équipe de quatre. Il sera bon de laissser les autres à proximité du poste de secours central de façon à ne jamais manquer de brancards lorsque pour une raison ou pour une autre les évacuations sur l'arrière ne se feront pas assez rapidement. Deux musettes au moins sont nécessaires par équipe.

Pour les évacuations en secteur le médecin dispose encore à son bataillon de deux brouettes portebrancards. Celles-ci peuvent rendre de grands services à condition qu’on se contente de les employer

dansune portion du champ de bataille bien reconnue à l’avance.

Il est préférable dans le cas contraire de les laisser au poste de secours central à la disposition du médecin car il ne faut qu'à aucun moment une voiturette puisse, à cause des accidents du terrain, devenir une source d’ennuis ou de retard dans la marche ou le déploiement du poste de secours.

C’est dans ces conditions que se déplacera le Service de santé du bataillon au combat.

Le médecin auxiliaire peut marcher avec le caporal à la tête des brancardiers, ne perdant jamais la liaison avec la dernière compagnie du bataillon. Le médecin aide-major marche le dernier accompagné des infirmiers.

Le rôle le plus délicat, le plus ingrat et le plus pénible du médecin de bataillon va commencer avant le début de l'action.

Bien que la visite ait été passée avant le départ du cantonnement il reste toujours quelques maladroits, quelques traînards, quelques étonnés et quelquefois même aussi, il faut bien le dire, quelques lâches qui jusqu'au dernier moment emploient tous les moyens réguliers possibles pour ne pas monter à l'assaut.

Aucune visite sérieuse n'est possible et cependant il importe de faire un triage grossier et de renvoyer en arrière ou en ligne ces retardataires.

Ce sont des formalités indispensables qui prennent du temps et un temps d’autant plus précieux qu'il ne

fautpas perdre la liaison avecle bataillon qui s’avance

vers les lignes et qu’à tout moment il peut déjà y avoir des blessés. Cette liaison est assurée par le

cycliste qui se servira de sa machine suivant le terrain, mais le plus souvent aura tout intérêt à la laisser à l'arrière au train de combat du bataillon. Quelquefois le médecin a pu prévoir ou mème faire préparer à l’avance un poste de secours où il pourra s'installer en attendant le moment de l'assaut et donner ses soins aux premiers blessés. Ce sera par exemple un élément de tranchée, un petit abri inutijisé, un fossé, une cave intacte ; mais le plus souvent dans ce genre d’attaque les unités sont amenées à pied d'œuvre fort peu de temps avant le combat et il n’est guère possible de fixer à l'avance l'emplacement du premier poste de secours de bataillon, qui sera aussi le premier refuge de blessés, puisqu'il s’installera automatiquement dans la zone un peu moins exposée où se dirigeront instinctivement les premiers blessés. Mais voici l'heure H. Après une préparation d’artillerie dense et courte,les compagnies d’assaut franchissent notre ligne de petits postes. Presqu'aussitôt, si l'ennemi résiste les premiers blessés légers arrivent au poste de secours. Pour retourner à l'arrière, ils prennent évidemment la route qu'ils avaient prise pour monter en ligne et c’est pourquoi il importe que le poste de secours de bataillon s’installe à proximité immédiate de cette route, en tenant compte autant que possible des dispositions relatives. au terrain et à l'artillerie. La direction de son emplacement peut êlre marquée par des pancartes ou des fanions, visibles seulement de nos lignes ; car une formation si minime perdue au milieu des combattants ne

peut évidemment pas espérer qu’on respecte sa neutralité.

Le poste de secours se déploie rapidement. Les | pansements ne peuvent être que sommaires à cause de la difficulté d’emporter un matériel antiseptique, ils consistent surtout dans l’emballage des plaies, l’arrêt des hémorragies, la pose de petits appareils d’immobilisation. Le blessé, gêné du reste dans un abri trop petit ou se sentant peu en sûreté s’il n'y a - pas d’abri du tout, ne demande qu’à s’en aller au plus vite une fois son pansementfait. -

Les fiches d'évacuation sont remplies par le caporal infirmier sous la dictée du médecin qui s’assurera qu’on en conserve une copie exacte. Il n’est pas fait aux blessés de sérum antitétanique; ces injections sont ordinairement opérées à l’ambulance de triage la plus rapprochée. Il ne faut pas en effet songer à manipuler sur le champ de bataille quand il n’y a pas urgence absolue, une seringue de 10 centimètres cubes, ni à transporter encore des douzaines de flacons fragiles. Tout au plus ces injections pourraientelles être faites au poste central du régiment ou au premier relai du groupe de brancardiers divisionpaires pendant la guerre de mouvement.

Les premiers blessés renseignent peu exactement sur la marche des unités et leur avance ; leur moral est en général excellent car leurs blessures sont légères et puis ils quittent pour un moment le champ de bataille ; mais l’angoisse qui a précédé l'attaque, l'effort physique fourni pour traverser les

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premières défenses ou réduire les premières résistances leur fait apparaître l'avance comme plus considérable qu’elle n’est en réalité.

On est renseigné exactenfent sur l'importance de celle-ci par les brancardiers laissés auprès du chef de bataillon et qui arrivent au poste de secours en ÿ transportant le premier blessé couché. à

A ce moment la distance de la première ligne des combattants au poste de secours est variable : fonction de la difficulté du combat et du nombre de blessés secourus pendant l’avance vers les lignes et au début de l’action. Elle ne doit pas être supérieure à 1 kilomètre 500 et il faut en outre que le poste de secours soit disposé de telle sorte qu’il soit au moins à l’abri des projectiles de l'infanterie ennemie (torpilles, minenwerfer et balles).

C’est également par ces brancardiers que l’on est renseigné approximativement sur les pertes des compagnies, ce qui permet de diriger immédiatement des équipes dans la direction de celles qui ont été les plus éprouvées.

Les cireonstances sont comme on le voit extrêmement difficiles ; les médecins ne peuvent songer non seulement à faire un pansement aseptique mais encore un pansement propre, on se borne donc à faire pour le mieux.

Recherche rapide de la blessure principale et des autres blessures, allant au plus vite à grands coups de ciseaux dans les vêtements souillés de sang et de terre pour reconnaître rapidement le siège de l’hé-

morragie, application d’un pansement approprié à l'étendue des délabrements, de pinces ou bandes hémostatiques, garrots, tourniquets s’il y a lieu.Pose de petites attelles en treillis de fer, de bois ou de carton s’il y a fracture. {njection de caféine ou de morphine. C’est tout !.… .

La quantité d’eau et de café apportée par les bran-

cardiers et infirmiers permet en général de désaltérer les blessés lorsque la nature de leur blessure le permet. C’est dans ces conditions avec ce maigre réconfort, souvent à peine couverts,non réchauffés,que l’on procédera à leur évacuation.

Les soldats savent à l'avance qu'ils ne recevront pas au poste de secours de bataillon autre chose que des soins hâtifs et incomplets ; ils savent que la misère de leurs camarades brancardiers infirmiers et médecins est aussi grande que la leur. Ils n’ignorent pas que dans certains secteurs il y a eu autant de blessés au voisinage du poste de secours qu’en ligne. Malgré tout, ils sont heureux de savoir que s’il leur arrive d'être blessés, ils trouveront tout près d’eux, quelques camarades, des médecins qui en peu de temps feront leur possible pour atténuer leurs souffrances et leur faire quitter dans le plus bref délai le lieu du combat.

Le médecin de bataillon est lui-même attaché à ses hommes avec lesquels il vit depuis longtemps et c’est parce qu’il se rend compte de l'importance morale de sa présence à proximité immédiate des lignes qu'il y restera.

La progression du bataillon va continuer, il faut que le poste de secours la suive et qu'à son départ du premier emplacement il n’y ait plus un blessé à évacuer.

Dans un deuxième déplacement le poste de secours de bataillon fonctionnera d’une façon identique au premier. Si le médecin est bien au courant du plan d'engagement, s’il a veillé à sa liaison, il est rare qu'il perde contact avec ce bataillon, ou même qu'il se décale légèrement par rapport à l'axe de marche de celui-ci. |

Même si au hasard de la bataille cet axe se trouvait changé, même s’il y avait un recul, il en serait immédiatement prévenu, en préviendrait l’arrière et les évacuations continueraient à se faire normalement sans gros embouteillage.

Il arrive un moment où le bataillon tombant sur upe résistance inattendue ou ayant atteint son objectif s’arrête. Dès lors il devient facile de réorganiser le service d'évacuation, de demander des renforts de personnel et d'indiquer des voies d'évacuation plus rapides par route et par voiturettes porte-brancards s'il y a lieu.

Telles sont les directives générales de l'installation d'un poste de secours de bataillon en guerre de mouvement offensive ou contre-offensive.

Jusqu'ici le bataillon a été jugé unité suffisamment importante pour qu'il puisse se déplacer avec un personnel sanitaire fonctionnant d’une façon à peu près autonome sur une échelle plus ou moins éten-

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due suivant l’ampleur du mouvement: la liaison constante avec le poste de secours central du régiment à l'arrière assurant la relève des brancardiers et le ravitaillement en pansements, en médicaments et emeau (s’il n’a pas été possible de placer le poste de secours de bataillon à proximité d’un point d’eau offrant toutes les garanties désirables).

Les médecins auxiliaire et aide-major ne se quittent plus, ils travaillent ensemble et se suppléent dans les circonstances du service. Pendant l’avance vers les lignes, le médecin auxiliaire dirige les brancardiers vers le poste de secours ou le premier refuge et remplace momentanément son aidemajor si celui-ci se trouve arrêté par les traînards ou les malades. Il oriente et dispose son personnel ainsi qu’il aété dit plus haut en attendant l’heureH. Par la suite, son rôle est le même que celui de son aide-major, pansemenl et évacuation des blessés.

La tâche des médecins est, il faut le répéter extrémement pénible ; non pas physiquement, ils sont peu chargés se déplacent lentément au moment

choisi et fatiguent relativement peu. Ils sont infini-

ment moins exposés queleurs camarades les combattants de la première ligne. S’ils souffrent surtout c’est d’être obligés de sacrifier à l’urgeñce tous les principes élémentaires de petite chirurgie, d’asepsie d'antisepsie qui leur ont été inculqués dès le début de leurs études aux premières heures du stage hospitalier.

Nous avons éprouvé et nous avons retrouvé chez la plupart des jeunes médecins auxiliaires que nous

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avons eu sous nos ordres cette même répugnance toute chirurgicale, toute professionnelle à toucher ce qui n’était pas propre: ce mélange de boue, de sang, de coton, de vêtements. Même en présence de l'hémorragie ce réflexe subsistait un moment au début.

Souvent aussi lorsque les évacuations trainaient, lorsque l’embouteillage du poste se produisait nous avons regretté de n’avoir autre chose que de l’eau et du café à offrir à nos grands blessés shockés épuisés par l’hémorragie.

À quoi bon relever par la caféine et l'huile camphrée un cœur de blessé si ce cœur est sur le point de battre à vide. Nous avons essayé de transporter des ampoules de sérum physiologique que l’on réchauffait au moment de l'injection à la flamme d'alcool! solidifié. Nous n’avons jamais pu nous en servir, les conditions n’étant réellement pas favorables, le liquide passait lentement ou ne passait pas du tout, l’asepsie était impossible.

Nous n’insisterons pas sur le traitement des blessés par gaz en guerre de mouveinent.

Nous avons reçu des instructions parfaites qu'il ne reste qu’à appliquer. Il n’est jamais impossible de pratiquer la saignéé et d’évacuer sur brancard quand il s’agit d’un suffoqué. Les blessés atteints par gaz vésicants sont envoyés dans des centres spéciaux de l’avant où ils sont lavés, changés et récupérés en peu de temps.

Dans cette guerre de mouvement sans abri, dans

les champs et dans les bois, les gaz constituent un danger infiniment moins sérieux que dans les tranchées et les abris couverts de la guerre de position.

Dans tous les cas on ne peut emporter ni siphon ni ballon d'oxygène. L’éther et l'ipéca comme médiments, la saignée comme intervention rendront les plus grands services. Aucun traitement au poste de secours du bataillon n’est possible pour les vésiqués en guerre de mouvement.

L’assainissement du champ de bataille ne peut être fait que très imparfaitement par le service de santé du bataillon, à moins que celui-ci ne reste en position plusieurs jours. Dans ce cas les morts sont relevés le plus tôt possible après les blessés et suivant les ordres: /soit enterrés sur place, soit évacués sur l'arrière pour linhumation. Ce service concerne du reste plus particulièrement les brancardiers divisionnaires aussitôt après l’action. Dans le cas d’une avance considérable ce sont des unités spéciales de territoriale qui sont chargées d'assurer l’assainissement du champ de bataille proprement F1 CRE

Dès que le bataillon est en position, si le commandement supérieur a l'intention d'organiser cette position en secteur défensif : des tranchées se creusent, des abris se construisent des postes de secours véritables s'organisent, il est dès lors possible de jouir d’un certain confortable et c'est ce que nous allons étudier dans le « service de santé du bataillon pen- « dant la guerre de position ».

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