‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 14 sur 96 · Besoins sociaux · texte numérisé non relu

Besoins sociaux

Le besoin d’affection , principe de la sociabilité et du mariage, constitue véritablement 1 amour ^ quand il est joint au besoin générateur; complètement isolé de lui , c’est Y amitié. Son défaut absolu rend l’homme froid , sauvage et égoïste; son développement excessif en fait le plus malheureux des êtres, par une susceptibilité trop irritable, qui dégénère en jalousie quand elle se trouve jointe à la

méfiance.

La ruse et la circonspection sont utiles à 1 homme : par elles il se défend contre ses ennemis , se tire des positions les plus difficiles, et se ménage des ressources pour l’avenir. Leur excès d’activité produit la fourberie , la pusillanimité et la parcimonie , sœur de Y avarice.

L’ amour-propre , ou besoin d approbation , nous rend sensibles à 1 ’éloge et au blâme, nous inspire le désir de nous distinguer, et devient ainsi l’un des principaux mobiles de notre conduite sociale. Renfermé dans de justes bornes , il donne naissance à 1 émulation, aiguillon des belles âmes, source des grandes choses et des grandes vertus. Son défaut engendre Y insouciance , la malpropreté et la paresse ; son développement excessif produit la vanité et Y ambition avec toutes leurs nuances , depuis la passion de la parure et du luxe , jusqu’à la soif immodérée de la célébrité , des honneurs et des conquêtes.

\Y estime de soi est un besoin différent de l’amour-propre, avec lequel on l’a longtemps confondue. Trop forte, elle exagère le sentiment de notre valeur personnelle, et nous rend suffisants , hautains, orgueilleux , toujours prêts à nous admirer nous-mêmes, et à nous croire capables de tout. Trop faible, elle nous laisse tomber dans Y avilissement , et ne nous permet pas de nous relever de nos chutes. On reconnaît son développement normal et harmonique à une conduite habituellement remplie de convenances et de dignité : le vrai mérite se respecte , mais n’a pas d’orgueil.

L’homme a besoin de fermeté, et le degré de sa fermeté indique la trempe de son caractère. LYrrésolu , qui ne sait pas ce qu’il veut, Y inconstant, qui ne veut plus aujourd’hui ce qu’il voulait hier , ont été comparés à la girouette qui tourne à tout vent. D un autre côté, la persévérance dans une ré

solution doit avoir des bornes; dès que l’on s’aperçoit qu’on fait fausse route , il faut savoir revenir sur ses pas : X opiniâtreté n’est que l’énergie de la sottise.

Justice. — C’est à ce besoin éminemment conservateur de l’ordre social que se rattache plus particulièrement la conscience , sorte de sens moral, révélation intérieure qui nous fait connaître si nos actions sont bonnes ou mauvaises, comme le plaisir et la douleur nous signalent ce qui nous convient ou ce qui nous nuit.

L’esprit de justice , poussé à l’excès, nous rend timorés ou par trop sévères; son absence fait mettre au même niveau le bien et le mal , et contribue surtout à augmenter le nombre des criminels qui portent atteinte aux personnes et aux propriétés, depuis le braconnier jusqu’au conquérant, depuis les simples filous jusqu’aux usurpateurs, ces grands voleurs de couronnes et d’empires.

Bonté. — 11 est un sentiment qui nous fait compatir aux malheurs d’autrui , et qui nous porte aussitôt à les soulager : c’est la bonté , source de la charité chrétienne, et quelquefois de la philanthropie ou bienfaisance administrative. Poussée trop loin , elle dégénère en bonhomie , en faiblesse même , et peut nous faire manquer au devoir sacré de la justice. Son absence constitue la sécheresse de cœur , X égoïsme et la méchanceté. « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l’homme, dit Bossuet, il y mit premièrement la bonté, comme le propre caractère de la nature divine. »

division des passions.

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