‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 31 sur 96 · TABLEAU COMPARATIF · texte numérisé non relu

TABLEAU COMPARATIF

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Aux douze espèces de peines mentionnées dans le tableau précédent, ajoutons Y amende, la confiscation et le simple emprisonnement , dont nous avons déjà parlé; la torture , que Louis XVI a supprimée en France ; le fouet, la bastonnade , la mutilation ,1a potence , les fers , Y exil, toujours en vigueur chez quelques peuples de l’Europe; enfin, Y esclavage , la cangue , la roue, la claie 3 la castration, la marque sur le front , Y empalement , la suspension par les aisselles, le chevalet , le supplice du feu , celui de la faim, celui de la croix, Y enterrement , et la dissection du vivant , encore en usage chez quelques nations dites civilisées, et nous aurons réuni les principaux moyens employés par les législateurs pour arrêter les désordres sociaux que les passions entraînent à leur suite.

T rai temen l religieux.

Nous venons de voir la législation et la médecine s'efforcer de prévenir les passions ou d’en réparer les tristes effets : l’une, en sévissant contre les délits qui troublent l’ordre social; l’autre, en donnant des conseils hygiéniques pour maintenir les besoins de l’homme dans de justes limites, et en s’appliquant à guérir les maladies, suites inévitables de tous les vices. La religion fait plus encore : dans sa continuelle vigilance, elle embrasse toute l’humanité, cette grande famille qui a Dieu pour père, et la terre pour exil. À ses yeux, les hommes étant tous égaux, tous frères, elle leur témoigne la même

traitement DES TASSIONS.

tendresse, leur donne les mêmes lois, leur promet les mêmes biens. Mais, comme d immortelles récompenses ne sauraient être données au juste dans un monde qui passe et qui le déchire en passant, c’est dans sa véritable patrie, c’est dans le sein de Dieu qu’il goûtera un bonheur dont ses passions vaincues ne viendront plus troubler le-

ternelle extase.

Pour faire arriver ses enfants à ce céleste repos que de soins, que de secours ne va pas leur pro diguer cette mère spirituelle, dont 1 affection semble croître en raison de leur faiblesse 1 L homme, en effet, est à peine entré dans la vie qu’il devient l’objet de la sollicitude de la religion. Elle sait que tout fils de la femme naît impur, enclin au mai , et, dans son inquiète prévoyance, elle se hâte de lui administrer le baptême, bain salutaire qui purifie l’âme de toute souillure originelle. L’enfant a-t-il atteint l’àge où s’acquiert la notion du bien et du mal, elle lui fait un devoir de la confession, second baptême qui rend a 1 ame 1 innocence et la viguem quelle peut avoir perdues. Mais cette innocence, cette vigueur, comment les conserver pendant ce dangereux pèlerinage qu on appelle la vie i Au printemps de l’année, l’adolescent s’unira à son Créateur, et il trouvera dans cette union mystérieuse la force dont il a besoin pour se maintenir dans le chemin de la vertu. Un autre sacrement viendia encore raffermir ses pas, et, a l’aide de ce divin appui, il pourra résister aux séductions qui 1 environnent. Cependant les dangers se multiplient, la

route devient de plus en plus difficile, et le pauvre voyageur a déjà fait quelques chutes qui ont un peu ralenti son courage. Oui lui redonnera des forces, qui l’aidera à rentrer dans le rude et étroit sentier de la vertu? Un commandement salutaire lui prescrit de recourir à ce tribunal secret, d’où le repentir rapporte toujours et le pardon et un bouclier contre de nouvelles attaques. Quel frein plus puissant, en effet, quel remède plus efficace pour contenu la violence de nos passions que l’obligation de rendre compte de toutes nos fautes à un ministre de Dieu , tenu par devoir de diriger les âmes avec la sévérité d’un juge, unie à la tendresse d un père et au dévouement d’un fidèle ami ! Car, tel se montre pour nous ce médecin de lame à qui nous découvrons nos faiblesses, surtout si nous savons le choisir parmi ces hommes évangéliques qui allient les plus hautes lumières à la piété la plus douce et la plus éprouvée. Combien de tels hommes ne détournent-ils pas de malheureux des voies du crime (1) pour les rendre au bonheur en les rendant à la vertu ! Aussi, dit l’illustre auteur du Génie du christianisme , « tous les hommes, les philosophes même, quelles qu’aient été d’ailleurs leurs opinions, ont-ils regardé le sacrement de pénitence comme 1 une des plus fortes barrières contre le

(0 Si le secret de la confession permettait aux prêtres de faire connaître le nombre des forfaits dont ils empêchent journellement l’exécution , on verrait que ce nombre va infiniment au delà du chiffre effrayant que fournissent les statistiques de la criminalité.

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vice, et comme le chef-d’œuvre de la sagesse. Sans cette institution salutaire, le coupable tomberait dans le désespoir. Dans quel sein déchargerait-il le poids de son cœur? Serait-ce dans celui d un ami ? Eh! qui peut compter sur 1 anutie des hommes. Prendra-t-il les déserts pour confidents i Les déserts retentissent toujours, pour le crime, du bruit de ces trompettes que le parricide Néron croyait ouïr autour du tombeau de sa mère. Quand la nature et les hommes sont impitoyables, il est bien touchant de trouver un Dieu prêt à pardonner. 11 n’appartenait qu’à la religion chrétienne d’avoir fait deux sœurs de l’innocence et du repentir.» Après mille traverses et mille chutes, l’homme est enfin parvenu au terme de sa course; le moment est arrivé où il va rendre compte de ses actions à celui qui sonde tous les cœurs. Comment sera-t-il jamais assez pur pour se présenter devant le miroir do l’éternelle justice? La religion, qui bénit sa naissance, vient aussi à son lit de mort adoucir les souffrances qu’il endure, et le fortifier pour le dernier combat. Les excès des passions ont-ils souillé son âme, elle n’exige de lui qu’un sincère repentir. Regrette-t-il les affections permises et les douceurs passagères qu’il laisse dans la vie , elle lui en demande le sacrifice, en expiation de ses fautes, et lui montre , en échange , d’ineffables , d éternelles douceurs. Mère souvent offensée, mais toujours compatissante, elle dit au criminel : Espère; au juste : Voilà le ciel!

Outre les sacrements qui purifient l’âme , en

même temps qu’ils diminuent les souffrances du corps (1), la religion conseille l’usage journalier de la prière , comme un puissant rempart contre les attaques continuelles des passions. Je ne sache pas , en effet, de moyen plus propre à dissiper ces dangereux ennemis de notre repos , que cette fréquente communication de l’homme avec son Créateur :

«Quand vous avez prié, dit un de nos grands

(1) C’est une chose étrange que si peu de médecins emploient la religion comme auxiliaire dans le traitement des maladies ! Et cependant, quand on connaît l’immense influence du moral sur le physique , il est facile d’entrevoir de quelle ressource doit être cette vraie médecine de l’âme, principalement dans beaucoup d’affections nerveuses qui résistent aux moyens thérapeutiques ordinaires.

Tissot soignait, à Lausane, une jeune dame étrangère dont il n’avait aucun espoir de conserver les jours. Instruite , par imprudence, du danger de sa position , et vivement tourmentée du regret de quitter sitôt la vie , la malade se livra à toute l’agitation du plus violent désespoir. Le célèbre médecin jugea que cette nouvelle secousse allait encore abréger les derniers instants de cette femme; et, selon l’usage, il avertit sa famille qu’il fallait se hâter de lui faire administrer les secours de la religion. Un prêtre est appelé; la mourante décharge le poids de sa conscience dans le sein de ce médecin spirituel ; elle reçoit avec attendrissement les paroles de clémence et de consolation qui sortent de sa bouche. Devenue plus calme , elle ne s’occupe plus que de Dieu et de ses intérêts éternels, et reçoit les sacrements avec la plus grande édification. Le lendemain matin, la fièvre était baissée, et les symptômes les plus alarmants entièrement dissipés firent bientôt place à ceux d’une parfaite guérison. Tissot, qui était protestant, aimait à répéter ce fait, dont les exemples ne sont pas rares, et s’écriait avec admiration : Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques !

écrivains , ne sentez-vous pas votre cœur plus le ger, et votre âme plus contente ?

«La prière rend l’affliction moins douloureuse et la joie plus pure ; elle mêle à 1 une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l’autre un parfum céleste.

« Que faites-vous sur la terre, et n’avez-vous rien à demander à celui qui vous y a mis ?

« Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnaître sa route.

«Votre patrie, c’est le ciel; et, quand vous ie~ gardez le ciel, est-ce qu en vous il ne se remue rien ? Est-ce que nul désir ne vous presse , ou ce désir est-il muet?

« 11 passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes, et alors on voit leuis tiges flétries pencher vers la terre ; mais, humectées par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur et relèvent leur tête languissante.

« 11 y a toujours des vents brûlants , qui passent sur l’âme de l’homme et la dessèchent, la prieic

est la rosée qui la rafraîchit. »

Aux sacrements et à la prière, la religion joint encore le jeûne et l’abstinence, moyens hygiéniques propres à amortir la violence de nos passions , et , dans sa profonde sagesse , elle les prescrit plus longs et plus sévères, précisément à 1 époque de l’année où toute la nature est sur le point d entrer en fermentation. La rigueur de la saison, la misere,

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une constitution affaiblie par l’âge , la maladie ou le travail , s’opposent-ils à ce que l’on suive rigoureusement le précepte, elle en dispense facilement; mais elle veut que chacun y supplée par une aumône proportionnée à sa fortune. C’est ainsi qu’en combattant deux vices, malheureusement si communs, l’intempérance et l’avarice, elle affaiblit r impétuosité de la colère et les transports de l’amour, en même temps qu’elle verse le superflu du riche entre les mains du pauvre. Merveilleuse institution, qui fait expirer sur les lèvres de l’indigent le blasphème contre la Providence, et change en bénédictions les fureurs que lui eut inspirées l’envie ! Les institutions humaines ontelles jamais fait preuve d’autant de sollicitude , de prudence et d’amour!

Je me garderai toutefois de donner une préférence exclusive à l’un des trois modes de traitement que nous venons d’examiner : j’ai souvent reconnu leur impuissance respective, tandis que j’ai fréquemment observé l’effet salutaire de leur concours. Pourquoi donc ne pas employer simultanément contre les passions des remèdes qui présentent entre eux les plus grands rapports ? La médecine , la législation et la religion s’occupent en effet de l’homme depuis son berceau jusqu’à sa tombe , et toutes trois n’ont en vue que son bonheur: seulement, l’une veut plutôt en faire un individu robuste, l’autre un citoyen paisible, la dernière un homme éminemment vertueux. Tou-

TRAITEMENT DES TASSIONS.

tes trois font encore observer leur code par les mêmes motifs, l’intérêt et la crainte (1) : pour ceux qui le respectent, la santé, l’estime publique, la paix d’une bonne conscience , avant-gout des joies célestes ; pour ceux qui le violent, la maladie, les punitions des hommes, les châtiments de Dieu. Toutes trois, enfin, ont chacune leur ministre: le médecin qui soulage, le magistrat qui punit, le prêtre qui pardonne.

(1) Le christianisme toutefois ne se contente pas de nous voir observer ses préceptes par la crainte seule des peines de l’autre vie; il exige que le mobile de toutes nos actions soit l’amour de Dieu, et du prochain en Dieu. Cet amour, il en fait presque une passion, si l’on peut donner ce nom à un sentiment qui ennoblit le cœur, éclaire l’intelligence , et rend l’homme véritablement libre en régularisant tous ses besoins.

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