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que sa proie sanglante; l’homme seul détruit tout, engloutit tout : il est omnivore par excellence.
Ce penchant à la destruction , excité le plus souvent par le besoin de nourriture, cesse en général de se faire sentir chez l’animal rassasié. Le tigre offre ici une exception heureusement fort rare : ce carnassier, même repu, tue encore; la vue du sang lui plaît; comme les Caligula et les Néron , ce monstre semble né pour le meurtre.
Chose remarquable ! les grands carnassiers, chaînons nécessaires dans la série zoologique, se trouvent en très-petit nombre en comparaison des animaux utiles et domestiques : outre qu’ils se détruisent mutuellement, leurs petits servent de pâture à des êtres plus faibles mais doués de plus de i use et d agilité , en sorte que cet état de guerre permanente et universelle, loin d’être opposé au pîan de la création, sert précisément à maintenir le nombre des espèces dans un parfait équilibre , et fournit une nouvelle preuve de la sagesse de son divin auteur.
Ruse et circonspection . — - La ruse, que Spurzheim a cru devoir appeler secrétivité , est, suivant ce phrénologiste, « le penchant à être clandestin en pensées, en projets, en actions.» Ce savant la considère comme une puissance de cohibition qui retient la manifestation des instincts. Toutefois, elle suggère aux animaux les moyens obliques de vaincre les difficultés plutôt qu elle ne leur fait faire un raisonnement complet pour les vaincre.
Sous ce rapport, elle diffère de la circonspection, faculté intellectuelle presque uniquement départie à l’homme, et dont le développement normal engendre chez lui la prudence.
C’est surtout pour se procurer des aliments et pour échapper à leurs ennemis qu on voit les animaux mettre en usage des ruses innombrables. L on connaît généralement celle des lièvres * des chevreuils, deschats, des plongeurs, etc. La malice du singe et la finesse du renard sont devenues proverbiales; les artifices multipliés dont les insectes font un emploi journalier ne sont pas moins dignes de nos méditations. Certaines espèces de papillons se tiennent habituellement sur des arbres ou sur des murs qui ont un fond de couleur analogue à la leur, et se dérobent ainsi à la vue perçante de leurs ennemis. Beaucoup de chenilles , dès qu elles se voient découvertes par un oiseau , se laissent rapidement tomber en fixant préalablement à une branche d’arbre une gouttelette d’un liquide visqueux dont elles sont pourvues; puis, rapprochant avec leurs pattes les fils déliés qui se sont formés en traversant plusieurs ouvertures, elles en forment un petit câble assez fort pour se soutenir suspendues jusqu’à ce que le danger soit passé.
Mais voici un insecte qui ne peut marcher qu'a reculons: comment atteindra-t-il sa proie? S’il ne peut pas la poursuivre, il sait l’attendre et la faire tomber dans un piège. Au milieu d’un sable trèsmobile , ou dans une terre très-pulvérisée , le fourmi-lion creuse avec autant d’art que d’efforts
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une fosse conique, au fond de laquelle il se tient à l’affût. Quelque fourmi vient-elle à passer le long de ce petit précipice dont les bords s’écroulent facilement, elle tombe au fond , et est à l’instant dévorée. Si c’est une mouche, l’habile mineur fait pleuvoir sur elle une grêle de sable, qui la précipite dans le profond entonnoir, où elle trouve aussi la mort. Le fourmi-lion répare ensuite sa fosse , si elle est trop endommagée, et se remet patiemment en embuscade.
Quant à la circonspection, les chasseurs et les naturalistes ont depuis longtemps constaté que certains oiseaux qui vont par bandes, tels que les grues, les corbeaux et les canards sauvages , établissent des sentinelles, qui ne manquent pas de pousser un cri d’alarme à la vue du moindre danger. Ces actes , que l’on observe aussi chez le coq et l’oie domestique", ont paru à quelques physiologistes appartenir plutôt à la circonspection qu’à la ruse, c’est-à-dire dériver bien plus des facultés intellectuelles que de l’instinct proprement dit.
Fort heureusement, chez les humains, la ruse et la circonspection ne se trouvent pas habituellement réunies dans les mêmes individus : on rencontre plutôt la preinière dans les poltrons et les voleurs, la seconde dans les traîtres et les diplomates. J’ai connu un personnage qui les possédait toutes deux ; je connais encore un excellent père de famille qui réunit à un égal degré la secrétivitè du renard, la prudence du serpent, et la cônstractwité du castor.
SUR LES PASSIONS DES ANIMAUX» Aid
Attachement et reconnaissance. — Un grand nombre d animaux se réunissent pour sentraiderou pour se défendre. Dans cette espèce de rapprochement social , il en est qui s’entendent mieux, qui se conviennent mieux, et de là ces véritables attachements que 1 on observe entre des individus de
même sexe.
L’état de domesticité ou de captivité favorise souvent ces liaisons affectueuses. Deux chiens que l’on mène habituellement ensemble à lâchasse ne tardent pas à s’accorder pour la poursuite du gibier, et finissent par contracter de l’attachement l’un pour l’autre. Deux chevaux, deux bœufs, ordinairement attelés à la même voiture ou à la meme charrue, ont aussi donne des preuves dune profonde tristesse lorsqu’ils venaient à être séparés. J’ai vu une vive affection régner entre un cheval et un chien , et, qui plus est, entre chien et chai. Chez ces derniers, la vivacité du sentiment est même portée jusqu’à la passion : toutes les fois que l’un des deux est malade , l’autre refuse toute espèce de nourriture, et reste tristement couché auprès de son compagnon. M. Machado possèd dans sa belle volière plusieurs inséparables ( psilta eus pullarius ), dont les mâles ne se quittent jamais, tandis qu’ils paraissent tout à fait insensibles aux charmes de la femelle. Deux mâles de ces charmants oiseaux , que je suis souvent à même d observer, m’ont présenté le tableau de l’affection la plus touchante. Entre ces vrais amis , tout est commun, tout est un. Jamais ils ne se quittent : ils
coup d’oeil philosophique s'exercent ensemble, se reposent ensemble, se font mutuellement la toilette, se prodiguent à chaque instant les plus innocentes caresses, se donnent alternativement la becquée, et, pour que le sommeil ne puisse pas dérober un seul moment à la vivacité de leur tendresse, ils se perchent toujours pressés l’un contre l’autre, s’enveloppant , s’enlaçant si bien de leurs ailes, qu’ils dorment encore ensemble sous ce gracieux berceau construit par l’amitié.
Le singe, le chat, le cheval, l’âne, le bœuf, le perroquet, l’hyène même et le tigre s’attachent aussi à l’homme en raison des bons traitements qu’ils en reçoivent. Mais aucun d’eux ne saurait être mis en comparaison avec le chien. Cet animal a en effet pour son maître une chaleur de sentiment qui tient tout à la fois de l’amitié, du respect et de la crainte. L’histoire est là pour nous offrir une foule de traits qui attestent chez lui le plus grand dévouement comme la plus vive reconnaissance. Aussi est-il regardé, et avec juste raison , comme l’emblème de la constance en affection (1).
(1) Voici un trait de reconnaissance que l’on peut ajouter à tous ceux qu’on lit dans les Chiens célèbres de Fréville :
Au mois de mars 1838, M. le docteur Herbst, d’Arlesheim , dans le canton de Bâle, revenant de nuit de visiter un malade, rencontra sur la route un chien à demi mort de froid , et qui poussait des cris plaintifs. Touché de pitié pour ce pauvre animal, il l’emmena avec lui, le réchauffa dans sa chambre à coucher, et lui lit donner un peu de nourriture , après quoi il se mit au lit. Une heure ne s’était pas écoulée que M. Herbst, se sen-
Par réciprocité, l’on voit un grand nombre de personnes s’attacher passionnément à des animaux domestiques, et les traiter en quelque sorte comme des enfants chéris. Cette faiblesse se rencontre particulièrement chez les filles âgées et chez les vieux célibataires, qui cherchent à se consoler de leur isolement par un attachement mutuel, que, malheureusement, on ne trouve pas toujours dans une famille. D’ailleurs, l’affection que l’on porte aux animaux est souvent liée au souvenir de personnes que l’on regrette, ou à quelque grand service qu’ils ont pu rendre. Nous ne devons donc pas nous hâter de la blâmer, lors même quelle
paraît un peu trop vive.
En 1837, une vieille dame russe, qui avait pris passage sur le bateau à vapeur le Czarewich , avait avec elle un petit chien fort laid, mais parfaitement dressé, auquel elle prodiguait les attentions les plus constantes , et dont elle faisait, pour ainsi dire , sa société intime. 11 n’en fallut pas davantage pouu exposer le pauvre animal aux mauvais tours des espiègles du bord. Le mousse du capitaine, de
tant incommodé, se lève avec précipitation. Mais à peine a-t-il fait quelques pas dans l’appartement, qu’il tombe frappe dune violente apoplexie. Aussitôt le chien s’empresse de s’étendre sur le corps de son bienfaiteur, et cherche a le réchauffer en le léchant tout le reste de la nuit. Le lendemain matin , lorsque le domestique entra dans la chambre , il trouva l’intelligent et reconnaissant animal toujours étendu sur le corps de M. Herbst , qui, ainsi préservé du froid, fut heureusement rappelé à la vie par ce même chien qu’il avait sauvé la veille.