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complicité avec deux jeunes passagers , parvint à le soustraire à la vigilance de sa maîtresse, et. soit volontairement, soit par maladresse, les conjurés l’eurent bientôt fait tomber à l’eau. A cette vue, sans réfléchir, et comme une mère qui aperçoit son entant en danger, la dame russe se précipite au milieu des flots pour sauver son chien. Soutenue un instant par ses vêtements, elle parvint à saisir 1 intelligent animal, qui nageait vers elle. Mais bientôt, emportée au fond de l’abîme, elle allait périr, lorsqu un matelot hambourgeois, nommé Holpvett (Zacharie), se jeta à la mer, et parvint à la sauver. La scène qui suivit cette péripétie rapide fut à la lois touchante et risible : tantôt la dame remerciait Dieu et son libérateur, tantôt elle embrassait son chien , qu’elle n’avait pas lâché. Revenue de sa première émotion, elle ht au courageux matelot un présent magnifique , et lui assura une pension qui le mettra à l’abri du besoin pour le reste de ses jours. « Je vous récompense, lui dit-elle, non pas tant pour m’avoir secourue que pour avoir sauvé mon chien , seul objet cfui me rappelle en ce monde un époux fidèle et tendrement aimé. »
Dans les nombreuses visites que j’ai faites pendant vingt ans aux indigents du douzième arrondissement, j’ai maintes fois remarqué que les plus malheureux partageaient encore leur pain et leur foyer avec un chien, dont les caresses affectueuses les payaient laigement de retour, et bien des personnes ont pu voir, comme moi, ce véritable ami
du pauvre et de l’aveugle passer des journées entières sur la tombe délaissée de son maître. 11 y a quelques années, un ancien négociant, qui avait essuyé de grands revers de fortune, ma avoué, dans la mansarde où il vivait seul avec son chien, que, sans la société et les caresses de ce fidèle animal, le désespoir l’eût probablement porté à abréger ses jours.
Depuis, j’ai fait la remarque curieuse que le plus grand nombre des célibataires dont j ai constaté le suicide n’avaient avec eux aucun animal domestique qui eût pu les distraire ou les consoler. D’un autre côté , dans les morts subites survenues naturellement chez des personnes qui vivaient seules, j’ai observé fréquemment des chiens, et même des chats , couchés tristement sur le cadavre de leur maître, ou de leur maîtresse , dont ils ne laissaient pas approcher sans opposer quelque résistance. Enfin, il y a cinq ou six ans, j’ai vu, dans la rue Mouffetard , un crapaud apprivoisé , qui ne voulait pas quitter le grabat sur lequel gisait le corps d’un malheureux vieillard, dont il était depuis longtemps Tunique société.
Amour-propre ou estime de soi, amour des louanges ou de l approbation . — On se tromperait grossièrement si l’on croyait que l’amour-propre n’est 1 apanage que de l’espèce humaine. Ce sentiment , source de l’indépendance, de l’orgueil et de la vanité, se montre très-fréquemment chez certains animaux, notamment chez le lion, l’éléphant, le
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cheval, le mulet, le chien, le coq, le paon et le dindon.
Voyez, en effet, le cheval qui se sent tout à coup en liberté, comme il prend une attitude superbe ! comme il est fier de sa courte indépendance ! Examinez encore le même animal, monté alternativement par un rustre et par un homme distingué : dans le premier cas , il baisse humblement la tête; dans le second, il la relève avec une certaine fierté; on dirait qu’il copie ce peuple de valets qui s’estiment et se redressent d’autant plus qu’ils portent une plus riche livrée, ou qu’ils servent un maître plus puissant.
Dans certains pays de montagnes, le muletier augmente l’ardeur de ses animaux en leur ombrageant la tête d’un panache, et le leur retire pour les humilier, quand ils se montrent indociles ou paresseux.
Chez les quadrupèdes, comme chez les oiseaux qui vont par bandes, celui qui est en avant porte constamment la tête plus haut que ceux qui! conduit.
Le coq et le troglodyte vaincus dans un combat se rapetissent, et se retirent pleins de confusion; tandis que les vainqueurs se redressent fièrement , malgré leur fatigue, et font retentir l’air de leurs chants de triomphe.
Qui n’a souvent admiré la démarche du paon, ce roi des basses-cours , lorsque , enorgueilli de sa beauté, il s’avance majestueusement environné de
sa gloire ? Qui n’a aussi souri de pitié en voyant le dindon se rengorger plein de lui-même, jusqu à faire croire qu’il va crever, et le tout pour etaler les quelques méchantes plumes qui composent sa queue terne et écourtée?
Plusieurs faits attestent que Péléphant n’est pas insensible aux louanges , et qu’au contraire, si 1 on fait mine de l’injurier, sa vanité blessée en conserve rancune , et sait tôt ou tard en tirer vengeance.
On assure que le lion méprise un faible ennemi : ce qu’il y a de certain, c’est que, dans l’état de captivité, on enferme impunément un jeune chien dans sa loge , et qu’il n’y souffrirait pas longtemps un léopard ou tout autre animal qu’il croirait digne de sa colère.
Enfin , il arrive fréquemment qu’un gros chien , attaqué par un roquet, loin de lui faire le moindre mal, ne daigne seulement pas le regarder. J’ai vu beaucoup mieux que cela, et je crois devoir rapporter ici une scène plaisante dont j’ai été témoin il y a quelques années. J’avais alors un assez vilain chien, très-hargneux, très-désobéissant, très-mal éduqué enfin, qui portait nom Médor. Ce petit animal, soit méchanceté, soit jalousie, ne voyait pas plutôt entrer un chien dans la longue allée de ma cour, qu’il s’élançait sur lui avec la rapidité de l’éclair, et le forçait à évacuer promptement la maison. Un jour, un énorme mâtin, qui s’était introduit dans la cour, la traversait paisiblement , lorsque Médor l’aperçoit au travers des carreaux contre lesquels il faisait ordinairement
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le guet. A cette vue, il fit tellement retentir l’appartement de ses cris, qu’il fallut de toute nécessité lui ouvrir la porte. En un clin d’œil les deux étages de l’escalier sont descendus, et, l’oreille dressée, l’œil en feu, le poil hérissé, Médor se précipite sur le monstrueux animal, qui reste impassible à la même place. L’élan du roquet avait été si rapide qu’il passa involontairement entre les jambes du dogue, et qu’il alla rouler quelques pas plus loin sur le pavé. Exaspéré par sa chute, il revient encore plus furieux sur le bon et paisible animal qui , d’un coup de patte , le jette sur le dos à une distance de plusieurs pieds. Si le nouveau venu a le sentiment de sa force , Médor a celui de sa propriété, et il ne veut pas qu’un étranger s’introduise chez lui. 11 revient donc encore à la charge; mais, certain d’avoir trouvé plus fort que lui , il se borne à tourner autour de cet hôte importun, qu’il espère à la fin effrayer par ses aboiements. Celui-ci n’en a cure; et, profitant d’un moment où le roquet s’approche davantage, il lève tranquillement la cuisse, et lui lance un jet d’urine à travers les yeux. A cet affront inattendu, la fureur de Médor tombe à 1 instant même : il baisse piteusement l’oreille, serre la queue entre les jambes, et revient sans bruit se glisser dans sa niche, qu’il ne voulut même pas quitter à l’heure du dîner. Mon chien était pourtant un gourmand de premier ordre; mais, pour le moment, son amour-propre blessé le suffoquait au point de lui ôter entièrement l’appétit. Deux heures après, le
pauvre animal était encore inconsolable de sa mésaventure , lorsqu’un second chien , beaucoup moins fort que le premier, s’étant aussi introduit dans la cour, je m’avisai de crier : Médor, un chien! et en meme temps j’ouvris la porte. Médor, en animal prudent, regarde d’abord par la fenêtre quel est l’ennemi qui se présente; puis, avec sa vitesse ordinaire, il se précipite sur ce nouveau chien , qui se hâte de prendre la fuite, il fallait voir alors l’orgueilleuse satisfaction de mon Médor ! Il traversa la cour en caracolant avec grâce, et remonta bientôt me trouver avec un air de triomphe qui devint encore plus sensible par les éloges que je lui prodiguai. Cette fois l’heureux vainqueur consentit à dîner, et s’en acquitta à merveille.
g 2. — Instinct de reproduction; besoins et passions qui en dépendent : amour physique , affection, jalousie , amour des petits, amour des lieux, besoin et faculté de construire.
Voulant réparer les ravages de la mort par une perpétuelle transmission de la vie, Dieu, dans sa suprême sagesse, a fortement développé l’instinct de reproduction chez tous les animaux. C’est, en effet, sur la satisfaction de cet instinct que repose la conservation des espèces et l’harmonie de notre globe.
Chez l'homme civilisé, le besoin générateur est continuellement surexcité par une nourriture trop abondante et aphrodisiaque, tandis que chez l’ani-
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mal, il n’est vivement senti qu’à certaines époques de l’année. C’est aussi à la passion de l’amour que nous devons attribuer le plus grand nombre des déceptions et des malheurs qui viennent si souvent flétrir notre existence; au lieu que l’animal, quand il n’est pas l’esclave de l’homme , est rarement contrarié dans la satisfaction du plus doux penchant que lui inspire la nature, et dont il ne se complaît pas à fausser le but.
La cause physique qui développe le besoin de procréation est une exubérance, une exaltation énergique des organes sexuels, laquelle tient le désir en éveil tant qu’elle n’est pas employée à sa destination spéciale. En faisant cesser par l’accouplement la congestion périodique établie dans ces organes, l’animal contribue au bien-être de son individualité, en même temps qu’il concourt aveuglément à la conservation de sa race. Toutefois, l’amour de la progéniture agit déjà en lui d’une manière vague, puisque les femelles de beaucoup d’oiseaux, par exemple, ne consentent à l’accouplement que lorsqu’elles ont construit un nid pour abriter leurs œufs et loger la petite famille qui en doit éclore.
Dès que les femelles sont fécondées, l’exaltation vitale se retire de la périphérie vers le centre des organes génitaux; leurs chants ou leurs cris d’amour cessent tout à coup, et le besoin de copulation ne se fait plus sentir chez elles, La truie seule, à l’état de domesticité, fait exception à cette règle générale : au milieu même de la gestation, elle
recherche encore le verrai, et le provoque par ses grognements et ses coups de boutoir. Les mâles, de leur côté, éprouvent également peu de désirs pour les femelles fécondées; le coq lui-même laisse toujours en paix les poules qui doivent bientôt pondre. Du reste, chez les juments, les vaches et les chamelles qui sont pleines, s’approche du mâle est tellement contraire au vœu de la nature qu’une première ou une seconde récidive suffit pour déterminer l’avortement.
Quoique Farnour chez les animaux ne paraisse être qu’un besoin physique auquel ils s’abandonnent sans en connaître l’origine ni le but, on ne saurait nier qu’il ne commence à s’idéaliser chez quelques-uns d’entre eux, et cela d’une manière en général d’autant plus sensible qu’on remonte da vantage l’échelle zoologique. Bien plus, il n’est pas rare de le rencontrer uni à un tendre attachement, qui peut subsister longtemps indépendant de l’acte générateur : c'est ainsi qu’on voit le coc[ prodiguer à de vieilles poules les soins qu’une mère donne à ses poussins, et les continuer à ces derniers, lors même qu’il est devenu chapon.
Une union affectueuse , une sorte de mariage (I ),
(1) Dans la monogamie, dont nous parlons ici, les animaux montrent une inclination constante l’un pour l’autre, et la femelle est protégée par le mâle : c’est parmi eux le mode d’union qui a le plus de rapport avec le mariage. — La polygamie, qui est non moins fréquente, peut être polygynique ou polyandrique . Un seul mâle pour plusieurs femelles constitue la polygynie, qui ne se rencontre guère que parmi les animaux qui vivent en troupe: ainsi, protecteur jaloux , le ckçrf connaît ses femelles, et
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qui souvent dure pendant toute la vie , a lieu chez les renards, les chevreuils, les aigles, les pies, les tourterelles, les pigeons, les moineaux, les hirondelles et quelques espèces de perroquets. Le mâle et la femelle de la palamedea cornuta ne se séparent jamais ; après la mort de l’un, l’autre erre tristement dans le voisinage, et ne tarde pas à succomber. Bonnet élevait depuis plusieurs années une paire de ces charmants oiseaux connus en France sous le nom d'inséparables , et que les Anglais appellent oiseaux d amour [Jove’s birds ). La femelle, affaiblie par l’âge, ne pouvant plus gagner son auge, le mâle lui apportait la becquée avec l’empressement le plus touchant. Lorsqu’elle fut dans l’impossibilité de se tenir perchée, il faisait des efforts inimaginables pour la soutenir, et quand
veiîle à ce qu’aucune ne s’écarte du troupeau; mais il ne con-
voite pas celles d’un autre. Chez les hommes, la polygamie n’éxiste guère que parmi les peuples barbares ou abrutis par le despotisme. — La polyandrie , ou combinaison dans laquelle une femelle a un grand nombre de mâles, ne se rencontre que chez les fourmis et les abeilles. Parmi ces dernières, la reine seule s’accouple avec les cinq cents mâles que l’on compte ordinairement dans une ruche, tandis que les cinq mille abeilles femelles, étrangères aux plaisirs de l’amour, prodiguent les soins de la maternité à la nombreuse progéniture de la favorite. — Enfin , la pantogamie, où le choix des individus n’entre pour rien, est la forme la plus matérielle et la plus basse de tous les rapprochements sexuels. On l’observe chez les poissons, les grenouilles, les chiens et les loups. L’homme qui s’abandonne à la débauche rétrograde donc vers la nature animale , et ce n’était pas sans raison que les Romains surnommaient lapa (louve) la femme qui faisait métier de sa personne. Voyez le savant Traité de physiologie. de Rurdach.
elle fut morte, il se mit à courir avec une extrême agitation, essaya à plusieurs reprises de lui donner à manger; puis, la voyant immobile, i! s'arrêta pour la contempler, et se mît à pousser des cris plaintifs. Peu de temps après il succomba.
Considéré dans chacun des sexes, l’amour offre des différences qui n’ont pas échappé à l’observation de nos physiologistes : les mâles, par exemple, ont presque toujours des désirs plus précoces, pins violents, et à la fois plus durables; ils sont disposés à l’amour toutes les fois que les femelles en éprouvent le besoin, au lieu que celles-ci n’ont pas la même faculté. Certains animaux, les lièvres entre autres, tuent quelquefois leurs petits, afin de pouvoir plus tôt se rapprocher des femelles; ces dernières , dans quelques autres classes , sont même obligées de veiller à ce que leur progéniture ne devienne pas victime de la voracité des pères. Aussi est-il à remarquer que, pendant les soins de la maternité, les femelles sont infiniment plus farouches et plus hardies que de coutume, tandis que les mâles sont plus furieux et plus redoutables à l’époque du rut. Cela explique parfaitement la tendance différente des deux sexes : en amour, la femelle veut le but, la procréation; le mâle, le moyen, l’accouplement : Tune cherche davantage à conserver l’espèce; l’autre, à satisfaire ses désirs voluptueux. 11 s ensuit que c’est presque toujours le mâle qui provoque à l’acte de la génération , et que c’est la femelle qui s’occupe plus