‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 41 sur 96 · COUP D’OEIL PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

COUP D’OEIL PHILOSOPHIQUE

particulièrement et avec le plus d’affection du produit de cette importante fonction (1).

Jalousie . — La nature prévoyante a voulu que les animaux adultes entrassent ordinairement en chaleur avant les animaux plus jeunes, afin que ces derniers trouvassent moins de rivaux parmi ceux qui les surpassent en force. La jalousie, néanmoins, s’observe journellement chez ces étonnantes créatures, qui ont aussi leurs préférences et leurs caprices. Cette passion revêt alors un caractère différent de celui qu’on remarque chez l’homme. Chez celui-ci, c’est une crainte haineuse d’être dépouillé de l’objet de son affection aussi voit-on souvent le jaloux dissimuler sa fureur pour mieux assouvir sa vengeance; la jalousie de l’animal est plus franche, plus soudaine, plus violente : elle le fait fondre sur son rival avec I impétuosité de la foudre. « Chez l’homme , dit Buffon , cette passion suppose toujours quelque défiance de lui-même, quelque connaissance sourde de sa propre faiblesse; les animaux, au contraire, paraissent d’autant plus jaloux qu’ils ont plus de force, d’ardeur et d’aptitude aux jouissances qu ils attendent : notre jalousie dépend de nos idées, et la leur, du sentiment. » Quoi qu’il en soit , au temps

(1) On sait que le pipa (espèce de crapaud ) recueille précieusement les œufs qu’a pondus la femelle, les place sur le dos de celle-ci, et les féconde seulement alors. On connaît aussi les soins que prend le crapaud accoucheur des œufs qu’il a retirés luimèœe du cloaque de sa femelle.

des amours, on voit beaucoup d’oiseaux et de mammifères se livrer les combats les plus acharnés pour la possession des femelles, et souvent les plus faibles y perdent la vie en même temps que la victoire.

La jalousie que les animaux ressentent avec tant de violence pour leurs semblables , ils l’éprouvent aussi contre l’homme qui peut se dégrader jusqu’à vouloir se faire animal.

Du reste, ce sentiment, chez les animaux, n’est pas toujours excité par le besoin sexuel , il reconnaît aussi pour cause le besoin de nutrition et celui d’affection : le chien , le chat , le singe, le perroquet, les pigeons, en fournissent à chaque instant la preuve , quand un importun vient partager leur repas ou les caresses de leur maître. Enfin, chez quelques animaux qui ont une sorte de domaine, dont ils ne souffrent pas que d’autres approchent , la jalousie peut encore provenir du sentiment qu’ils paraissent avoir de la propriété : le phoque , le cerf et le sanglier sont dans ce cas.

Les accès de jalousie sont surtout tellement prononcés chez les chevaux, qu’on a vu les accidents les plus graves survenir parce qu’on n’avait pas assez ménagé, chez eux, la susceptibilité de cette passion.

Une jument était habituée depuis cinq années a habiter seule une jolie écurie, où elle était visitée, caressée et gâtée par toutes les personnes de la maison, notamment par son maître, mon ami, le docteur Pinel-Grandchamp. Dans les premiers

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