‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 54 sur 96 · La paresse et l’échafaud · texte numérisé non relu

La paresse et l’échafaud

Parmijes exemples des tristes résultats que peut entraîner la paresse, iî en est un qui mérite plus particulièrement de fixer l’attention, je veux parler de celui que nous a légué le trop fameux Lacenaire.

Cet homme, qu’on s’est plu à représenter comme un inflexible logicien qui, se croyant malheureux par la faute de ses semblables, se fit voleur et assassin par système et non par dégradation; cet homme qui se posa sur le banc des accusés comme sur un piédestal, et qui eut le talent d’exciter les plus étranges sympathies par son charlatanisme „ fut bien moins conduit au crime par les raisons qu’il allégua que par son excessive paresse. Chez lui, en effet, ce vice fut poussé si loin, qu’il étouffa les plus heureuses dispositions, et qu’il devint la source d’où découlèrent tous ses forfaits. On a dit à tort qu’il se montra dès sa jeunesse vif, ardent, hautain et frondeur. Un homme digne de foi , et plus que personne à portée de le connaître, puisqu’il fut son professeur, m’a assuré, au contraire, qu’il avait un naturel assez doux, et que la paresse était le seul trait saillant de son caractère. « Il la poussait , m’a t il dit, jusqu’à ne pas vouloir se lever la nuit pour satisfaire ses besoins naturels; il dormait complaisamment au milieu de ses ordures , et ce n’était qu’à grand’ peine , et après plu-

DE LA PARESSE

sieurs avertissements, qu’il se décidait , longtemps après la cloche du réveil, à sortir de son lit ou plutôt de son fumier. Les punitions qu’on lui infligeait, le mépris que lui témoignaient ses camarades, rien ne parvint à le corriger. Toute espèce de soins ou de travail était pour lui un supplice; et c’est uniquement à cette funeste disposition qu’il faut imputer les crimes dont II a eu l’effronterie de se targuer devant ses juges. »

Venu a Parts sans moyens d’existence, et trop paresseux pour en chercher dans un travail honnête, Pacenatre se mêla parmi cette tourbe d’êtres sans aveu qui inondent h s lieux publics, et qui l’associèrent à leur coupable industrie. Novice encore, il pava de la prison ses premiers essais; et dans ce lieu, qui n’est trop souvent qu’une école de perversité, il trouva des maîtres habiles qui achevèrent de l’initier au crime. Il avait débuté par le métier de voleur, il finit par celui d’assassin ; puis, quand sa tête, qu si disait avoir livrée comme un enjeu, dut payer tous ses forfaits, le masque dont il s était orgueilleusement paré tomba tout à coup, et ne laissa voir qu’un lâche qui ne sut pas mourir.

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