IV . Paresse périodique chez une femme habituellement active
et laborieuse.
La paresse dépend quelquefois d’un état morbide jusqu’ici peu étudié, et qui m’a paru tenir à une affection superficielle du centre nerveux cérébro-spinal.
J’ai vu en ce genre un exemple peu commun d indolence et de fainéantise. Une femme, bien constituée , était en service chez des personnes qui l’aimaient beaucoup, parce qu’elle leur avait donné diverses marques de dévouement, et qu’elle était aussi intelligente que laborieuse. Pendant sept ans, son zèle et son activité ne s’étaient pas démentis un seul instant, lorsque tout à coup, sans nulle raison apparente, elle devint paresseuse à tel
(1 ) « Misérable que vous êtes ! lui dit en ma présence M. le commissaire de police Gourlet, vous n'avez donc pas essayé de lui retirer ses pistolets ? — Je n’y ai seulement pas pensé. — Où étiezvous pendant qu’il se disposait à se tuer? — A côté de lui; je faisais tranquillement ma soupe; lui, il a dit : Une, deux, trois, et le coup a partir alors, moi j’ai levé le nez, et j’ai dit : Est-il serin! — Ajoutez, reprit le magistrat justement indigné, que vous ne vous etes pas seulement dérangée pour voir si ce malheureux respirait encore, et que vous avez eu la barbarie de manger votre soupe au moment même où le sang coulait à flots dans la chambre. — Ce n’est pas vrai, ça, que j’ai tout de suite mangé na soupe : le beurre n’y était pas encore ! »
Quelle dégradation dans l’espèce humaine !
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point que son service fut entièrement négligé, et qu’elle se laissa aller à la plus insigne malpropreté. Interrogée par ses maîtres sur la cause d’un changement si étrange, elle répondit en versant des pleurs : «Je ne puis faire autrement; il y a en moi quelque chose qui m’empêche de travailler. — Vous êtes donc malade? — Mon Dieu non ; il me semble, au contraire, que je ne me suis jamais mieux portée; et, loin que l’ouvrage m’ennuie, je donnerais tout au monde pour le faire ; mais quand je vais pour m’y mettre, on dirait que mes bras s’y refusent. — Vous souffrez alors ? — Pas du tout ; je n’ai mal nulle part. — Auriez- vous quelque peine ■ secrète qui vous jetterait dans cet abattement ? — Non; je n’ai réellement d’autre chagrin que celui de ne pouvoir faire mon service; et puisque je ne suis plus bonne à rien , je veux m’en aller : mon t mari me nourrira. »
Ayant, en effet, quitté sa place, elle alla dans le voisinage habiter un logement où elle passait toutes ses journées dans son lit, ou dans la plus complète inaction. Au bout de six mois , elle sortit de cet état aussi subitement qu’elle y était tombée, et revint chez ses maîtres, qui , comme précédemment, n’eurent que des éloges à donner à son zèle et à son activité. Un an après, étant retombée dans ; la même apathie, elle renonça définitivement à servir, et se réunit à son mari, homme doux et laborieux, qui la laissa vivre dans le repos le plus absolu. Pendant cette seconde crise, elle éprouva vers le cervelet une douleur, tantôt légère, tantôt
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assez vive, et qui descendait jusqu’à la seconde ou la troisième vertèbre lombaire; elle conservait la liberté entière de ses mouvements , mais sa volonté lui paraissait en quelque sorte paralysée. Ce second engourdissement dura à peu près six mois, comme le premier; puis, pendant quelques années, madame O. reprit toutes ses habitudes de travail. Mais en 1827, survint une troisième crise, beaucoup plus longue et plus douloureuse que les deux autres. Appelé auprès d’elle à cette époque, j’ai souvent été témoin des combats que lui livraient tour à tour l’impérieuse loi du besoin et la singulière paresse qui la dominait. «Voyez, me disait-elle en pleurant, mon mari va rentrer, eh bien! le pauvre homme ne trouvera rien pour son dîner; je ne peux pas me décider à allumer du feu. Tous nos vêtements sont en lambeaux, et je n’ai pas le courage de les raccommoder. Voilà six mois que je n’ai peigné mes enfants; depuis la même époque je n’ai pas même changé de chemise. Mon Dieu, que je suis donc malheureuse !» Et ses larmes redoublaient.
La périodicité du mal, l’absence habituelle de lièvre, la douleur permanente que la malade éprouvait vers la nuque, me firent présumer que cet état singulier pouvait dépendre d’une affection peu profonde du cervelet et de la moelle épinière. En conséquence, je promenai quelques vésicatoires volants le long de la colonne vertébrale; j’y fis pratiquer des frictions, tantôt avec le liniment ammoniacal camphre, tantôt avec le baume ner-
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val. Je conseillai encore, tous les deux jours, une douche ou un grand bain presque froid. Ces moyens, . continués pendant deux mois, n’avaient réussi qu’à diminuer la douleur de la nuque; lorsque la malade, ayant été magnétisée cinq ou six fois à grandes passes, éprouva tout à coup, je ne dirai pas une amélioration, mais une guérison complète. Reprenant aussitôt ses habitudes d’ordre et de pro- ■ prêté, elle se mit au travail avec d’autant plus de bonheur qu’elle l’aimait naturellement, et qu’elle1 n’avait pu s’y livrer depuis quinze mois.
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