DU LT R F R T IN A GE
qui n’a pas toujours lieu, qu’à l’énorme dépense de l’influx nerveux nécessaire pour entretenir l’éréthisme général , l’exaltation de la pensée , et pour produire la secousse épileptiforme qui accompagne tout acte des organes générateurs. Ces effets sont d’autant [dus marqués, que le corps n’a pas atteint, ou qu’il a dépassé la période delà vie assignée pour la propagation de l’espèce, et dont les limites varient, pour les hommes, entre vingt et soixante ans ; pour les femmes, entre dix-huit et cinquante.
Ce serait une grave et bien funeste erreur que de regarder les premiers signes de la puberté comme la preuve de l’aptitude aux fonctions génératrices. À cette époque critique de développement, rien n’est plus dangereux que de troubler les efforts de l’organisme pour arriver à sa formation complète. La persistance des organes génitaux au dernier terme de la vie n’est pas non plus un indice de la permanence de leurs fonctions , qui ne sont que transitoires; en abuser alors , en user même, serait précipiter sa fin.
Quoi qu’il en soit , les excès du libertinage sont plus nuisibles chez l’homme que chez la femme, à cause de la plus grande somme d’activité qu i! déploie. Immédiatement après le repas, ils troublent profondément l’économie , prédisposent à de graves altérations de l’estomac, et donnent souvent lieu à des apoplexies foudroyantes; c’est surtout dans l’état de maladie ou de convalescence qu’il est mortel de réveiller Ses désirs sexuels, s’ils sont éteints, ou de leur obéir, s’ils persistent encore.
Le caractère distinctif des maladies qu’entraine îe libertinage, c’est la chronicité. Elles portent presque toutes le cachet d’une profonde altération des liquides et des solides : telles sont les gastrites et les entérites anciennes ; la consomption dorsale déjà signalée par Hippocrate; les diverses altérations du cœur, si communes de nos jours: la phthisie pulmonaire sous toutes ses formes; la nombreuse série des affections cérébrales, l’apoplexie, l’induration, le ramollissement , les abcès, la dégénérescence cancéreuse du cerveau; les fréquentes maladies qui attaquent l’appareil génito-urinaire: chez la femme, la leucorrhée, la nymphomanie, la stérilité, des hémorrhagies, le cancer de l’utérus, les ulcérations du col; chez l’homme, le satyriasis et 1 impuissance ; chez tous deux, l’incontinence d’urine, la cystite et la néphrite, ainsi que toutes les formes de la syphilis, ce fléau destructeur né de la polyandrie des prostituées; enfin chez les êtres les plus dégradés, les fissures, les chutes et les cancers du rectum, les abcès à la marge de l’anus, la fistule et la cristalline.
Les excès du libertinage ont sur îe système nerveux et sur l’intelligence un retentissement facile à comprendre, si l’on se rappelle l’excitation permanente et les pensées habituelles qui remplissent la vie du débauché : aussi, l’épilepsie , la chorée, les convulsions , les aberrations de l’ouïe et de la vue, la folie, l’idiotie, la mélancolie suicide, en un mot la dégradation physique et morale la plus complète, deviennent la plupart du temps son
DU libertinage.
triste héritage ( 1). Sur 8,272 aliénés admis a bicctre et à la Salpêtrière de 1825 à 1833, 59 individus y ont été conduits par l'onanisme (hommes, 41; femmes, 18), 216 par inconduite et libertinage (hommes, 84; femmes, 132), et 51 à la suite de maladies syphilitiques (hommes, 27; femmes, 24). Des relevés faits avec le plus grand soin par Esqui roi , il résulte que les prostituées fournissent à la Salpêtrière le vingtième du nombre des folles.
De 1804 à 18(4, c’est-à-dire dans l’espace de dix années, 27,576 malades sont entres a 1 hôpital ries Vénériens, dont, pour les adultes, 13,638 hommes, 12,163 femmes; et, pour les enfants, 794 garçons et 981 hiles.
Les quatre dernières de ces dix années ont été de beaucoup plus considérables que toutes les autres. L’hôpital a eu 7,184 hommes, 5,773 femmes, 337 garçons, et 471 hiles.
Le total des morts dans les dix années a été de 1,170. C est presque 1 sur 24, si Ton ne veut faire aucune distinction, entre les âges surtout; mais si l’on veut, comme on le doit, séparer les entants des adultes, la proportion change d’une manière extraordinaire. Four les enfants des deux sexes , elle est de 2 sur 5 environ ; pour les adultes, elle
(1) « Les effets du libertinage, dit le docteur Belhommc , ont un résultat plus grave chez l’homme que chez la femme . chez l’un, il y a épuisement spermatique ; chez l’autre, le système nerveux seul est ébranlé. Chez l’homme, la folie est plus souvent, idiopathique , tandis que chez la femme elle est sympathique dans une multitude de cas. » ( Recherches statistiques sur les aliénés.)
n’est pour les hommes que de \ sur 5G à peu près, et pour les femmes de 1 sur G7 à peu près aussi.
Le tableau suivant fera voir la progression du libertinage dans la ville de Paris depuis le commencemenl de l’empire jusqu’en 1841.
Relevé des vénériens admis dans les hôpitaux civils de Paris,
de 1804 à 1841.
Eu 1804
Report
En 1823
reporter
Total, . .
Relevé des vénériens traités à l’hôpital militaire du Val-Je- Grâce et à ses succursales, du lei janvier 1815 au 31 décembre 1840 (!).
Eu 1815
Report
Eu 1829
Total. . .
A reporter
(1) Le professeur Desruelles, chargé du service des vénériens au Val-de-Grâce, a traité audit hôpital et dans ses succursales, depuis l’année 1825 jusqu’à ce jour, 24,785 vénériens. Dans ses travaux statistiques, dans son Traité pratique, dans douze lettres qu’il vient de publier sur les maladies vénériennes et sur le traitement qui leur convient, M. Desruelles expose les expérimentations qu’il a faites et les réformes qu il a opérées. A l’emploi exclusif du mercure , il a substitué une méthode qui en règle l’usage, et indique les cas et les circonstances où on doit l’employer. Par là, M. Desruelles est arrivé à réduire la durée moyenne du traitement à 32 ou 33 jours (à t fr. 25 ou 30 c.), tandis qu’auparavant elle s’élevait de 48 à 50 jours (à 1 fr. 60 c.). La nouvelle doctrine que M. Desruelles a établie, d’après ses nombreuses observations et celles qu’il a reçues de F rance , d’Allemagne, de Suède, de Danemark, et des États-Unis d’Amérique, renferme des aperçus neufs et ingénieux que nous ne voulons pas
De 1812 à 1 832 , il y a eu à Paris , d’après M. Parent-Duchâtelet, 20,028 prostituées infectées de syphilis. Le nombre de ces filles malades a été proportionnellement plus considérable de 1824 à 1832 que de 1812 à 1824, sauf les deux années d’inva-sion, 1814 et 1815.
Le libertinage n’est pas seulement nuisible aux. individus qui s y livrent; il exerce encore ses ravages sur leur malheureuse postérité, qu’il décime ou qu’il énerve, en même temps qu’il absorbe une partie des revenus de l’État et des administrations de bienfaisance. C’est ainsi que pendant l’espace de vingt années (de 1814-1834), les vénériens admis dans les hôpitaux de Paris figurent nour1 3,576,122 journées de malades ( 1,430,769 pour les hommes, 1,798,554 pour les femmes, 170,417 pour les garçons, 150,382 pour les filles), et ont occasionné une dépense de 4,940,226 fr. La durée moyenne du séjour de chaque malade a été de 57 jours 59, la dépense moyenne du traitement de 79 fr. 55 cent., ce qui met le prix moyen delà journée a 1 fr. 38, i4. Dans ce relevé inédit, fait par ordre de 1 administration des hôpitaux, et dont je dois la communication à l’obligeance de feuM. Cochin, ne se trouvent pas compris les vénériens traités pendant cette période dans les hôpitaux militaires de Paris. (Voir le tableau précédent.
juger ici , mais qui nous paraissent dignes de fixer l’attention des praticiens et du gouvernement français. (Voyez Lettres écrites du L'ai- de- Grâce sur les maladies vénerie a nés et sur le traitement qui kur convient ; Paris, 1841, 1 vol. in-8°.)
Ce fui pour rendre les militaires plus réservés dans leurs plaisirs, et pour indemniser le trésor des suites de leur inconduite, cjue, par arrête du 16 nivôse an IX, le premier consul décréta que les sous-officiers et soldats atteints de maladies
vénériennes ne jouiraient, apres leur guérison , d’aucun rappel ni décompte, excepté celui de linge et chaussure, et que les officiers qui, se trouvant dans le même cas , auraient été traités aux frais de l’État, supporteraient une retenue égale aux cinq sixièmes de leur solde.
Il ne sera peut-être pas sans utilité de présenter ici le tableau des suites du libertinage, dans le
royaume réputé le plus civilisé du globe, rendant la seule année 1838, on a constaté en France :
Enfants naturels 70,089
Outrages publics à la pudeur 43 j
Viols et attentats à la pudeur sur des enfants. 242
Attentats aux mœurs... 180
Expositions d’enfants.. 10b
Viols commis sur des adultes 150
Infanticides (et tentatives d’) 129
Meurtres, incendies, assassinats 69(1)
Avortements (et tentatives d).. 19(2)
Bigamie.. 0
Tentative de castration 1
(1) Sur ce nombre, 31 crimes ont été la suite de l’adultère, et 38 celle du concubinage et de la débauche.
(2) Le nombre des avortements volontaires qui ne parviennent pas à la connaissance du ministère public est infiniment plus considérable.
DU libertinage.
Voici main tenant le résumé officiel des naissances
illégitimes depuis Tannée 1817 jusqu’au 1- janvier 1840.
Années.
Garçons.
F. lies.
Totaux.
En 22 aimées. . .
Pendant22 années, depuis 1817 jusqu’à 1838, il est né en France f 0,980 J72 gardons et 1 0,324,503
Le rapport do premier nombre au second est peu près celui de 1 7 à 10, c’est-à-dire que les nais
sances des garçons ont excédé d’un seizième celles des filles.
Les naissances des enfants naturels des deux sexes paraissent s’écarter du rapport de 17 à 16. Depuis 1817 jusqu’à 1838, ces naissances, dans toute la France, ont été de 778 430 garçons et 740,979 filles ; le rapport du premier nombre au second diffère peu de celui de 24 à 23 , ce qui semblerait indiquer que, dans cette classe d’enfants, les naissances des filles se rapprochent plus de celles des garçons que dans le cas ordinaire.
Voici enfin d’autres résultats statistiques, extraits des Comptes généraux de la justice criminelle en France , qui prouveront d’une manière irrécusable l’influence du libertinage et même de l’état civil des individus sur la criminalité.
Sur b, 805 femmes accusées de crimes depuis 1835 jusques et compris 1839, on a constaté que 24 sur 100 de ces malheureuses avaient eu des enfants naturels, ou avaient vécu en concubinage avant leur mise en jugement devant les cours d’assises. En faisant entrer dans ce calcul les filles qui ont été poussées à l’infanticide par une première faute, on trouve que près du tiers des femmes accusées avaient enfreint les lois de la pudeur antérieurement aux poursuites judiciaires dont elles ont été l’objet.
En 1838, sur 7,232 accusés des deux sexes, 197 étaient enfants naturels.
En 1837, sur 8,094 accusés, il y avait 210 enfants naturels.
En 1838 ? sur 8,014 accusés, 192 étaient enfants naturels.
Enlln , en 1839, sur 7,858 accusés , on comptait 142 enfants naturels, et 156 individus appartenant à des familles dont quelques membres avaient été précédemment l’objet de poursuites judiciaires.
Quant aux célibataires, leur nombre proportionnel s’est maintenu pendant l’espace de onze années (1829 à 1839 j, entre 55 et 60 sur 100 accusas.
Traitement.
Le traitement préservatif du libertinage consisterait presque uniquement dans la soustraction possible des causes physiques et morales que nous avons vues en favoriser le développement.
Pour prévenir l’habitude de la masturbation , qui conduit plus tard aux autres écarts de la débauche , les parents et les maîtres doivent exercer de bonne heure sur les enfants une surveillance continuelle, mais inaperçue. Cette surveillance se portera principalement sur ceux qui, pendant les récréations , s’isolent de leurs camarades, et recherchent les lieux solitaires.
Quelques signes caractéristiques ont-ils fait changer les soupçons en certitude, on en préviendra secrètement le médecin, qui, examinant les malades avec intérêt, leur fera connaître la cause de l’altération survenue dans leur santé, et frappera
leur imagination par la crainte des accidenîs les plus graves, d’une opération douloureuse, de la mort même, s’ils ne renoncent immédiatement à leur penchant funeste. Après ces avertissements donnés d’un ton sévère, l’homme de l’art prescrira les moyens hygiéniques et thérapeutiques dont l’expérience a constaté l’efficacité. Il défendra, avant tout, l’usage du vin pur, du café et des liqueurs, la lecture de romans, la fréquentation des hais, des spectacles, et le coucher sur le dos. Puis il conseillera des distractions douces et agréables, i’occupation continuelle de l’esprit, une alimentation légère et rafraîchissante, un lit dur, composé seulement d’un sommier ou d’une paillasse de maïs, des émulsions, du petit-lait, des bains de s>3ge froids, matin et soir, des voyages à pied, la natation et d autres exercices gymnastiques portés jusqu’à la fatigue, surtout avant le coucher. Ces derniers moyens, en développant le système musculaire, contribueront, d’une part, à affaiblir la passion, et, de l’autre, à diminuer l’irritation du système nerveux, siège de la plupart des maladies qu amènent l’onanisme et les autres formes de libertinage. Il est superflu de dire qu’il faudra alors redoubler de vigilance, et surprendre les enfants au moment où ils s’y attendent le moins, par exemple, quand ils sont au lit, au bain , aux latrines, et même au milieu de leur travail , lorsqu’ils restent 1 œil hagard, dans une inquiétante immobilité. Dans les établissements publics, il est indispensable que les dortoirs soient éclairés pendant la nuit,
que les lits soient suffisamment écartés, et qu’un veilleur se promène constamment, comme cela se pratique dans ia maison modèle de Saint-iNicolas , dirigée par M. de Ber venger.
Si la surveillance , les conseils et le régime ne parviennent pas à guérir les masturbateurs , si l’on a affaire à des enfants ou à des aliénés, on aura recours aux ingénieux bandages de Lafont et de Valérius, qui mettent les individus dans 1 i m possibilité d’abuser d’eux-mêmes. Quand les parents sont hors d’état de se procurer ces moyens de contrainte , malheureusement encore trop dispen-
dieux, j’emploie avec succès une forte camisole de coutil, dont les manches réunies ne laissent pas d’issue aux mains, et sont d ailleurs retenues à une hauteur convenable par un mouchoir noué derrière le cou. Je conseille en même temps l’application d’une éponge imbibée d’oxycrat, et un verre d’émulsion ou d’orgeat, matin et soir.
Souvent la passion, plus forte ou plus rusée,
parvient à échapper aux entraves qu’on lui oppose; mais, contrairement à l’opinion générale, j ai vu
un assez grand nombre d’enfants et d adultes des deux sexes entièrement corrigés à 1 aide de ce traitement continué pendant une annee entière. 11 faut dire que presque tous étaient en même temps dirigés par d’habiles confesseurs, qui, saisissant les plus petites interruptions pour encourager leurs pénitents, redoublaient de conseds aff ectueux après chaque rechute, et se montraient aussi patients à attendre la guérison que l’habitude est longue à céder.
On ne saurait du reste trop prévenir les ecclésiastiques que les pensées, les désirs, et même les actes impudiques, ne dépendent pas toujours de la dépravation de l’esprit; qu’ils ont souvent lieu malgré les efforts de la volonté, comme cela se voit dans certaines irritations du cervelet et de la moelle épinière, ainsi que dans les affections dartreuses ou érysipélateuses des organes sexuels.
Le libertinage est-il provoqué par une irritation du cervelet, ce que l’on reconnaît à la pesanteur et à la chaleur permanentes de la région occipitale^ on conseillera de porter les cheveux très-courts , de rester nuit et jour la tête nue , de se servir d’un oreiller de balle d’avoine. Si ces moyens sont insuffisants, on pourra prescrire des applications de glace à la nuque et une saignée du pied , bien préférable dans ce cas à celle du bras ou aux sangsues. On évitera, surtout chez ces malades, de panser les sétons ou les vésicatoires avec de la pommade aux cantharides, qui ne ferait qu’augmenter l’éréthisme des organes génitaux.
Des frictions sèches ou narcotiques, pratiquées de chaque côté de la colonne vertébrale, des affusions froides, la saignée générale ou locale, dissiperont également les désirs érotiques dépendant d’une irritation de la moelle épinière. Dans les deux cas, il faut, autant que possible, éviter de coucher sur le dos, et dans un lit trop moelleux, attendu que la concentration de la chaleur sur la région dorsale tiendrait les organes sexuels dans un état permanent d’excitation, Cette dernière re
commandation s’adresse aussi aux personnes qui éprouvent des pollutions nocturnes involontaires , et qui feront bien de ne se mettre au lit que quatre ou cinq heures après leur dernier repas.
On s attachera a combattre par un traitement antiphlogistique approprié la vaginite érysipélateuse, si commune chez les ouvrières qui sont
forcées de rester assises une grande partie de la journée.
Un régime exactement suivi pendant plusieurs mois fera presque toujours disparaître l’inflammation dartreuse qui affecte assez fréquemment les organes sexuels, et qui rend surtout tant de pauvres femmes bien plus malheureuses que coupables. On commencera par appliquer sur chaque bras un vésicatoire ammoniacal qu’on y laissera jusqu à formation de vésicule , puis on entretiendia la suppuration avec de l’écorce de garou. On donnera en meme temps tous les jours un ou deux grands bains frais a l’eau de son ou d’épinards. On prescrira à l’intérieur une tisane de petit-lait et de réglisse, dans laquelle on ajoutera parties égaies de suc de fumeterre. Des lavements composés de la même manière devront être conseillés de préférence aux injections qui ne sont pas toujours sans inconvénient , ainsi que les bains de siège, pour peu qu’ils soient chauds.
Quant au satyriasis et à la nymphomanie, dépendant ou compliqués d’une affection syphilitique, ils exigent l’emploi des antiphlogistiques,
associés aux antispasmodiques , et quelquefois aux mer curiaux.
Tels sont les principaux moyens mis en usage par la médecine pour combattre les différentes formes du libertinage , soit qu’il dépende d’une dépravation volontaire, soit qu’il tienne à la prédominance cérébro-génitale , ou à un état maladif de l’organisme. Passons maintenant aux mesures préventives et répressives employées par le législateur.
11 existe bien dans notre législation administrative quelques sages dispositions relatives aux biles isolées , aux maisons de tolérance, aux cabarets, aux bals, aux masques, aux théâtres, à l’imprimerie et à la gravure; mais elles sont si peu observées , que l’on peut les regarder en partie comme non avenues. Maintenant, comment l’autorité sévit-elle contre une passion dont elle n’a pas toujours empêché l’exemple contagieux?
Les lois ne punissent le libertinage que lorsqu’il est patent, et qu’il blesse la morale publique : il constitue alors les divers attentats aux mœurs prévus par les articles 330-340 du Code pénal , ainsi conçus :
Art. 330. Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur sera punie d’un emprisonnement de trois mois à un an, et d’une amende de seize francs à deux cents francs.
Art. 331. Tout attentat à la pudeur, consommé ou tenté sans violence sur la personne d’un enfant
de l’un ou de l’autre sexe âgé de moins de onze ans, sera puni de la réclusion.
Art. 332. Quiconc|ue aura commis le crime de viol sera puni des travaux forcés à temps. — Si le crime a été commis sur la personne d’un enfant au-dessous de l’âge de quinze ans accomplis, le coupable subira le maximum de la peine des travaux forcés à temps. — Quiconque aura commis un attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence contre des individus de l’un ou de l’autre sexe , sera puni de la réclusion. — Si le crime a été ' commis sur la personne d’un enfant au-dessous de l’âge de quinze ans accomplis , le coupable subira la peine des travaux forcés à temps.
Art. 333. Si les coupables sont les ascendants de la personne sur laquelle a été commis l’attentat, s’ils sont de la classe de ceux qui ont autorité sur elle, s’ils sont ses instituteurs ou ses serviteurs â gages, ou serviteurs à gages des personnes cidessus désignées, s’ils sont fonctionnaires ou ministres d’un culte, ou si le coupable, quel qu’il soit, a été aidé dans son crime par une ou plusieurs personnes, la peine sera celle des travaux forcés à temps, dans le cas prévu par l’article 331, et des travaux forcés à perpétuité , dans les cas prévus par l’article précédent.
Art. 334. Quiconque aura attenté aux mœurs, en excitant, favorisant ou facilitant habituellement la débauche ou la corruption de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de l’âge de vingt un ans, sera puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans , et
d’une amende de cinquante francs à cinq cents francs. — Si la prostitution ou la corruption a été excitée , favorisée ou facilitée par leurs pères , mères , tuteurs, ou autres personnes chargées de leur surveillance, la peine sera de deux ans à cinq ans d’emprisonnement, et de trois cents francs à mille francs d’amende.
Art. 335. Les coupables du délit mentionné au précédent article seront interdits de toute tutelle et curatelle , et de toute participation aux conseils de famille, savoir : les individus auxquels s’applique le premier paragraphe de cet article , pendant deux ans au moins , et cinq ans au plus; et ceux dont il est parlé au second paragraphe, pendant dix ans au moins , et vingt ans au plus. — Si le délit a ete commis par le père ou la mère, le coupable sera cte puis prive des droits et avantages à lui accordés sur la personne elles biens de l’enfant par le Code civil , liv. i , lit. 9, De la puissance paternelle. — Dans tous les cas, les coupables pourront de plus être mis, par l’arrêt ou le jugement, sous la surveillance de la haute police, en observant pour la durée de la surveillance ce qui vient d’être établi pour la durée de l’interdiction mentionnée au présent article.
Art. 336. L’adultère de la femme ne pourra être dénoncé que parle mari; cette faculté même cessera, s’il est dans le cas prévu par l’article 339.
Art. 337. La femme convaincue d’adultère subira la peine de l’emprisonnement pendant trois mois au moins, et deux ans au plus. — Le mari
I)ü LIBERTINAGE.
restera le maître d’arrêter l’effet de cette condam* nation , en consentant à reprendre sa femme.
Art. 338. Le complice de la femme adultère sera puni de l’emprisonnement pendant le même espace de temps , et, en outre , d’une amende de cent francs à deux mille francs. — Les seules preuves qui pourront être admises contre le prévenu de complicité seront, outre le flagrant délit, celles résultant de lettres , ou autres pièces écrites par le prévenu.
Art. 339. Le mari qui aura entretenu une concubine dans la maison conjugale, et qui aura été convaincu sur la plainte de la femme , sera puni d’une amende de cent francs à deux mille francs.
Art. 340. Quiconque étant engagé dans les liens du mariage en aura contracté un autre avant la dissolution du précédent sera puni de la peine des travaux forcés à temps. — L’officier public qui aura prêté son ministère à ce mariage , connaissant l’existence du précédent, sera condamné à la même peine.
Pour compléter les dispositions législatives qui se rapportent aux attentats contre les mœurs, je citerai encore les articles 324 et 325 du Code pénal, me bornant à renvoyer aux articles du Code civil relatifs aux enfants naturels. ( Voir C. civ. , liv. 1 , lit. 7 , De la paternité et de la filiation 3 et liv. 3, lit. 1, cliap. 4, Des successions irrégulières . )
Art. 324 du C. pén. Dans le cas d’adultère prévu par l’article 336 , le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’in-
s tant où il les surprend en flagrant délit dans îa maison conjugale, est excusable.
Art. 325. Le crime de castration , s’il a été immédiatement provoqué par un outrage à îa pudeur, sera considéré comme meurtre ou blessures excusables.
Dans rimpossihilité absolue de détruire la prostitution, les gouvernements ont été réduits à îa tolérer comme mesure sanitaire et sociale, et îa police administrative s’est vue contrainte de la prendre en quelque sorte sous sa protection, pour pouvoir en réprimer les écarts trop scandaleux, et prévenir l’infection syphilitique des masses.
Quant aux pédérastes ou sodomites , le Léviti que et la loi romaine Quum vir les condamnaient au feu. Plus tard, en Hollande et dans d’autres Etats, on les noyait enfermés dans un sac. Avant la promulgation du Code Napoléon , on se conformait en France a îa loi Quum vir , et les coupables étaient brûlés en place de Grève. Aujourd’hui , la loi se borne à une peine correctionnelle , que ces misérables parviennent souvent à éviter ; mais ils n’échappent pas au mépris public, qui reste toujours pour les flétrir.
de l’amour.
vv\ \tututnv.