MANIE DE LA MUSIQUE
On a dit et répété que la musique pouvait bien constituer un goût vif et prononcé chez beaucoup d’individus, mais qu’elle ne saurait jamais aller jusqu’à la passion : c’est une erreur dont l’observation la moins attentive suffira pour faire justice. Pour ma part, j'ai déjà rencontre plusieurs mélomanes, véritablement dignes de ce nom , qui ne voyaient et ne rêvaient que musique, qui se sont ruinés pour la musique, et qui, au moment de mourir, ne regrettaient autre chose qu’une œuvre musicale qui allait rester inachevée. Tel fut, entre autres, le célèbre Choron (1), dont j’ai été longtemps le médecin et l’ami.
(1) Choron (Alexaudre-Élienne) , né a Caen le 21 octobre 1771 , mort a Paris le 28 juin 1855 — Cet homme extraordinaire , qui n’a pas encore ete remplace , et qui ne le sera peut-être pas de longtemps, lut successivement l’un des premiers sujets de l’Ecole polytechnique, suppléant de Monge à l’Ecole normale, professeur d’hébreu au Collège de France, instituteur primaire, membre correspondant de l’Institut, maître de chapelle, directeur de l’Opcra , puis enfin fondateur et directeur de l’Ecole royale de musique religieuse et classique, d’où sont sortis tant d’élèves renommes : Monpou , Dietsch , Aicou-Choron , Scudo, Jansenne, Molinier , Guerrier, Saint-Germain, de Lagaline, A\ artel , Valiquet, Marié , le célèbre Duprez, à qui il disait souvent : «Tu seras un joui le premier chanteur de France, si lu ne vas pas brailler a 1 Opéra ; » enfin, la jeune Uachel , qu’il prédisait ne devoir jamais faire autre chose qu une actrice.
J Voici son épitaphe , composée par lui-même sur son lit de mort ; il me la ternit en me disant : « Avant-hier, j’ai fait mon testament; hier, j ai reçu les sacrements; aujourd’hui , j’ai composé mon épitaphe. La voici ; je vous la remets, et i i recommande à votre bienveillance , s’il y a heu. Je 1 ai faite, parce que j ai pour principe qu’il vaut mieux faire ses affaires que de les laisser fane aux Litres Du /esté , je défle qui que ce soit d’y trouver un mot qui blesse la vérité. -
Alexander Slephanus CHORON ,
E Valesio' oriundus,
Nains Cadomi, die xxi octobris 1771 ,
Liltcris, bonis artibus ac scicntiis accuratc et féliciter studut, Sed musicam sacram et didacticam Prœserlim cxcoluit ,
Religioni atquc pubticœ utilituli Prœcipuc consulens.
Bonis U bono tutus intentas cl favens,
Se ipsum ac sua vrorsus abnegavit .
Quant multa ad minium artis damnummpcrfccla rehnquens , v Variis publicis muneribus fructus,
Obiit, die. . .
onATE pno no.