‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 118 sur 128 · DU FANATISME ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

DU FANATISME ARTISTIQUE

Après sept années de séjour aux Petites-Maisons, Théroigne fut transférée à la Salpêtrière , en septembre 1807; elle pouvait alors être âgée de quarante-sept ans. A son arrivée dans cet hospice, elle était fort agitée , injuriant , menaçant tout le monde , ne parlant que de liberté , de comités de salut public, accusant tous ceux qui l'approchaient d'être des modérés, des royalistes, etc. En 1808 , un grand personnage, qui avait figuré comme chef de parti, étant venu visiter la Salpêtrière , Théroigne le reconnut , et 1 accabla d’injures , lui reprochant d’avoir abandonné le parti populaire, et de netre qu’un modéré, dont un arreté du comité de salut public devrait bientôt faire justice. Enfin, en 1810, elle devint plus calme, mais elle tomba dans un état de démence qui laissait encore voir les traces de ses premières idées dominantes. A cette époque, elle ne veut supporter aucun vêtement , pas même de chemise. Tous les jours, matin et soir, elle inonde son lit , ou plutôt la paille de son lit , avec plusieurs seaux d’eau , et se couche recouverte d’un simple drap en été, et d’une seule couverture en hiver. Lorsqu'il gèle, et qu’elle ne peut avoir de l’eau en abondance, elle brise la glace, et prend l’eau qui est au-dessous pour se mouiller le corps, et particulièrement les pieds.

Quoique dans une cellule petite , sombre, humide , et sans meubles, elle se trouve très-bien ; elle prétend être occupée d’affaires de la plus haute importance ; elle sourit aux personnes qui l’abordent , quelquefois leur dit brusquement : Je ne vous connais pas. Il est rare qu’elle réponde juste aux questions qu’on lui adresse; elle dit souvent : Je ne sais pas , j’ai oublié; si l’on insiste, elle s'impatiente, et articule des phrases entrecoupées des mots forfaits, liberté , comités révolutionnaires , etc.; elle en veut toujours aux enragés de modérés.

Théroigne ne quitte presque pas sa cellule; si elle en sort, elle ramasse toutes les bribes qu’elle rencontre sur le pavé, puis les porte à sa bouche ; on l’a surprise dévorant de la paille, de la plume, des feuilles desséchées , et des morceaux de viande imprégnés de boue. Enfin , elle boit l’eau des ruisseaux pendant qu’on nettoie les cours , et préfère celte boisson à toute autre (1).

(1) Malgré ce régime, que cette malheureuse continua pendant près de dix années, elle fut toujours parfaitement menstruée, et ne se plaignit jamais d’aucune souffrance, jusqu’à sa mort, arrivée le 9 juin 1817, à la suite d’une éruption générale de boutons qui ne purent se développer au milieu d’un lit sans cesse inondé d’eau froide.

Ouverture du corps, faite par M. Amussat et par moi , en présence de MM. Esquirol et Rostan :

Dure-mère adhérente au crâne; crâne épais postérieurement; ligne médiane très-déjetée. — Cerveau très-mou, décoloré ; membrane qui revêt les ventricules épaissie; la substance cérébrale subjacente présente, dans l’épaisseur d’une ligne, un aspect vitreux et d’un blanc grisâtre. — Plexus choroïdes décolorés,

POLITIQUE ET RELIGIEUX. 45tt

Du reste , quoique celte femme n’ait jamais donné aucun signe d’hystérie, tout sentiment de pudeur semblait éteint en elle, et l’on a vu que son caractère avait survécu à la perte de sa raison : le libertinage la conduisit au fanatisme politique ; ce fanatisme la conduisit successivement h la lypémanie et à la démence.

Fanatisme religieux. — Le jeune P***, âgé de vingt ans , d’une constitution sanguine et d’un caractère ardent , se livra pendant une année entière à la lecture exclusive d'ouvrages ascétiques. Dès ce moment , sa piété , naguère douce et éclairée , ne consista plus qu’en une suite de pratiques religieuses pour lesquelles il montrait une ardeur, ou plutôt une passion souvent poussée jusqu’au fanatisme. Les dimanches et fêtes, il ne consentait qu’avec peine à quitter sa paroisse pour prendre ses repas ; et les jours ordinaires , il y passait , matin et soir des heures entières , agenouillé, et la face contre terre , dans l’immobilité la plus complète : c’était, dans toute la force de l’expression, un véritable pilier d’église. En vain sa mère, dont sa fainéantise augmentait la gène, en vain son confesseur et quelques amis , s’efforcaient de le ramènera des idées plus sages, lui répétant qu’il fallait de la mesure jusque dans les meilleures choses, et que, d’ailleurs , le travail était pour l’homme un devoir non moins sacré que la prière; il restait sourd à tous ces conseils, et ne voyait, dans les personnes qui les lui donnaient, que des esprits étroits, ou des âmes peu avancées dans la voie de la perfection.

Sous l’influence de ces idées, fomentées par l’orgueil, P*** fait emplette d’une statue de la Vierge, d’une quantité considérable de cierges , et d’un mauvais couteau , vulgairement nommé eustaclie. Une grande partie des journées est employée à aiguiser ce couteau , et tous les soirs, avant de se coucher, il dresse une espèce d’autel, y place la statue entre deux cierges , puis, la main levée vers le ciel, il fait le scrmentde percer lecœur de l’impie qui oserait éteindre ces lumières consacrées à Marie. Au milieu d’une nuit, sa mère s’aperçoit que la flamme des cierges agite la frange des rideaux du lit où il était couché; elle l’appelle plusieurs fois à haute voix , l’avertit du danger qu’il court ; mais il reste immobile et sans répondre un mol. Ne doutant pas qu’il ne soit profondément endormi , la pauvre femme se lève ,

offrant de petits kystes séreux. — Glande pituitaire contenant un fluide brunûtre.

Sérosité dans les deux plèvres ainsi que dans le péricarde. — Cœur flasque.

Estomac distendu par un fluide verdâtre. — Foie petit, verdâtre; son tissu mou , sa tunique propre se détachant avec la plus grande facilité ; vésicule biliaire distendue par de la bile noire , épaisse , grenue. — Rate molle , verdâtre comme le foie. — Vessie très-contractée sur elle-même , offrant des parois fort denses.

Enveloppe des ovaires épaisse , et même cartilagineuse en plusieurs points.

Chez Théroignc, le colon transverse avait changé de direction, et était descendu jusque derrière le pubis, ce qu’Esquirol a observé chez plusieurs mélancoliques. — Le grand sympathique était excessivement développé.

Dü FANATISME ARTISTIQUE , ETC.

s’avance sur la pointe du pied, souffle les cierges, et se hâte de regagner son lit. Elle a à peine fait deux pas , que son fils se précipite sur elle avec fureur , lui fait, a coups d’euslaclic , cinq blessures assez graves, et retourne se mettre au lit. Le lendemain matin , sa longue prière terminée , il se met à repasser son couteau sur un pavé, puis le soir , avant de se coucher, il allume de nouveau les cierges en répétant le serment qu'il n'avait que trop fidèlement tenu.

Cet insensé fut radicalement guéri à la suite de quelques essais magnétiques faits à la demande de plusieurs ecclésiastiques de la capitale fl).

(1) Si l’espace nie l’avait permis, j’aurais ajouté à ces observations quelques détails peu connus sur une de mes clientes dont le nom a malheureusement trop retenti , il y a quelques années , dans nos tribunaux : je veux parler de Julie F. , dite la femme libre des saints-simoniens, laquelle réunissait au plus haut degré les fanatismes artistique, politique et religieux. Cette infortunée, qui ne rêvait qu’innovations , industrie et gloire , se voyant abandonnée de presque tous ses amis, est allée mourir dans un de nos hôpitaux, où l’estimable auteur de Foi, Espérance et Charité, M. l’abbé Le Guillou, adoucit l’amertume de ses derniers moments par les secours de la religion.

RÉSUMÉ

RÉSUMÉ (i).

Harmonie de la Médecine , de la Législation et de la Religion. — nécessité de leur concours dans le traitement des Passions.

Notions Préliminaires.

1. L’homme, ce chef-d’œuvre de la création , est composé d’un corps et d’une âme, unis de telle sorte que de leur réaction réciproque et harmonique dépend le parfait accomplissement de ses destinées.

2. Comment s’opère celte union de la matière et de l’esprit ? Mystère aussi impénétrable que les grandes lois de la nature : le suprême architecle s’en est réservé le secret !

3. Qu’est-ce que la nature, le temps, l’éternité, la vie, la mort? La nature ou univers est l’ensemble des êtres que Dieu a semés dans le temps et dans l’espace. Le temps est la durée de la nature : l’éternité est la durée de Dieu. Par rapport aux destinées de l'homme, la vie, c’est l’union de l’âme et du corps; la mort, c’est leur séparation; l'éternité, leur réunion.

4. Dès l’enfance l’homme est enclin au mal; ses sens l'entraînent vers la terre, vers des plaisirs matériels, par conséquent finis et passagers; son âme , au contraire, l’élève et le fait aspirer au souverain bien , qui peut seul satisfaire l’immensité de ses désirs.

5. Ce désaccord est-il l’ouvrage de Dieu, ou n’annonce-t-il pas plutôt un renversement manifeste du plan primitif de la création ? L’homme n’est donc pas, en général , une intelligence servie par des organes , mais une intelligence déchue, luttant i ci-bas contre des organes.

G. Cette lutte presque continuelle entre les organes et l'intelligence, entre la chair et 1 esprit, c’est l’épreuve qu’on appelle la vie.

7. Pour soutenir ce combat dont la palme est aux deux, l’homme possède la sensibilité , 1 intelligence et la liberté , facultés précieuses qui l’avertissent de ses besoins , lui en font calculer l’importance et recourir aux moyens qui doivent les contenir ou les satisfaire.

8. Ainsi, l’homme est conduit par deux guides, le besoin et la raison ; l’un qui le sollicite et le pousse, l'autre qui l’éclaire et le retient.

t ^ Î'jS ProPosltions q'10 renferme ce résumé ne sont qu’un extrait nresaue muet des principales idées émises dans le cours de c oL pathologie momie. ' V reproduis ici dans un ordre méthodique, pour que le lecteur puisse saisir

plus facilement l’ensemble et le but de mon travail. 1 “ saisir

kkk RÉSUMÉ.

9. L’enfant et l’animal obéissent immédiatement à la stimulation du besoin ; l’iiomm ecomplet ne le satisfait qu’après avoir jugé s’il peut et s’il doit le satisfaire. Du reste, le plaisir et la joie , la douleur et la tristesse, viennent bientôt lui apprendre si la satisfaction est permise ou illicite, suffisante ou dépassée : la douleur l’avertit du mal physique, le remords, du mal moral; la douleur, en effet, est le cri plaintif des organes malades , comme le remords est le cri accusateur de la conscience blessée.

10. Tous les besoins de l’homme ont rapport à la conservation et au développement de son corps, de ses relations avec ses semblables et de son intelligence; partant, trois sortes de besoins: des besoins animaux, des besoins sociaux , des besoins intellectuels.

11. Les besoins animaux nous sont communs avec la brute; ils apparaissent les premiers, et prédominent pendant l’enfance de l’bomme comme pendant celle des peuples. Les besoins sociaux , plus particulièrement développés chez l’homme que chez les animaux , se monUent en second lieu. Viennent ensuite les besoins intellectuels ou supérieurs, qui sont l’apanage de l’homme, seule créature capable de connaître Dieu, de l’aimer et de le conquérir.

12. Tous nos besoins sont intrinsèquement bons , par cela même que Dieu nous les a donnés; mais, pour qu’ils restent tels, il faut qu’ils soient satisfaits d’une manière harmonique et dans la limite du devoir; sans quoi, ils dégénèrent en passions.

13. Les passions, toutes essentiellement mauvaises, ne sont autre chose que des besoins déréglés , non moins nuisibles à l’individu qu’à la société, et qui renversent i’hiérarchie divine établie entre l’àme et le corps.

14. Dans l’ordre providentiel, l’àme est faite pour commander , le corps pour obéir; par l’effet de la passion , lame détrônée n’est plus que l’esclave de son propre esclave.

15. Le besoin séparé du devoir conduit au mal; il y a donc nécessité pour l’homme de faire accorder ses besoins avec scs devoirs, lesquels sont, comme eux , animaux , sociaux et intellectuels.

IG. Nos devoirs, ainsi que nos besoins, ne sont pas toujours simples; ils se compliquent même très-fréquemment; souvent aussi il arrive qu’ils se trouvent en opposition : dans ce cas, l’on doit obéir au plus noble, en écoulant la voix delà conscience, juge inné du bien et du mal.

17. La limite qui sépare le besoin de la passion , le bien du mal , n’est qu’une simple ligne; cette ligne, c’est celle du devoir. Malheur à celui qui la franchit, car l’abîme vers lequel il marche est d’autant plus dangereux que sa pente est d’abord agréable et presque insensible.

18. L’hygiène, code physiologique; la législation, codesocial ; la religion, code spirituel, code divin : tels sont les trois guides qui apprendront à l'homme à régulariser ses triples besoins , copmc être animé, comme être

résumé. 445

sociable, comme être intelligent : celui-là seul est maître de lui-même, dont les besoins obéissent à la raison, et la raison à Dieu.

19. Sans doute, il y aura toujours des passions sur la terre , de même qu'il y aura toujours des maladies : il est donc de notre intérêt autant que de notre devoir de nous maintenir dans l’atmosphère physique et morale la plus propre à arrêter leur funeste contagion.

20. Que dirait-on d’un médecin qui soignerait avec zèle les serviteurs d’une maison, et qui, par indifférence, en laisserait mourir le maître? Tels sont ceux qui ne se préoccupent que des infirmités des organes, et n’accordent aucune attention aux maladies de l’âme.

21. La mort de lame est causée par les actes de nos passions , par le péché.

22. Mais lame est immortelle ! Aussi emploie-t-on seulement celte expression de mort pour signifier que , par l’effet de la passion , lame a perdu son empire , sa dignité , sa beauté : son empire sur l’individu , sa dignité aux yeux des hommes, sa beauté aux yeux de Dieu. Le vice , en effet, c’est la défaite de l ame et l'esclavage; la vertu, c’est sa victoire et la vraie liberté.

Classification des Passions.

23. Ainsi que les besoins et les devoirs , les passions peuvent être divisées en passions animales , en passions sociales , en passions intellectuelles. Les passions animales, bornées dans leurs désirs, et, comme les besoins dont elles émanent, sujettes à une sorte de périodicité, comprennent l 'ivrognerie , la gourmandise , la colère , la peur, la paresse et le libertinage. Parmi les passions sociales , dont les désirs sont presque toujours continus et insatiables , on peut ranger Y amour , l 'orgueil et la vanité , l 'ambition , y envie et la jalousie , l 'avarice , h passion du jeu. Parmi les passions intellectuelles viennent se classer les manies de Y étude, de la musique, dcY ordre. des collections , ainsi que les fanatismes artistique , politique et religieux.

On a prétendu admettre des passions permises et des passions défendues ; on a aussi qualifié certaines passions, grandes , nobles , généreuses : c’est une erreur. D abord , le mal ne peut jamais être permis ; puis , à proprement parler, il n y a pas de pelile passion : le désir de l’objet le plus insignifiant peut grandir et s exalter au point d altérer la santé et de troubler la raison , en même temps qu il dégradera 1 amc en la séparant du souverain bien.

Siège des Passions.

24. Où les passions ont-elles leur siège? L’observation, d’accord avec le raisonnement, conduit à admettre que les passions , qui résident dans tout 1 organisme , sont transmises du corps à l'àme et de l’amc au corps par

4V6 RÉSUMÉ

l’intermédiaire de nos deux systèmes nerveux, qu’elles ébranlent simultanément , avec celte différence que leur contre-coup va retentir de préférence tantôt sur le centre cérébro-spinal, tantôt sur lecentre nerveux gangliunaire.

Causes des Passions.

25. Pour prévenir les passions ou en arrêter l’effervescence , il faut , avant tout , connaître les causes qui les produisent et les circonstances qui en favorisent le développement. Ainsi, on doit étudier l’influence qu’exercent sur elles les différents âges, les sexes, les climats, la température et les saisons, la nourriture, l’hérédité et l’allaitement, les tempéraments ou constitutions, les maladies, la menstruation et la grossesse, la position sociale et les professions, l’éducation, l’habitude et l’exemple , le grand monde, la solitude et la vie champêtre , les spectacles et les romans , l’irréligion , les différentes formes de gouvernement, enfin l’imagination.

26. Parmi ces causes, les unes sont soumises à l’empire de la volonté, nous devons les détruire ; les autres ont une existence indépendante de notre volonté : nous devons nous appliquer à modifier leur action.

27. Ces causes, dont la connaissance est aussi utile au magistrat, au prêtre et au législateur qu’au médecin , ne sauraient, de quelque nature quelles soient, nous empêcher de flétrir le vice et d’admirer la vertu ; elles doivent seulement nous faire adopter pour base de nos jugements cette maxime toute chrétienne : Sévérité pour soi, indulgence pour autrui.

Marche, Pronostic et Terminaison des Passions.

28. L’observation découvre un parallélisme parfait entre les passions et les maladies; elles naissent, marchent et finissent de la même manière; leurs symptômes offrent également la plus grande analogie.

29. Quant au pronostic que l’on peut porter sur la terminaison plus ou moins funeste des passions, une expérience de tous les jours nous démontré que les maladies , la folie, une mort prématurée, l'opprobre , la misère, les crimes, le châtiment des hommes, précurseur ordinaire de la justice divine, sont la triste perspective des imprudents qui ne s’attachent pas de bonne heure à modérer la violence de leurs désiis.

30. Cet effrayant pronostic sur les individus livrés à la fougue de leurs passions , s’applique aussi aux nations corrompues. Dès que ces grandes familles ont brisé les liens qui faisaient leur force, alors que chaque individu , érigeant en loi scs propres doctrines , se fait une religion de l'égoïsme , de l’intempérance, du luxe et de la cupidité, on peut infailliblement annoncer leur dissolution prochaine ou leur retour à la barbarie; a moins que la Providence , toujours bonne , lors même qu elle châtie , n envoie quelque fléau destructeur qui les force à se retremper dans des sentiments purs cl gé-

néreux.

RÉSCJÏÉ.

Effets des Passions sur l’organisme, sur le corps social et sur les croyances

religieuses.

31. Plus les passions sont mises en jeu , plus elles abrègent l’existence des individus aussi bien que celle des peuples.

32. Les nerfs sont ordinairement d’autant plus développés que les affections morales ont été plus vives, plus fréquentes , et la pensée plus active. Aussi, toutes choses égales d’ailleurs, trouve-t-on le grand sympathique beaucoup plus fort chez la femme que chez l’homme, tandis que l’arbre cérébro-spinal prédomine chez celui-ci.

33. L’ébranlement imprimé à tout le système nerveux par les diverses passions va-t-il indifféremment retentir sur telle ou telle partie du corps, ou bien fait-il ressentir son contre-coup à un organe plutôt qu’à un autre ? Les faits pathologiques conduisent à admettre les trois lois suivantes :

1° Quand il y a dans l’économie un organe malade, c’est toujours sur lui que la passion va retentir.

2° Existe-t-il harmonie complète entre toutes les fonctions, les passions gaies ébranlent de préférence les organes thoraciques ; les passions tristes, les viscères abdominaux; et les passions mixtes , ces derniers d’abord , les premiers ensuite.

3° Enfin, chez les individus dont la constitution est fortement dessinée , les effets morbides varient selon les diverses prédominances, qui, du reste, sont une véritable disposition à des maladies en quelque sorte déterminées.

34. L étude , féconde en résultats, et jusqu’ici beaucoup trop négligée , de l’influence des passions sur les maladies et des maladies sur les passions , peut facilement conduire à la solution des deux problèmes suivants :

1° « Un individu bien portant et d’une constitution connue étant donné, s’il s’abandonne à telle ou telle passion , quel genre de maladie éprouverat-il , quels seront les organes principalement affectés ? »

2° «Un individu d’un caractère connu étant donné, indiquer, d’après les altérations survenues dans sa santé , quelle est la passion qui le domine actuellement. »

3o. C’est encore une loi de l’économie que tout organe souffrant s’efforce de diminuer 1 irritation ou la congestion qu’il éprouve, en la renvoyant vers les parties avec lesquelles il sympathise davantage. Dans les passions portées au plus haut degré, la réaction des viscères thoraciques et abdominaux a surtout lieu vers 1 encéphale , qui , à son tour , ébranlé par ce reflux morbide , trouble sensiblement la raison , et la rend le jouet des hallucinations les plus bizarres.

36. Un phénomène de réaction , digne de fixer l’attention des médecins, c est 1 excrétion critique, qui a lieu surtout dans les passions provenant des besoins animaux.

RÉSUMÉ

37. Les humeurs excrétées pendant la crise de certaines passions peuvent acquérir tout à coup des qualités anormales et mêmes délétères.

38. Les maladies produites par les passions sont à elles seules incomparablement plus fréquentes que celles qui proviennent de tous les autres modificateurs de l’organisme.

39. Les trois quarts des morts subites sont occasionnées par l’ivrognerie, la gourmandise, le libertinage et la colère.

40. La majeure partie des individus admis dans les établissements d'aliénés y sont conduits par de violentes passions, ou à la suite de chagrins trop vivement sentis.

4 1 . Le suicide , ce fléau qu’on voit régner d’une manière épidémique aux époques de corruption et de perturbation sociales, est d’ordinaire la conséquence de passions fougueuses ou de peines excessives.

42. L'affaiblissement des principes religieux est presque toujours la conséquence et l’indice de quelque honteuse passion.

43. Les passions se montrent encore plus délirantes et plus terribles chez les masses que chez les individus. C’est surtout alors qu'éminemment contagieuses, elles gagnent de proche en proche jusqu’aux simples spectateurs, et les entraînent souvent à des actes qu’ils déplorent dès qu’ils sont revenus de leur funeste aveuglement.

44. Les tableaux statistiques de la justice criminelle montrent à la fois l’action perturbatrice des passions sur la société , l’inefficacité des lois en vigueur, et la nécessité d’une éducation chrétienne et complète, appliquée au développement harmonique de l’homme physique, de l'homme moral , de l’homme intellectuel.

Traitement médical, législatif et religieux des Passions.

Traitement medical. — 45. Le traitement médical des passions, est, comme celui des maladies, préservatif ou curatif. Dans les deux cas, il exige l’emploi simultané des moyens physiques et moraux le mieux appropriés à l'excès que l’on veut prévenir ou faire cesser.

46. Beaucoup de maladies réputées incurables arrivent à parfaite guérison quand on s’attache à détruire la cause morale qui les entretient.

47. Ce n’est pas lorsque les passions se sont fortifiées par une longue habitude qu’il faut songer à les attaquer ; c’est aussitôt qu’elles apparaissent : alors on les maîtrise avec facilité; plus tard le succès est douteux, quelquefois même impossible.

48. Le traitement médical des passions consiste principalement :

1» A bien étudier la prédominance organique et sou influence sur le besoin surexcité.

2° A neutraliser cette influence par tous les modificateurs hygiéniques.

RÉSUMÉ

o° A éloigner les causes occasionnelles de la passion.

4° A imprimer aux idées une nouvelle direction, afin de répartir d’une manière égale la suractivité du besoin dominant.

5°A rompre la périodicité de l’habitude, périodicité que l’on remarque dans certaines passions, notamment danscellesqui dépendent des besoins animaux,

6“ Enfin , à s’efforcer de ramener à l’état normal les organes foyers de la passion , ou bien sur lesquels la passion a retenti , et qui , à leur tour , réagiraient sur elle pour en augmenter l’intensité. Dans le plus grand nombre des cas , on atteindra ce but à l’aide des agents thérapeutiques ordinaires , pourvu qu’on les emploie de concert avec les moyens moraux les plus propres à agir sur l’esprit du malade , afin de lui rendre le calme , sans lequel il n’y a ni santé ni vertu.

49. Le calme n’est pas l’immobilité complète, le repos absolu, l’inaction ; mais un balancement doux et harmonique qui contribue au bonheur de 1 individu ainsi qu'à celui de la société : pour le corps, c’est la santé ; pour lame, c’est la vertu; pour ce qu’on appelle esprit, c’est la raison. Au-dessus et au-dessous du calme commencent la maladie, la passion et la folie.

50. Les passions peuvent être considérées comme le prélude de la folie : outre qu’elles présentent les mêmes symptômes, elles ont avec elle une analogie bien remarquable, c’est que, en général , si elles viennent à produire un dérangement complet de la raison, ce dérangement conserve tellement le cachet de son origine, qu’il semble n’être qu’une suite d’accès de la passion primitive.

51. Les passions sur-aiguës, c’est-à-dire qui éclatent tout-à-coup et avec violence, sont on ne peut plus voisines de la folie. Chez celles dont la marche est chronique , l’imputabilité existe principalement pendant leurs deux premières périodes. Dans la troisième , en effet, la liberté morale , le libre arbitre n est plus dans toute sa plénitude, parce qu’alors , par un funeste effet de 1 habitude, la conscience est ordinairement muette, et le jugement plus ou moins faussé.

52. Les passions surgissent d’autant plus tyranniques , que les déterminations de la volonté sont moins calmes et moins puissantes ; on ne saurait donc trop s attacher à ne plus autant développer l’imagination au préjudice du jugement , faculté si précieuse et de nos jours malheureusement si rare : puisque 1 imagination est la folle du logis , le jugement devrait toujours en être le mentor.

o'o. Les passions doivent-elles être employées comme moyens thérapeutiques ? en d autres termes, est-il permis de développer une passion pour guérir une maladie ou une autre passion préexistante? Nul doute que certains sentiments , qui agissent à la manière des passions , ne puissent être mis en jeu pour la guérison de lame ou du corps ; mais les passions proprement dites ne doivent être employées à cet usage que dans des cas excep-

450 KÉSUS1É.

tionnels , et que d’accord avec les principes sévères de la morale chrétienne.

Traitement législatif. — 54. L’homme, ce composé de passions, est destiné à vivre en société; mais la société elle-même développe de nouvelles passions que l'homme isolé ne connaîtrait pas, et qui tendent à troubler la tranquillité générale : de là , la nécessité de lois répressives.

55. Le traitement législatif des passions offre bien quelques mesures de police propres à les réprimer; mais il consiste surtout à punir les excès qu’elles enfantent, dès le moment que ces excès deviennent nuisibles à la société.

56. L’amende , la confiscation , la réparation d’honneur , la dégradation civique , la surveillance de la haute police , la privation des droits civils , civiques et de famille, l’emprisonnement, la réclusion , les travaux forcés, l’exposition , le bannissement, la déportation , enfin , la condamnation à mort : telles sont les peines que prononce la législation française contre les infractions, les délits et les crimes qui troublent l’ordre social.

57. En ajoutant à ces peines la torture, que Louis X\ 1 a supprimée en France, le fouet, la bastonnade, la mutilation, la potence, les fers, l’exil , toujours en vigueur chez quelques peuples de l’Europe; puis l’esclavage, la cangue , la roue , la claie , la castration , la marque sur le front , 1 empalement , la suspension par les aisselles , le chevalet , le supplice du feu , celui de la faim , celui de la croix , l’enterrement et la dissection du vivant, encore en usage chez quelques nations dites civilisées, on aura réuni les principaux moyens employés par les législateurs pour arrêter les désordres sociaux que les passions entraînent à leur suite.

Traitement religieux. — 58. Nous venons de voir la législation et la médecine s’efforcer de prévenir les passions, ou d en réparer les tristes effets , l'une en sévissant contre les délits qui troublent 1 ordre social , 1 autre en donnant des conseils hygiéniques pour maintenir les besoins de 1 homme dans de justes limites, et en s’appliquant a guérir les maladies, suites inévitables de tous les vices : la religion fait plus encore.

59. Dans sa continuelle vigilance, elle embrasse toute 1 humanité , celte grande famille qui a Dieu pour père, cl la terre pour exil. A ses yeux , les hommes étant tous frères, elle leur témoigne la même tendresse, leur donne les mêmes lois, leur promet les mêmes biens. Mais comme , dans un monde qui passe , le juste ne saurait trouver de récompenses proportionnées à ses sacrifices, c’est dans le sein de Dieu qu’il goûtera un bonheur dont ses passions vaincues ne viendront plus troubler 1 éternelle extase.

GO. Le christianisme ne se contente pas de nous voir observer ses préceptes par la crainte seule des peines de l’autre vie ; il exige que le mobile de toutes nos actions soit l’amour de Dieu, et du prochain en Dieu : loi d’amour, dont l’accomplissement ennoblit le cœur, éclaire 1 intelligence , et rend l'homme véritablement libre, en régularisant tous scs besoins.

KÈSÜMÉ. 4SI

Gl. Outre les sacrements, qui purifient l’âme, en même temps qu'ils diminuent les souffrances du corps, la religion prescrit l’usage journalier de la prière comme un rempart puissant contre les attaques continuelles des passions. Il n’est pas, en effet, de moyen plus propre à dissiper ces dangereux ennemis denotrerepos , que cette fréquentecommunication de l’homme avec son Créateur.

62. Aux sacrements et à la prière, la religion joint encore le jeune et l’abstinence, moyens hygiéniques propres à amortir la violence des passions; et , dans sa profonde sagesse , elle les prescrit plus longs et plus sévères ; précisément à l’époque de l’année où toute la nature est sur le point d’entrer en fermentation. La rigueur de la saison; la misère; une constitution affaiblie par l'âge, la maladie, ou le travail, s’opposent-elles à ce que l’on suive le précepte, elle en dispense facilement ; mais elle veut que chacun y supplée par une aumône proportionnée à sa fortune. C’est ainsi qu’en combattant deux vices , malheureusement si communs, l'intempérance et l’avarice , elle affaiblit les transports de l’amour et l’impétuosité de la colère, en meme temps qu’elle verse le superflu du riche entre les mains du pauvre : admirable institution, qui fait expirer sur les lèvres de l’indigent le blasphème contre la Providence, et change en bénédictions les fureurs que lui eût inspirées l’envie I les institutions humaines ont-elles jamais fait preuve d’autant de sollicitude , de prudence et de charité ?

63. Les trois modes de traitement que nous venons d'apprécier n’échouent (jue trop souvent quand on les emploie isolés , tandis qu’on a fréquemment observé 1 effet salutaire de leur concours. Pourquoi donc ne pas toujours combattre les passions avec un ensemble de moyens qui ont entre eux les plus grands rapports, et qui tendent au même but? La médecine, la législation et la religion s’occupent , en effet, de l’homme , depuis son berceau jusqu’à sa tombe, et toutes trois n’ont en vue que son bonheur; seulement, I une veut plutôt en faire un individu robuste ; l’autre, un citoyen paisible ; la dernière, un homme éminemment vertueux. Toutes trois font encore observer leur code par les mêmes motifs , l'intérêt et la crainte ; pour ceux qui le respectent , la santé, l’estime publique, la paix d’une bonne conscience , avant-goûts des joies célestes; pour ceux qui le violent, la maladie, les punitions des hommes, les châtiments de Dieu ; toutes trois, enfin, ont chacune leur ministre ; le médecin , qui soulage, le magistral, qui punit , le prêtre , qui pardonne.

De la Récidive dans la Maladie, dans le Crime et dans la Passion.

64. Malgré 1 augmentation de la peine prononcée contre les récidivistes, les chiffre annuel des récidives en matière criminelle et en matière correctionnelle a plus que doublé depuis dix ans.

45‘2 hÉsuMÉ.

(io. Quelles sonl les causes qui perlent lanl d’individus, déjà frappés par la justice , à rentrer dans la carrière du crime ? Les principales sont :

1° L abus des circonstances atténuantes, ainsi que l'inexacte constatation des récidives, qui, ne permettant pas de proportionner la peine au déiit, énerve la répression , et encourage au crime.

2" Les vices de notre système pénitentiaire, qui rejette dans la société des condamnés pour la plupart nullement corrigés, et même plus pervertis qu’avant leur châtiment.

3° Le manque de patronage et de surveillance de tous les libérés de justice, auxquels le séjour de la capitale devrait être interdit , au moins pendant quelques années d’épreuves, à cause du grand nombre de malfaiteurs quelle renferme, et des anciens camarades de détention qu’ils peuvent y retrouver.

4° Le manque d'ateliers spéciaux , où ils trouveraient constamment de l’ouvrage , et d'une colonie dans laquelle ils pourraient devenir propriétaires.

5° La privation de l’espoir d’une franche et entière réhabilitation , espoir qui suffirait pour ramener beaucoup de libérés dans la voie du bien.

6° Enfin l’irréljgion profonde des récidivistes , et trop souvent l’immoralité de ceux-là mêmes qui , par leurs bons exemples , devraient améliorer les masses, et ramener les condamnés à la vertu.

66. Enumérer les causes qui favorisent le plus les récidives , c’est en faire connaître le principal remède, lequel consisterait à les éloigner toutes. Il faudrait ensuite, dans un bon système pénitentiaire, chercher à guérir le condamné de la passion dominante qui lui a fait commettre un nouveau crime ou un nouveau délit. La plupart des voleurs , en effet, ne volent pas pour le plaisir de voler, ni les assassins, pour le plaisir de tuer : la paresse , l’ivrognerie, le libertinage , la colère, la cupidité , les poussent seuls au vol ou au meurtre : ce sont donc ces vices qu’il faut déraciner, si l’on veut que ces malheureux ne continuent pas à retomber dans les mêmes crimes.

67. En punissant les coupables, le législateur n’a pas eu seulement en vue d’intimider les citoyens vicieux : il a dû compter aussi sur la réforme morale des individus atteints par la loi. C’est ce à quoi l'on pourrait parvenir si les gouvernements voulaient reconnaître l’existence d’une corporation religieuse spécialcmeut chargée du soin des prisonniers. Combien d’entre eux , en effet, reviendraient à la vertu , si la loi qui les frappe les environnait en même temps d’hommes honorables , occupés de leur faire reconquérir leur dignité morale, en leur inspirant l’amour du travail, et en gravant dans leur esprit des idées d’ordre et de religion, sans lesquelles la société ne saurait subsister !

68. Quelque pervers que soit le criminel, il est bien rare qu’on ne puisse faire vibrer dans son cœur une fibre capable de le ramener au bien.

69. Ce qui favorise les rechutes dans la passion , c’est le besoin irnino-

RÉSUMÉ

tiéré d’émotions ou d’excitation, besoin qui devient d’autant plus impérieux, que la passion a été plus souvent satisfaite; car la fréquente réitération des mêmes actes ne tarde pas à produire l’habitude, qui n’est autre chose que le dernier degré de la tyrannie du besoin , puisqu’alors la passion se satisfait sans combat, presque sans remords , et , pour ainsi dire , machinalement. Celte loi physiologique et morale, dont la connaissance est si importante, ne prouve-t-elle pas que, dans leur premier degré , les passions demandent ; qu’au second, elles exigent ; qu’au troisième , elles contraignent.

70. Ce qui doit surtout nous engager à sortir de notre esclavage , c’est la fatale corrélation qui existe entre la passion , la maladie , et le crime. Et, en effet, la récidive dans la passion amène très-souvent la récidive dans la maladie, et presque toujours la récidive dans le crime.

71. Voulons-nous sérieusement notre bonheur et celui de nos semblables, appliquons-nous à connaître la passion qui nous est habituelle ; car c’est elle qui dirige presque toutes nos actions, et qui, par cela même, constitue notre caractère. Les autres passions ne sont guère qu’accessoires : la passion dominante, c’est notre propre fonds, c’est nous. Cette connaissance une fois acquise, travaillons tous les jours à briser quelques anneaux de la chaîne qui nous retient esclaves. Si , en tombant , l’homme fait preuve de faiblesse , en se relevant de sa chute , il fait preuve de vertu.

72. Aux yeux de la religion, la vertu est le triomphe de la volonté sur nos mauvaises inclinations ; c’est aussi la santé de l’âme, conservée par l’innocence, ou recouvrée par le repentir.

73. Quelque fréquentes qu’aient été nos rechutes, nous ne tarderons pas à nous réhabiliter, à reconquérir notre dignité d’homme, si nous suivons à la fois les conseils de l’hygiène , qui nous rendront plus forts ; ceux de la loi, qui nous rendront plus justes; ceux de la religion , qui nous rendront meilleurs , et en même temps plus heureux.

74. La vie est un chemin escarpé, que borde de chaque côté un précipice souvent caché par des fleurs : le médecin , le prêtre et le magistrat devraient toujours s’y rencontrer, pour tendre une main secourable aux imprudents qui s’approchent trop piès des bords.

NOTES

NOTES

Note A , page 36.

Influence des Climats et des Lieux sur la constitution physique et morale

des peuples.

« L’Asie, selon Hippocrate, diffère de l’Europe par la nature de toutes choses , et par celle des productions de la terre, etpar celle des hommes. Tout vient beaucoup plus beau et plus grand en Asie qu’en Europe : le climat y est plus tempéré , les mœurs des habitants y sont plus douces et plus faciles. La cause de ces avantages , c’est le tempérament exact des saisons, etc...

• Il en est de même pour le sol comme pour les hommes : où les saisons éprouvent des vicissitudes fréquentes et considérables , le sol est très-sauvage et très-inégal : on y trouve des montagnes la plupart boisées, des plaines, des prairies; où les saisons sont régulières, le sol est très-uniforme. Le même rapport s’observe chez les hommes pour qui veut y faire attention.il y a des naturels analogues à des pays montueux , couverts de bois et humides; d’autres à des terres sèches et légères; ceux-ci (ressemblent) à des sols marécageux et couverts de prairies ; ceux-là à des plaines nues et arides ; car les saisons , qui modifient la nature de la forme, diffèrent d’elles-mêmes, et plus elles en diffèrent, plus il y a de modification dans l’apparence extérieure. » (Des Eaux , des Airs et des Lieux. — Traduction du docteur C. Daremberg.)

« Ces quelques pages , dit le jeune et savant traducteur d’Hippocrate , placent le prince de la médecine au premier rang parmi les pliiosophes ; elles renferment , comme en un germe fécond, toutes les idées de l’antiquité et des temps modernes sur la philosophie de l’histoire ; elles ont été résumées en quelques lignes par Platon et par Aristote ; elles ont inspiré à Galien son admirable traité : Que le Caractère de l’homme est lié à sa constitution; et, dans des temps plus rapprochés de nous, elles ont fourni à Bodin, à Montesquieu et à Ilerder, le fond même de leurs systèmes politiques et historiques.

• Je rapporte ici les passages de Platon et d'Aristote : ils complètent , avec ce qu’Hippocrale a enseigné , les données de la philosophie antique sur ces hautes questions :

«Vous ne devez pas ignorer, dit Platon, pour ce qui regarde les lieux , qu’ils

• semblent différer les unsdes autres pour rendre les hommes meilleurs ou pires,

• et qu’il ne faut pas que les lois soient en opposition avec eux. (Parmi les

• hommes) les uns sont bizarres et emportés, à cause de la diversité des vents et

• de l’élévation de la température, les autres à cause des eaux, les autres , enfin,

• à cause de la nourriture que la terre leur fournit , et qui n’influe pas seulement

• sur le corps pour le rendre meilleur ou pire, mais qui n’a pas moins de puis-

• sance sur l’âme pour produire tous ces effets. » Ce texte n est pas le seul où

NOTES

Plalon ait tenu compte des influences extérieures sur le caractère des hommes. Galien en a rassemblé un certain nombre empruntés surtout au lïmée, et au second livre des Lois.

» Voici maintenant le passage d’Aristote ; il semble , plus évidemment encore «que celui de Platon, résumer la théorie hippocratique :

« Les peuples qui habitent les climats froids, les peuples d’Europe, sont en «général, pleins de courage; mais ils sont certainement inférieurs en intelli- «gence et en industrie; et s’ils conservent leur liberté, ils sont politiquement «indisciplinables , et n’ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au con «traire, les peuples ont plus d’intelligence, d’aptitude pour les arts, mais ils «manquent de cœur, et ils restent sous le joug d’un esclavage perpétuel. La race «grecque, qui topographiquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités «des deux autres... Dans le sein môme de la Grèce, les divers peuples pré- » sentent entre eux des dissemblances analogues à celles dont nous venons de «parler: ici , c’est une seule qualité qui prédomine , là elles s’harmonisent toutes «dans un heureux mélange. « (C. Daremberg , introduction du Truité des Taux, des Airs ci des Lieux.)

Note B , pages 51 et 88.

Sur V Extase.

Les médecins donnent le nom d 'extase à une affection du cerveau , dans laquelle l’exaltation de certaines idées absorbe à un tel point l’attention , que les sensations sont momentanément suspendues, les mouvements volontaires arrêtés, et l’action vitale même souvent ralentie. On la distingue de la catalepsie en ce que, dans cette maladie, il y a suspension complète des facultés intellectuelles avec aptitude du corps à conserver les positions qu’on lui fait prendre. Il est à remarquer que le délire et les hallucinations qui accompagnent quelquefois l’extase offrent pour l’ordinaire un caractère religieux , et s’observent chez des personnes d’une haute piété.

Les théologiens, de leur côté, considèrent quelquefois l’extase comme un état surnaturel dans lequel l’àme est si absorbée dans la contemplation des perfections divines , et si éprise de leur beauté , qu’elle ne sent et n’aperçoit plus ce qui se passe au dedans ni au dehors du corps.

Le savant Émery confond l’extase et le ravissement dans une même définition; mais M. Boucher dit que, dans ce dernier étal, l’opération divine est encore plus forte que dans le premier, puisqu’on y a vu quelquefois le corps s’élever de terre, et demeurer ainsi élevé pendant quelque temps. Puis il ajoute que « le Seigneur, par l’extase , donne une idée de la contemplation à laquelle l’âme sera elevee dans le ciel, et que, par le ravissement, il donne une idée de l’agilité dont les corps seront doués dans le séjour de la gloire. » Ceci posé, comment distinguer l’extase médicale de l’extase théologique, ou, si on l’aime mieux , à quels signes reconnaîtra-t-on qu’une extase est simplement une maladie ou bien une faveur céleste? Voici, d’après le grand travail de Benoît XIV sur la Canonisation des saints, les marques certaines auxquelles on pourra reconnaître le doigt de Dieu. « L’extase n’est pas un étal maladif, mais un état surnaturel et une faveur divine , lorsqu’une personne la craint et s’en défie; lorsqu’elle tâche de s y soustraire ou d’en diminuer la fréquence; lorsqu’elle se dérobe aux regards de peur qu’on ne la surprenne dans cctélat, ou qu’elle éprouve de la confusion si on 1 y surprend ; quand elle y entre au milieu d’une oraison, ou à la suite d’une communion faite avec ferveur ; quand elle s’y comporte scion les règles de la

NOTES

plus parfaite modestie, et que son extérieur n’offre qu’un spectacle édifiant; quand elle en sort avec la paix dans l’âme et la sérénité sur le front ; lorsque ensuite elle s’affermit dans l’humilité , la mortification et la fidélité à ses devoirs ; lorsqu’elle ne perd pas entièrement le souvenir de ce qui s’est passé en elle ; lorsque son corps acquiert de la vigueur après l’opération , quoiqu’il ait eu de la fatigue pendant l’opération môme; lorsque enfin cette personne soumet tout ce qu’elle a éprouvé aux lumières de ses guides spirituels , et qu’elle est disposée à le désavouer s’ils le jugent à propos. »

Tels sont les signes dont l’Eglise exige la réunion pour admettre qu’une extase est une faveur du ciel; lorsqu'ils ne se rencontrent pas tous, elle croit prudemment devoir s’abstenir de se prononcer.

Note C, page 63.

Longévité des Prêtres et des Religieux.

Du 1" janvier 1825 au 51 décembre 1842 , on a constaté le décès de 757 ecclésiastiques appartenant au diocèse de Paris, ou y résidant momentanément.

751 ecclésiastiques décédés pendant cette période de vingt années, dont on a pu connaître l’àge, ont vécu ensemble quarante-sept mille cinq cent quatrevingt-seize ans, ce qui porte la moyenne de leur vie à soixante -trois ans passés. Sur ces 751 individus, 106 ont vécu au-delà de soixante ans ; 271 au-delà de soixante et dix ans; 177 ont dépassé quatre-vingts ans ; enGn 17 ont vécu plus de quatre-vingt-dix ans. Dans quelle autre profession trouverait-on une pareille longévité !

— Sur 502 religieuses carmélites mortes à Paris , rue d’Enfer , en la maison mère , dont je suis le médecin , 09 ont vécu au-delà de soixante ans ; 59 au-delà de soixante et dix ; 25 au-delà de quatre-vingts. Ainsi, malgré les austérités de cet ordre , la moyenne de la vie en communauté de ces 502 religieuses a été de trente-deux ans huit mois , et celle de leur vie entière de cinquante-sept ans quatre mois.

Les trappistes et les chartreux prolongent aussi fort loin leur carrière : à

l’abri des passions qui auraient pu les agiter dans le monde , la plupart de ces religieux ne meurent pas, à proprement parler, de maladie; ils s éteignent paisiblement : leur fin a pour eux la douceur de la retraite.

Note D, page 64.

Sur les Médecins.

On a remarqué , ai-je dit précédemment , que si la profession de médecin comptait dans ses rangs beaucoup d’incrédules et même de matérialistes, elle avait aussi donné à l’Eglise un grand nombre de saints , et à la société une foule d’hommes non moins remarquables par leur piété que par leur savoir. J’ai cité , pag. 64, quelques-uns de ces grands talents qui ont honoré notre carrière ; voici maintenant un extrait curieux du Catalogue des médecins qui ont mérité , par leurs vertus , d’ôtre mis au nombre des saints : cette liste est tirée de leur Histoire , publiée en 1645 par G. Duval, professeur et doyen de la Faculté de médecine de Paris : .

Saint Luc, d’Antioche en Syrie, médecin de profession, excellent peintre, disciple des apôtres, et l’un des quatre évangélistes; saints Côme et Damien , marlvrs ; saint Panlaléon , de Nicomède, martyr; saint Antiocbus , de Sebaste

NOTES

martyr; saint Samson , prêtre , médecin des pauvres; saint Olriculanus, martyr; saint Ursicin , de Ligurie , martyr ; saint Alexandre , martyr ; saint Cyrus , d’Alexandrie , médecin chez les Egyptiens, et martyr ; saint Césaire , médecin et sénateur de Byzance , frère de saint Grégoire du Nazianze ; saint Denis , diacre ; saint Codratus , de Corinthe , martyr ; saint Papilius , diacre et martyr ; saint J u vénal, évêque; saint Jean Damascène , médecin et grand docteur de l’Eglise; saint Diomède de Tarse., médecin en Cilicie ; saint Léonlius et saint Carpophorus, médecins arabes , et martyrs ; saint Genuadius , médecin grec ; saint Eusôbe , médecin grec, devenu souverain pontife , prédicateur des hérétiques, et martyr ; saint Zenobius , d’Egée , d’abord médecin , puis évêque , martyr ; saint Oreste ' martyr intrépide de la Cappadoce; saint Emilien , médecin et martyr en Afrique ; saint Anliochus, chevalier romain et savant médecin, martyr. Je terminerai ici cette longue énumération , que je pourrais étendre , en y joignant les bienheureux médecins japonais, tel que le vieillard Paul-Louis Almeida, et autres non encore canonisés.

Note E , page 66.

Sur les Maladies propres à certaines classes d’ouvriers.

Les ouvriers sont particulièrement exposés à des maladies provenant des matières qu’ils travaillent , du milieu dans lequel ils vivent , des efforts souvent excessifs qu’ils font, enfin de la position vicieuse ou trop prolongée qu’ils sont obligés de prendre.

Ainsi, les doreurs sur métaux par l’ancien procédé (à l’aide du mercure) sont

pour la plupart affectés de tremblements nerveux accompagnés d’une certaine morosité.

Les lapidaires , les fondeurs en caractères , les peintres en bâtiment les ouvriers surtout qui préparent le blanc de céruse , sont atteints journellement de coliques saturnines.

Les meuniers , les charbonniers, les carriers, les maçons , les ouvriers employés dans les manufactures de laine ou de coton , sont , plus que d’autres sujets à la phthisie pulmonaire.

La pustule maligne attaque principalement les individus qui soignent le bétail manient les peaux , lavent les laines ou les travaillent encore fraîches tels eue les bergers, les laboureurs , les maréchaux, les tanneurs, les bouchers, les

Il est rare de rencontrer des blanchisseuses et des ouvriers imprimeurs d’un âge avance sans que leurs jambes soient labourées d’ulcères variqueux , ou tout au moins couturées de varices. 1

Les cordonniers , qui appuient constamment la forme contre la région de l’estomac, éprouvent pour la plupart des gastralgies, que nous voyons souvent dégénérer en gastrites chroniques. b

Je ne connais pas un seul vieux jardinier qui , dans le cours de sa vie , n’a lumbagm ““ rhUmatlSme plus ou moins aië“ , et plus particulièrement du

Quant aux vidangeurs , que l’on croirait exposés à des émanations délétères

ils ont en général une bonne santé , et ne sont guère sujets qu’à la maladie d’yeux connue sous le nom de mille. 1 maiaaie

Consultez , du reste , les nombreux et utiles travaux de M. le docteur Villermé de 1 Academie des sciences morales et politiques.

NOTES

Note F , page 70.

Sur la Criminalité dans scs rapports avec l’instruction.

11 résuite des recherches consciencieuses faites sur cette matière par MM. Guerry , Dangeville, Morogue et Michel, que l’ignorance n’est pas une source de criminalité aussi grande qu’on le croit généralement. La logique des chiffres officiels a môme conduit ce dernier statisticien à admettre :

« 1° Qu’à mesure que l’instruction s’est propagée d’année en année, le nombre des crimes et des délits s’est accru dans une proportion analogue.

»2° Que , dans le nombre de ces délits ou de ces crimes , la classe des accusés sachant lire et écrire entre pour un cinquième de plus que la classe des accusés complètement illettrés , et que la classe des accusés ayant reçu une haute instruction y entre pour deux tiers de plus , toute proportion gardée entre les

chiffres respectifs de la population de chacune de ces classes.

»En d’autres termes , quand

25,000 individus de la classe totalement illettrée fournissent. . . 5 accusés.

25,000 individus de la classe sachant lire et écrire en donnent plus

de 6

25,000 individus de la classe ayant reçu une instruction supérieure

en donnent plus de 15

»5° Que le degré de perversité dans le crime , et les chances d’échapper aux poursuites de la justice et à la vindicte des lois sont en proportion directe avec le degré d’instruction.

»4° Que les départements où l’instruction est le plus répandue sont ceux qui présentent le plus de crimes , c’est-à-dire que la moralité s’y trouve en degré inverse de l’instruction.

»5° Que les récidives sont plus fréquentes parmi les accusés ayant reçu l’instruction que parmi ceux qui ne savent ni lire ni écrire. »

«Il est, ajoute M. Michel, une réflexion que nos lecteurs auront déjà faite avant nous : c’est qu’il est une foule de délits , secrets ou patents , qui violent la probité et la morale , et qui échappent toutefois à la vindicte des tribunaux. A chaque instant , la loi reste impuissante et muette en présence d’actions que l’opinion publique réprouve ; et devant cette opinion môme , combien d’actes , auxquels se prèle ou s’accommode l’honneur du monde , qui seraient justement flétris au tribunal de la conscience et de la justice rigoureuse ! Si le scandale de fortunes frauduleusement acquises ; le scandale d’ambitions satisfaites au prix de serments trahis , de principes reniés , de pactes honteux ; le scandale de passions assouvies aux dépens de l’honneur et du repos de malheureuses victimes séduites , et sacrifiées ensuite avec une cynique impudence ; si ces scandales s’étalent au grand jour et font murmurer contre la patience de la justice divine , est-ce la classe pauvre et ignorante qui les donne ? Est-ce elle qui trouve dans les avantages de sa position , dans l’ascendant même d’une instruction plus développée, l’habileté nécessaire pour éluder la loi , ou la puissance pour s’y soustraire ? De telle sorte que si l’opinion impie , que 1 instruction pervertit les hommes , était admise , un sentiment de justice cl de générosité porterait encore à désirer que celte inslruclion s’étendit et se propageât , non plus, il est vrai , pour améliorer le peuple , mais afin que , dans celle mêlée générale de tous les intérêts et de toutes les passions égoïstes, la lutte du moins devînt loyale, et que tous les combattants pussent s’y assaillir et s’y défendre à armes égales. »

NOTES

Note G , page 83.

Sur l’Ecrilure.

L’inspection de l’écriture peut-elle donner une connaissance exacte du caractère des individus? Je ne le pense pas : elle pourra peut-être arriver à faire découvrir quelques traits généraux de la constitution morale, mais elle ne saurait jamais rendre les nuances variables et multipliées du caractère. J’avouerai, toutefois , qu’ayant eu occasion de mettre sous les yeux de 31. l’abbé Flandrin plusieurs autographes d’individus appartenant à diverses classes de la société , six fois sur six, j’ai été surpris de la fidélité des portraits qu’il traçait après quelques minutes d’observation. Voulant tenter une dernière épreuve, je lui présentai quelques lignes en le priant de me dire ce qu’il pensait du caractère de la personnequi les avait tracées. Voici la réponse qu’il me douna sur-le-champ : «J’hésite à me prononcer sur le sexe. Si c’est un homme , il a l’exquise sensibilité de ia femme; si c’est une femme, elle a l’énergie et la fermeté d’un homme. » Puis, examinant avec plus d’attention , il ajouta : « Je suis maintenant certain que c’est un homme qui a écrit ces lignes. C’est un homme d’une noble et belle imagination, mais d’un cœur plus généreux et plus noble encore. La sensibilité est dominante chez lui, et l’exaltation de son dévouement irait jusqu’au sacrifice de la vie, si l’occasion s’en présentait. Cette belle âme ne sait pas haïr, elle est trop noble et trop fiôre pour se venger. Aux ingratitudes , aux injustices de la 'ie , elle n’a répondu que par le pardon et l’amour. Cet homme a dû être le plus tendre des fils, le plus dévoué des amis , le plus généreux des citoyens. Il eût fait un vaillant capitaine ; plus brave , toutefois, que prudent. Si les circonstances dans lesquelles il a été placé lui ont permis de développer ses facultés intellectuelles , il doit être un grand poète; le poète de l’amour, des nobles affections , et de la grandeur d’âme. Il n’est pas possible qu’il ne soit pas chrétien s’il a pu connnaitre le christianisme. Son défaut dominant c’est l’absence de l’esprit d’ordre et de calcul. Il eût fait un triste négociant , il n’était pas né pour les affaires ; or, cette disposition , quand elle est portée à l’excès , peu constituer un véritable défaut. C’est le seul qu’une observation attentive puisse me permettre de signaler dans ce beau caractère , qui peut bien avoir eu les faiblesses de ses vertus, mais qui ne peut avoir été l’esclave d’aucun vice. » Or , celui que 31. Flandrin venait déjuger ainsi sur son écriture, c’était le vertueux auteur de

Françoise de Rimini , de Mes prisons, et des Devoirs des hommes, c’était Silvio Pellico.

Note H , page 84.

Sur la Théorie des Ressemblances.

Selon Porta , les analogies de formes entre l’homme et les animaux annoncent des penchants semblables. 31. Machado a borné ses observations aux animaux , et il prétend que chez tous ceux qui offrent des ressemblances des formes , de robes et de couleurs , on peut compter sur des conformités de caractère.

\oici les principaux rapprochements que présente ce naturaliste dans sa Théorie des ressemblances, rapprochements qui sont souvent rendus on ne peut plus sensibles par les planches coloriées qui ornent son ouvrage.

^60 NOTES

Le cheval de chasse et le lévrier ont tous deux les mêmes formes, et tous deux excellent à la course.

Le cheval et le bœuf de trait offrent aussi une grande analogie de formes; ils sont également lents , également vigoureux , également impropres â la course.

Le phoque a beaucoup de ressemblance avec le chien basset à jambes torses , et , comme lui, il aboie, comme lui, il reste attaché après l’accouplement. D’un autre côté , il a l’intelligence du chien , et montre le même attachement pour son maître.

La tête du lion a la physionomie du chat d’Angora et celle du chien-lion ; aussi ce redoutable quadrupède s’apprivoise comme le chien, et si on lui jette un lapin vivant pour pâture , il commence par jouer avec cet animal comme le chat joue avec la souris , puis il finit par le tuer d’un coup de griffe , et le dévore.

L’hyène , que l’on a dépeinte à tort comme le plus féroce des animaux, a dans la tète des points de ressemblance avec le chien-loup; c’est pour cela qu’elle aime mieux son maître que le lion , qui tient plus du chat.

Le saïmiri ou sapajou orangé a les yeux de la chouette-hulotte, et, comme elle, il fuit la lumière; il a le museau du chieu carlin, et il aboie comme le chien.

Le roitelet a le regard perçant de la souris; sa robe offre les mêmes couleurs que celle de ce petit rongeur ; eh bien ! le roitelet grimpe le loDg des rideaux , le long des murs , et il se cache dans les trous comme les souris ; il se blottit aussi de préférence au milieu des feuilles mortes, surtout parmi celles du chêne , qui ont la couleur de sa robe.

Chez la chouette-hulotte et le phalène Agrippine du Brésil, il y a identité de robe et de couleurs, partant, similitude de mœurs. Ainsi que tous les animaux qui sont habillés de couleurs sombres, ils ont de l’aversiou pour la lumière ; comme le chat, ils se reposent pendant le jour, et attendent la nuit pour commencer leurs chasses; tous deux se nourrissent d’insectes , tous deux emploient les mêmes ruses pour les saisir.

Le moqueur roux de l’Amérique septentrionale , le premier chanteur de l’univers , a sa robe composée de celles du rossignol et de la pie : il a en effet le gosier harmonieux du chantre de nos forêts, et il est moqueur à cause de la couleur blanche qui lui est commune avec la pic.

Le troupiale , charmant oiseau de la Louisiane, a sa robe noire , orangée et blanche : il est docile comme le sansonnet , auquel il ressemble pour la forme de la tête ; il chante comme le merle, est voleur comme la pie.

Le torcal , la vipère, le phalène Agrippine du Brésil , la bécasse et le roitelet , ont tous la même robe , et on peut dire de tous qu’tï n’y a pas d’harmonie dans leurs familles.

Evitez l’odeur de la fritillairc à damier , ainsi que le venin de l’Angaha de Madagascar : la plante et le reptile ont les mêmes couleurs.

Enfin, les pattes de la tortue ayant de l’analogie avec celles de l’éléphant, il résulte chez ces deux animaux une marche semblable. D’un autre côté , si la forme massive de la tortue s’éloigne de celle d’un grimpeur, elle a la tête du lézard; c’est pourquoi il faut de toute nécessité qu’elle grimpe , malgré la fréquence de ses chutes.

Ces diverses analogies ont paru suffisantes à M. Machado pour se croire fondé à émettre les opinions suivantes, qui résument toute sa théorie, quelque peu paradoxale : « 1° Il ne faut pas toujours s’attacher aux classements des familles établis par le scalpel. 2» Quelque sorte d’animal que ce soit qui porte la ressem-

NOTES

blance d’un autre animal, il lui est semblable ou en approche en mœurs et naturel. 3° Les éléments viables de la matière passent successivement d’un animal à un autre; ainsi, la métempsycose , si décriée de nos jours, est l'une des plus grandes lois de la nature.

Note I, page 106.

Sur l' Affaiblissement des complexions.

À l’appui de ce que j’ai avancé sur 1 affaiblissement des complexions, j’ajouterai un fait qui m’a été certifié par des personnes compétentes et dignes de foi. En 1839 , le ministre de la guerre ayant eu besoin de 900 hommes robustes, de la taille de 1 m. 703 mil., des ordres furent donnés aux chefs de corps d’envoyer les noms des soldats qui remplissaient les conditions demandées; mais le défaut de taille et la faiblesse de complexion ne permirent pas de remplir les vœux du ministre.

Voici maintenant le relevé officiel des jeunes gens qui ont été appelés de 1816 à 1840 pour contribuer à la formation de l’armée française, ainsi -que celui des individus exemptés.

Années. Classes. Exemptés.

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