‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 119 sur 128 · SI · texte numérisé non relu

SI

En 25 années 7,321,609 1,416,527

Sur ce dernier nombre , 15,8G5 ont été exemptés pour défaut de taille, et o-4,066 pour infirmités diverses, parmi lesquelles on compte 18,595 complexions

Il résulte de ce document statistique que, dans l’espace de 25 années, sur

NOTES

7,521,609 jeunes gens appelés à se ranger sous nos drapeaux, 1,416,527 , c’cslh-dire près d’un cinquième, ont été déclarés impropres au service. En comparant les deux termes extrêmes , 1816 et 1840, on voit que le chiffre des exemptés a plus que doublé pendant l’intervalle, quoique la taille exigée autrefois (4 pieds

10 pouces, ou 1 mètre 57 centimètres) ait été, en 1852, réduite à I mètre 56 centimètres, réduction qui a eu pour résultat de diminuer de près d’un quart le nombre des exemptés pour défaut de taille. Du reste , pour expliquer cette détérioration croissante dans la constitution physique de notre population virile,

11 est juste de tenir compte des guerres de l’empire , qui ont amené une foule de mariages précoces dont les produits ont dû être inférieurs en stature et en force. (Voir le Traité de Statistique de P. -II. Dufau ; Paris, 1840 , in-8°.

Note J , page 126.

Criminalité comparée de la France, de V Angleterre et de quelques autres Etats européens.

« En comparant les rapports des crimes à la population moyenne dans le Royaume-Uni et en France, pendant les mêmes années à une époque récente, on est conduit , dit M. Moreau de Jonnês , aux différences suivantes :

«Le meurtre est au moins quatre fois plus fréquent dans les lies Britanniques qu’en France, même lorsque ce dernier pays est en état de révolution ;

» L’assassinat est au moins moitié plus fréquent;

«Le viol est six à sept fois aussi multiplié;

» L’incendie est un peu plus rare;

»Les vols constatés devant les cours d’assises et la police correctionnelle sont quatre fois aussi communs, quand on considère leur nombre d’une manière absolue; et ils sont au moins quintuples, comparés à la population des deux pays.

«Le tableau suivant indique le nombre absolu et proportionnel des accusations de crimes et délits dans les principaux Etats de l’Europe. «

F.tats.

Années.

Nombre moyen d’accusations.

Proportion à la population.

Berne (Suisse)

sur

Pays-Bas

sur

sur

France

sur

Fribourg (Suisse). . • .

sur

Canton de Vaud. . . .

sur

Suède

sur

Norxvége

sur

Bavière

sur

Danemarck

sur

Ecosse -

sur

Bade.

sur

Angleterre

sur

Prov. Rhénanes (Prusse).

sur

sur

Irlande

sur

Prusse

sur

Wurtemberg

sur

NOTES. 463

Je ferai suivre ce travail de quelques réflexions publiées récemment par un savant statisticien , qui se trouve en désaccord avec M. Moreau de Jonnès.

« La population de l’Angleterre était en 1840, ainsi que l’a constaté le recensement de 1841 , de 15,90G,829 habitants. La France renfermait, à la môme époque, 54,194,875 habitants, suivant le recensement de 1841, qui a plutôt dissimulé qu’exagéré l’étendue de la population. Ainsi, pour l’année 1840, l’Angleterre compte 1 accusé de crimes contre les personnes sur 8,456 habitants ; et la France 1 accusé ou prévenu sur 6,576. L’avantage relatif est de 25 0/0 en faveur de nos voisins. La disproportion augmente si l’on ne compare les deux pays que sous le rapport des grands crimes , tels que le meurtre , l’assassinat, le parricide, l’infanticide et l’empoisonnement. Les excès de ce genre sont deux fois plus communs en France qu’en Angleterre. Cela ne signifie pas que la race anglaise ait des penchants moins brutaux que la nôtre : cela veut dire seulement qu’elle a d’autres procédés dans ses jours de violence, et qu’elle fait un plus fréquent usage de ses poings que des armes à feu ou du couteau. La brutalité des penchants se révèle principalement de l’autre côté du détroit dans les choses qui louchent à la pudeur.

«Si nous passons aux crimes et délits commis en 1840 contre les propriétés, nous trouvons qu’en Angleterre les 25,959 accusés de crimes ou délits contre les propriétés représentent 1 accusé sur 664 habitants; tandis que les 20,205 accusés ou prévenus des mômes faits en France donnent 1 prévenu sur 1,692 habitants. Il se commet donc en Angleterre environ trois fois plus de crimes contre les propriétés qu’en France, sans parler de ceux que la justice ne saisit pas. La France regagne donc dans ces délits l’avantage qu’elle perd dans ceux qui intéressent les personnes.

»Si l’on réunit les deux grandes branches de la criminalité, on trouvera en Angleterre 2 accusés sur 616 habitants, et en France 1 accusé ou prévenu sur 1 ,557 habitants. Il se commet donc 100 délits chez nos voisins pendant qu’il s’en commet 46 chez nous. Un pareil résultat peut se passer de commentaires; et les misères de notre état social sont assez profondes pour que nous ne tirions pas vanité d’avoir des voisins encore plus misérables que nous. »

— Il ne se comme! pas proportionnellement autant de délits dans le reste de l’Angleterre qu’à Londres, et Paris garde sur le reste de la France le même genre de supériorité. La métropole de l’Angleterre, moins la Cité, renferme le dixième de la population du royaume , et elle prend part à la masse des délits jugés par les cours d’assises dans la proportion de 15 sur 100. La métropole de la France compte 1 accusé sur 1,245 habitants, tandis que la proportion générale de la France est de 1 sur 4,077.

Note K , page 183.

Sur l’Ame des bétes.

« L animal sent , dit Bérard : il réunit ses sensations dans le môme sentiment de la conscience ; il a un moi , il a donc un principe d’unité et de sentiment, une espèce d’âme. C’est à tort qu’on a rapporté à l’organisation les phénomènes de ce genre présentés par l’animal, parce que l'identité des phénomènes suppose 1 identitédes causes, et que nous n’avons d’autre moyen pour accorder une âme aux autres hommes que celte môme voie d'analyse par laquelle nous voyons en eux des caractères semblables à ceux qui nous spécifient.

"L’âme des animaux est-elle de môme nature que celle de l’homme? C’est toujours par la comparaison des résultats que nous pouvons établir la nature des

464 NOTES

causes : c’est par eux que nous pouvons déterminer, mesurer ces natures que nous ignorons en elles-mêmes. Or, d’après les données de l’observation , quel espace immense 11e sépare pas l’animal le plus parlait de l’homme le plus stupide, pourvu qu’il ne soit pas dans l’idiotisme ! Dans l’animal, point de liberté, ni même de volonté, à proprement parler : il est soumis aux besoins , aux inspirations , aux idées de l’instinct ; il réagit peu sur les impressions que la sensibilité met à sa disposition.

»On prétend que cette grande dilTérence vient du volume du cerveau ou de toute autre circonstance de l’organisation ; mais on a pris ici l’effet pour la cause , une coïncidence d’harmonie préétablie pour la cause première. L’animal n’a pas des organes si parfaits et des instruments si multipliés que l’homme, par la raison que l’agent a moins à faire.

• L’homme a une vie toute morale, tandis que l’animal a une vie tonte physique. La vie physique est le but, la fin de l’existence de tous les animaux; pour l’homme, elle n’est qu’un moyen, qu’un instrument.» (Fr. Béuard, Doctrine des Rapports du Physique et du Moral.)

Note L , page 273.

Sur la Chasse et la Pêche.

La chasse est un exercice sanguinaire , commandé primitivement par l’instinct de conservation ; le progrès de la civilisation l’a converti en plaisir, et l’habitude le fait quelquefois dégénérer en une passion aussi violente que dangereuse. Ne voit-on pas , en effet , assez fréquemment, des hommes vifs, emportés par l’ardeur delà chasse, passer des journées entières loin de leurs familles qu’ils délaissent ; bravant , au péril de leur vie , les intempéries des saisons , oubliant le boire, le manger, ainsi que tous les devoirs que leur impose leur profession ? N’en voit-on pas encore s’enorgueillir de leur adresse ou de leur bonheur, et compter sérieusement comme un des beaux jours de leur vie celui où ils ont rapporté le plus grand nombre de pièces? Enfin, combien 11’en trouve-t-on pas que cette passion a rendus menteurs, brusques, inhumains , et qui , devenus braconniers de profession, ont abattu plus d’un garde-champêtre qui contrariait leurs excursions nocturnes? Du reste , la chasse a été de tout temps l’apprentissage de la guerre; la chasse est effectivement la guerre aux animaux, de môme que la guerre est la chasse aux hommes : le plus ancien de tous les conquérants, Ncmrod , fut un chasseur.

— On a vu l’amour de la pêche dégénérer aussi , chez certains individus , d’ordinaire lents et peu laborieux , en une passion , fort paisible sans doute , mais qui ne laisse pas que d’être nuisible et blâmable comme tout ce qui est immodéré. Un supérieur des Missions étrangères m’a dit avoir connu un vénérable curé de campagne qui s’était tellement livré à son penchant pour la pêche à la ligne , qu’il y consacrait tous les instants de loisir que lui laissait son ministère. Devenu plus adroit par l’exercice, il devint en en môme temps plus passionné par l’habitude. Passant alors des journées entières au bord de l’eau , il commença par oublier d’aller prendre ses repas , il finit par oublier de reciter ses offices, et même de célébrer la messe le dimanche. Interdit par son évêque , il rentra en lui-même, brisa toute ses lignes, et renonça pour toujours à un amusement dont l’abus l’avait rendu si coupable. Plusicursmois écoulés , le prélat, instruit de son repentir, le fait appeler, le réprimande, lui rend ses pouvoirs, et le congédie , en lui disant avec un sourire plein de malice et de bonté : Allez , mais ne pêches plus !

NOTES

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