‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 23 sur 128 · CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

CHAPITRE MI

Effets des passions sur l’organisme . — Réaction de l'organisme dans les passions. — Leurs effets sur le corps social et sur les croyances religieuses.

Les orages qui bouleversent les facultés morales détruisent les forces physiques, et toute passion vile est un poison brûlant.

J. Droz, Essai sur l'Art d’êlre heureux.

En général , les passions modifient l’organisme de trois manières différentes, selon quelles l’affectent agréablement , péniblement, ou bien qu’après lui avoir fait éprouver de la douleur, elles le laissent réagir contre la cause de sa souffrance. Dans le premier cas, elles poussent à 1 extérieur du corps toute les forces vitales ; dans le second , elles les refoulent vers les viscères; dans le troisième, elles les ramènent violemment de l’intérieur à la périphérie. Les passions gaies sont donc éminemment excentriques ; elies dilatent, elles épanouissent les traits du visage, quelles colorent par l’afflux de la chaleur et du sang. Les passions tristes , au contraire , sont concentriqnes ; elles contractent la figure , rendent les traits grippés , et diminuent sensiblement la chaleur de la peau , à laquelle elles impriment un ton pâle , jaune ou plombé. Les passions mixtes participent de ces deux effets , c’est-à-dire que , d’abord concentriques , elles deviennent d’autant plus excentriques que les individus sont doués d’une plus grande puissance de réaction : telle est la colère chez les personnes robustes et bilieuses.

Du reste, plus les passions sont mises en jeu, plus elles abrègent , par leur excessive consommation vitale, l’existence des individus, aussi bien que celle des peuples.

Seuls conducteurs dont lame se serve pour recevoir et transmettre ses impressions, les nerfs sont ordinairement d’autant plus développés que les affections morales ont été plus vives, plus fréquentes, et la pensée plus active. Aussi, toutes choses égales d’ailleurs , trouve-t-on le grand sympathique beaucoup plus fort chez la femme que chez l’homme, tandis que l’arbre cérébro-spinal prédomine chez celui-ci.

L’ébranlement imprimé à tout le système nerveux par nos diverses passions va-t-il indifféremment retentir sur telle ou telle partie du corps, ou

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bien fait-il ressentir son contre-coup à un organe plutôt qu’à un autre? C’est une question dont la solution m’a longtemps occupé , et qu’un grand nombre de faits pathologiques m’ont permis de résoudre de la manière suivante :

1° Lorsqu’il y a dans l’économie un organe malade , c’est toujours sur lui que la passion va retentir.

2° Existe-t-il harmonie complète entre toutes les fonctions, les passions gaies ébranlent de préférence les organes thoraciques; les passions tristes les viscères abdominaux (1) ; et les passions mixtes, ces derniers d’abord , les premiers ensuite.

3° Enfin, chez les individus dont le tempérament ou plutôt la constitution est fortement dessinée, les effets morbides varient selon les diverses prédominances organiques, prédominances que j'ai montré être une véritable prédisposition à des maladies en quelque sotte déterminées. Que trois jeunes gens , par exemple, l’un sanguin , l’autre nerveux , et le dernier bilieux, se livrent, dans les mêmes conditions, à un violent accès de colère, le premier aura très-probablement une congestion ou une hémorrhagie : le second, un spasme accompagné de mouvements convulsifs; et le troisième, un ictère ou un flux bilieux , précédé de coliques plus ou moins aiguës.

Telles sont les lois suivant lesquelles se comunique l’ébranlement des passions , lois que le simple bon sens eût pu établir a priori , et qui m’ont coûté plusieurs années d’études morales et de recherches pathologiques.

Les anciens ont sans doute parfaitement constaté l’influence du moral sur le physique; mais ils se montrent beaucoup trop exclusifs, et prennent souvent l’effet pdur la cause, quand ils prétendent que la joie provient de la rate ; la colère , de la vésicule biliaire ; l’amour , du foie ; la jactance , des poumons; la sagesse, du cœur, etc. (2). A celte théorie, erronnée sous plus d’un rapport , je crois pouvoir substituer des observations consciencieuses et multipliées qui m’ont démontré, jusqu’à la dernière évidence, que chacun de ces viscères peut devenir malades sous l’influence de différentes passions ; qu’il peut, à son tour, déterminer des passions diverses, et qu’entin . dans les mêmes circonstances , les mêmes passions produisent constamment les mêmes maladies. Les trois lois établies précédemment, jointes à

(1)11 est plus que probable que le sang éprouve aussi, par l’effet des passions, des alterations dont la chimie parviendra peut-être à constater la nature. Quant Cr°i‘-S p.°,"v,0lr avancer que les passions gaies ou excentriques eoml,quidc.les. caractères physiques qu’il présente dans la plupart donnai »ÎÎÎ!/I|0I1? suraiguës, tandis que les passions tristes ou concentriques lui danslcMorbut aSI’eCt qu 1 offl'e ctans les Inalaclics asthéniques, notamment

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