‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 27 sur 128 · TABLEAU COMPARATIF · texte numérisé non relu

TABLEAU COMPARATIF

Des Condamnations prononcées en France par les Cours d’assises depuis '182 a jusqu’en 1841

12G TRAITEMENT DES PASSIONS

Aux douze espèces de peines mentionnées dans le tableau précédent , ajoutons Yamende, la confiscation et le simple emprisonnement , dont nous avons déjà parlé; la torture , que Louis XVI a supprimée en France; le fouet, la bastonnade, la mutilation , la potence, les fers, l 'exil, toujours en vigueur chez quelques peuples de l’Europe ; enfin , Yesclavage , la cangue, la roue, la claie, la castration, la marque sur le front, Y empalement, la suspension par les aisselles, le chevalet, le supplice du feu, celui de la faim , celui de la croix , Y enterrement , et la dissection du vivant, encore en usage chez quelques nations dites civilisées, et nous aurons réuni les principaux moyens employés par les législateurs pour arrêter les désordres sociaux que les passions entraînent à leur suite (t).

Traitement religieux.

Nous venons de voir la législation et la médecine s’efforcer de prévenir les passions ou d’en réparer les tristes effets : l’une, en sévissant contre les délits qui troublent l'ordre social; l’autre, en donnant des conseils hygiéniques pour maintenir les besoins de l’homme dans de justes limites , et en s'appliquant à guérir les maladies, suite inévitable de tous les vices. La religion fait plus encore : dans sa continuelle vigilance , elle embrasse toute l’humanité, cette grande famille qui a Dieu pour père, et la terre pour exil. A ses yeux, les hommes étant tous frères, elle leur témoigne la même tendresse, leur donne les mêmes lois, leur promet les mêmes biens. Mais, comme d’immortelles récompenses ne sauraient être données au juste dans un monde qui passe et qui le déchire en passant , c’est dans sa véritable patrie, c’est dans le sein de Dieu qu’il goûtera un bonheur dont ses passions vaincues ne viendront plus troubler l’éternelle extase.

Pour faire arriver ses enfants à ce céleste repos, que de soins, que de secours ne va pas leur prodiguer cette rnère spirituelle, dont l’affection semble croître en raison de leur faiblesse! L’homme, en effet, est à peine entré dans la vie qu’il devient l’objet de la sollicitude de la religion. Elle sait que tout fils de la femme naît impur, enclin au mal, et , dans son inquiète prévoyance, elle se hâte de lui administrer le baptême, bain salutaire (jui purifie l’âme de toute souillure originelle. L’enfant a-t-il atteint l’âge où s’acquierl la notion du bien et du mal, elle lui fait un devoir de la confession , second baptême qui rend à lame l’innocence et la vigueur qu’elle peut avoir perdues. Mais cette innocence, celte vigueur, comment les conserver pendant ce dangereux pèlerinage qu’on appelle la vie? Au printemps de scs jours, le chrétien s’unira pour la première fois à son Créateur, et il

(I) Voir, h ta fin du volume, note J, la comparaison de la criminalité en France et en Angleterre.

TRAITEMENT DES PASSIONS

trouvera dans celle union mystérieuse la force dont il a besoin pour se maintenir dans le chemin de la vertu. Un autre sacrement, en l’enflammant d’une nouvelle ardeur pour le bien, viendra encore raffermir ses pas ; et , à l'aide de ces divins appuis , il pourra résister aux séductions qui l’environnent. Cependant les dangers se multiplient, la route devient de plus en plus difficile , et le pauvre voyageur a déjà fait quelques chutes qui ont un peu ralenti son courage. La religion l’abandonnera-l-elle dans sa détresse? Un commandement salutaire lui prescrit de recourir à ce tribunal secret , d’où le repentir rapporte toujours et le pardon qui console et le conseil qui éclaire. Quel moyen plus efficace, quel frein plus puissant, pour contenir la violence de nos passions , que l’obligation de rendre compte de toutes nos fautes à un ministre de Dieu , tenu par devoir de diriger les âmes avec la sévérité d’un juge, unie à la tendresse d’un père et au dévouement d’un fidèle ami! Combien cette sage institution ne détourne-t-elle pas de malheureux des voies du crime (1) pour les rendre au bonheur en les rendant à la vertu I « Aussi, dit l’illustre auteur du Génie du christianisme , tous les hommes, les philosophes même, quelles qu’aient été d’ailleurs leurs opinions, ont-ils regardé le sacrement de pénitence comme l’une des plus fortes barrières contre le vice , et comme le chef-d’œuvre de la sagesse. Sans celte institution salutaire, le coupable tomberait dans le désespoir. Dans quel sein déchargerait-il le poids de son cœur? Serait-ce dans celui d’un ami? Eh! qui peut compter sur l’amitié des hommes? Prendra-t-il les déserts pour confidents? Les déserts retentissent toujours, pour le crime, du bruit de ces trompettes que le parricide Néron croyait ouïr autour du tombeau de sa mère. Quand la nature et les hommes sont impitoyables , il est bien touchant de trouver un Dieu prêt à pardonner. Il n’appartenait quà la religion chrétienne d’avoir fait deux sœurs de l’innocence et du repentir. » Après mille traverses et mille chutes, l’homme est enfin parvenu au terme de sa course; le moment est arrivé où il va rendre compte de ses actions à celui qui sonde tous les cœurs. Comment sera-t-il jamais assez pur pour se présenter devant le miroir de l’éternelle justice? La religion, qui bénit sa naissance, vient aussi à son lit de mort adoucir les souffrances qu il endure, et le fortifier pour le dernier combat. Les excès des passions ont-ils soudlé son âme , elle n’exige de lui qu’un sincère repentir. Regrette-t-il les affections permises et les douceurs passagères qu’il laisse dans la vie, elle lui en demande le sacrifice, en expiation de ses fautes, et lu. montre, en échange , d’ineffables, d’éternelles douceurs. Mère souvent

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