DANS LE CRIME ET DANS LA PASSION
exposée que lui à retomber dans les mêmes maladies; cette triste prédisposition est encore augmentée par les dérangements qui surviennent dans les fonctions de l’utérus.
Les saisons, que nous avons vues favoriser le développement de certaines maladies, exercent aussi une actiou prononcée sur les récidives, et principalement sur les récidives périodiques.
L’influence des climats sur la fréquence des rechutes , quoique moindre que celle des saisons, ne saurait pour cela être regardée comme nulle. Quant à celle des localités et des habitations, elle a été constatée de temps immémorial par tous les observateurs. Il est certain , en effet , que les scrofules sont presque toujours causées et entretenues par l’habitation d’un lieu bas , humide, privé d’air et de soleil. Les fièvres intermittentes qui reparaissent périodiquement dans quelques pays marécageux, sont subordonnées à la nature de ces lieux malsains par les miasmes qui s’en échappent. Ici , les causes productrices des maladies déterminent à la fois les rechutes et les récidives. Il en est de même de tous les changements brusques de température, cl particulièrement du froid:jhumide , si funeste dans les affections rhumatismales, goutteuses et catarrhales.
Les professions ne sont pas non plus sans quelque importance ici •. l’on a remarqué que les ouvriers qui travaillent le plomb sont atteints, à différentes reprises, de coliques saturnines; et que les imprimeurs, les blanchisseuses, les ouvriers en soie, ont fréquemment des ulcères variqueux aux jambes.
Pour ce qui est de la position sociale, l’expérience démontre que les rechutes et les récidives sont bien moins fréquentes chez les riches que chez les pauvres.
J’ai signalé ailleurs la transmission héréditaire d’une fuule de maladies , notamment de la syphilis, des scrofules , de la phthisie pulmonaire , de 1 aliénation mentale; eh bien , ces affections congéniales deviennent , pour les malheureux qui en sont atteints, une cause de rechutes et de récidives si fréquentes , que leur courte existence n’est guère qu’une suite de paroxysmes de la maladie continue qui les travaille.
La périodicité dans les maladies , et en particulier dans les affections nerveuses , est encore 1 un de ces faits que l’on ne saurait révoquer en doute ; de là les récidives nombreuses observées journellement dans les névralgies, 1 épilepsie , 1 aliénation mentale, les fièvres intermittentes, les diverses hémorrhagies, les rhumatismes, la goutte, l’ophlhalmie, la leucorrhée, et plusieurs maladies de la peau. Chez beaucoup d’individus, les organes parenchymateux eux-memes ne sont pas à l’abri des récidives périodiques de l’inflammation. J’ai donné des soins à un ancien infirmiermajoi du \ al-de-Grace, qui, pendant dix ans, a éprouvé chaque hiver une ou deux fluxions de poitrine plus ou moins violentes.
Le croup, la coqueluche , la rougeole, la variole confluente, étaient autrefois regardés comme n’attaquant pas une seconde fois les individus qui en avaient été fortement atteints; c’est une erreur dont bien des praticiens ont maintenant fait justice. Pour ma part , j ai vu des croups , des coqueluches et des rougeoles, qui sont revenus périodiquement pendant plusieurs années consécutives ; et les registres de l’état civil de Paris, depuis 1832 surtout , attestent que des individus ont succombé à la variole confluente après avoir longtemps vécu défigurés par les cicatrices que cette éruption leur avait laissées dans leur enfance.
Pour abréger cette énumération , on peut dire que presque toutes les maladies sont sujettes à des retours, avec cette distinction , que les maladies chroniques sont plutôt suivies de rechutes , et les maladies aiguës, de récidives.
Parmi les passions qui produisent le plus de rechutes et de récidives, se trouvent en première ligne l’intempérance et le libertinage ; viennent ensuite la colère , l'amour, l’ambition , l’envie et la jalousie, la paresse, labus de l’étude et les violents chagrins. Ces derniers ont une telle influence sur la dégénérescence cancéreuse et sur le retour de cette altération pathologique , que je n’ai jamais vu une seule opération de cancer suivie de succès , toutes les fois que les malades sont restés sous l’impression d’une tristesse habituelle.
Je terminerai ces considérations par quelques documents statistiques sur les récidives dans l’aliénation mentale, qui est si souvent le triste fruit de nos passions. Pendant la seule année 1839 , 44 récidives (1) ont été constatées à l’hospice de Bicêtrc, savoir :
Dans la manie ....
Dans la monomanic. .
Dans la mélancolie . .
Dans les hallucinations Dans la démence . . .
Dans l’imbécililé . . .
/ 1 - ..D’anrès Esauirol , sur 2,804 aliénées traitées à la Salpétrière , 202 avaient été idmisel ^poSrTn second ou un troisième accès : ce qui porte a un dixième environ le nombre des ^idives. Cette ^portion
leur L J. Charccllay; Tours et Pans 1842, in-4 )
[dans le crime et dans la PASSION. loo
Dans les 3 cas de démence et d’imbécilité , les individus indiqués comme guéris n’avaient probablement subi qu’une amélioration passagère.
Sur ces 44 malades,
IG avaient été admis en 1839
14 en 1838
5 en 1837
5 en 1836
1 en 1834
1 en 1833