DANS LE CRIME ET DANS LA PASSION
dire que sa population se composait principalement de condamnés pour vols, classe qui fournil toujours le plus grand nombre de récidivistes.
Sur les 1,903 récidivistes traduits en 1840 devant les cours d assises du royaume, le vol avait motivé les premières condamnations subies par 1,244 individus. Le chiffre de ceux qui avaient à répondre à de nouvelles accusations de vol était de 1,416, ce qui forme près des trois quarts du nombre total (74 sur 100).
C’est ici le lieu de reproduire quelques documents officiels sur le vol , qui est aujourd'hui l’une des plus grandes plaies de la société.
Les vols de toute espèce qui ont été déférés aux cours d’assises en 1 8 40 se sont élevés à G, 008 (722 de plus qu’en 1839).
Sur ce nombre 6,008, il y a eu 473 tentatives et 5,535 vols consommés. 1,849 de ces derniers avaient pour objet de l’argent monnayé, des effets de commerce ou autres billets; 401, de l’argenterie ou des bijoux; 490, des marchandises; 864, du linge ou des habillements; 798, des effets mobiliers divers; 199, des comestibles; 358, du blé ou delà farine; 318, des animaux domestiques vivants; 258, enfin, tout ce que les voleurs avaient pu enlever sans distinction.
Le ministère public n’a pu déterminer la valeur des objets soustraits que pour 4,939 vols; et le produit approximatif de ces vols a été de 1,180,336 francs. La répartition de ce produit total entre tous les vols qui ont concouru à le former, donne, pour chaque vol, une moyenne de 238 francs. On sait, du reste, que la valeur des objets volés est toujours prise en grande considération par le jury, et que sa sévérité suit la progression du préjudice causé.
Quant aux délits de vol simple, leur chiffre, qui était en 1839 de 17,972, s’est aussi élevé en 1840 à 19,531. Ils ont surtout considérablement augmenté depuis quelques années : on en comptait, en effet, pas année, moins de 10,000 de 1826 à 1830; 12,000, de 1831 à 1835; et leur moyenne annuelle a été de 16,903 pendant la période quinquennale de 1836 à 1840.
Les délits d’escroquerie et d’abus de confiance ont aussi été beaucoup plus nombreux. Où s’arrêtera celte effrayante progression ?
— Maintenant, quelles sont les causes qui portent tant d’individus, déjà frappés par la justice , à rentrer dans la carrière du crime? Au nombre des principales, on doit placer :
1° L’abus des circonstances atténuantes et l’inexacte constatation des récidives, qui, ne permettant pas de proportionner la peine au délit, énervent la répression, et encouragent au crime;
2° Les vices de notre système pénitentiaire, qui rejette dans la société des condamnés pour la plupart nullement corrigés, et même plus pervertis qu’avant leur châtiment;
3° Le manque de patronage et de surveillance de tous les libérés de jus-
lice, auxquels le séjour de la capitale (1) devrait être interdit au moins
pendant quelques années d’épreuve ;
4° Le manque d’ateliers spéciaux où ils trouveraient constamment de l’ouvrage, et d’une colonie dans laquelle ils pourraient devenir propriétaires;
5° La privation de l’espoir d’une franche et entière réhabilitation, espoir qui suffirait pour ramener un assez grand nombre de libérés dans la voie du bien ;
6° Enfin, l'irréligion profonde des récidivistes, et trop souvent l’immoralité de ceux-là mêmes qui , par leurs bons exemples, devraient améliorer les masses et ramener les condamnés à la vertu.
Enumérer les causes qui favorisent le plus les récidives, c’est en faire connaître le principal remède, qui consisterait à les éloigner toutes ; sublata causa, tollitur ejfeclus. Il faudrait ensuite, dans un bon système pénitentiaire, chercher à guérir le condamné de la passion dominante qui lui a fait commettre un nouveau crime ou un nouveau délit. La plupart des voleurs, en effet, ne dérobent pas pour le plaisir de dérober, ni les assassins pour le plaisir de tuer : c’est la paresse, l’ivrognerie, le libertinage, la colère, la cupidité, qui les poussent au vol ou au meurtre; ce sont donc ces vices qu’il faut déraciner, si l’on veut que ces malheureux ne continuent pas à retomber dans les mêmes crimes (2).
Ici s’arrête le rôle de législateur, et commence celui de médecin, dont les conseils pourront modifier une prédominance organique qui porte souvent nu mal, et celui du prêtre, dont la charité la plus active est toujours réservée pour les plus grands coupables. (Voir ci-dessus le Traitement médical, législatif et religieux des Passions.)
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Ce qui favorise ici les rechutes, c’est le besoin immodéré d’émotions ou
(1) Jf. Gisquet, dans ses Mémoires, porte à 10,000 le nombre des voleurs qui travaillent dans Paris; puis il ajoute : « Combien y en a-t-il dans ces 10,000 qui prendraient votre bourse sur un meuble, sur une banquette ou dans une loge de
théâtre? Il y en a 6, 0U0. . , „
«Combien d’entre eux chercheraient à la prendre dans votre poche. 11 y en a
«Combien, sur ces 5.090, en compterait-on qui, pour la voler, s introduiraient en votre absence ou en crochetant vos portes dans votre maison ? 2,000.
«Combien de ces derniers iraient jusqu’à s’introduire chez vous pendant la nuit, avec escalade et effraction? De 1,000 à 1,200.
«Cnlin , il combien peut-on évaluer ceux qui seraient d’avance décidés à vous
assassiner avant que de consommer le vol ? Au moins 000. «
Comment des libérés privés de patronage ne retomberaient-ils pas dans la carrière du crime, au milieu d’une aussi allligeante population de malfaiteurs.
(2) C’est un fait digne de remarque que l'uniformité avec laquelle les mêmes liassions engendrent chaque année à peu près le môme nombre de crimes. ( ou les Comptes generaux de V administrât ion de ta justice criminelle en 1 lance.)