‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 36 sur 128 · COMME MOYENS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

COMME MOYENS THÉRAPEUTIQUES

on le sait, en lisant les Lettres des hommes obscurs , qti’Érasmc rejeta la vomique qui le suffoquait, et que son rire excessif lui sauva la vie.

Coringius, à ce que l’on assure, fut guéri d’une fièvre tierce rebelle par le vif plaisir qu’il eut de converser avec Meibomius.

On a, dit Tissot, plusieurs exemples d’enfants tristes, pâles et rachitiques, chez lesquels le rire, provoqué par le chatouillement, a été suivi des plus heureux résultats. Il est certain qu’à l’aide de ce moyen très-simple , et pour cela même beaucoup trop négligé, je suis parvenu à dissiper des engorgements lympathiques qui avaient résisté à une foule de remèdes internes et externes. Il suffit de mettre les enfants sur un lit , quand leur estomac est libre , et, en badinant, de les chatouiller à nuj, tant qu’ils paraissent s’en amuser. Ce petit jeu , répété le matin et le soir, pendant quelques minutes, opère ordinairement , au bout de quinze à vingt jours, une amélioration sensible dans leur constitution : leur peau n’est plus aussi blafarde, leur visage surtout est plus coloré, leur physionomie plus gaie, plus animée: c’est que l’ébranlement général occasionné par le rire a en quelque sorte injecté la vie dans les vaisseaux capillaires qui en étaient privés.

Une joie trop subite et le rire immodéré pouvant néanmoins avoir les suites les plus funestes, notamment dans le traitement des maladies aiguës, des hernies, des fractures et des plaies en général , c’est à la prudence du médecin de n’employer ce mode d’excitation qu'avec mesure, et après s’être assuré qu’il ne peut produire aucune réaction défavorable.

De la Douleur , du Chagrin et de la Tristesse. — Je ne pense pas que le chagrin et la tristesse aient jamais été rangés parmi les agents thérapeutiques. C’est qu’en effet, ces deux produits de la douleur morale (Ut retardent presque toujours la guérison des maladies, lorsqu’elles n’en déterminent pas de nouvelles, ou qu’elles ne causent pas la mort dans un laps de temps plus ou moins long. Pius d’une fois, cependant, un chagrin violent cl imprévu est parvenu à modifier avantageusement certaines constitutions lympathiques, et à inspirer l’amour du travail à des individus restés jusque-là dans la plus complète oisiveté.

Quant à la douleur proprement dite, son utilité ne saurait être mise en doute dans le traitement des maladies aussi bien que dans celui des passions. Pour parler d abord de la douleur physique, ne nous sert-elle pas journellement à réveiller les forces vitales des malades, alors qu’elles semblent tout à fait épuisées? Avec son aiguillon , n’appelons-nous pas à la surface du corps des inflammations qui ne se développeraient pas sans danger dans la profondeur des organes? Ici, elle parvient à fixer une irritation vague, l’affaiblit et la fait même disparaître; là, elle déplace une

(t) Le chagrin est la douleur morale à l’état chronique.

aisu ;

’a tristesse est un

chagrin

ÎÜ DES PASSIONS

vicieuse conccnlralion delà sensibilité, qu’elle ramène avec une sage économie sur tous lespointsde l’organisme;en un mot, employée par une main Labile et prudente, la douleur physique dissipe fréquemment les phénomènes morbides auxquels on l’oppose, de même que dans l’état physiologique elle concourt , avec le plaisir , à entretenir l’équilibre de toutes nos fondions (t).

La douleur morale n’est pas moins avantageuse dans certaines circonstances : c’est ainsi qu’on l'a vue guérir radicalement les affections catarrhales les plus rebelles, dissiper le mutisme, la paralysie des membres et les atroces douleurs du rhumatisme ou de la goutte. On la vue aussi, opérant chez certains individus une salutaire diversion, les rappeler violemment à eux-mêmes, leur montrer le véritable but de la vie, et les faire rompre avec la passion qui depuis longtemps les tenait enchaînés. C est elle , enfin , qui , sous le nom de remords , vient tourmenter le cœur du méchant , et l’empêche souvent de commettre de nouveaux crimes. Heureux alors le coupable qui prête attention à ce cri salutaire de la conscience! tout n’est pas perdu pour lui : la douleur morale peut encore le ramener au bonheur en

le ramenant à la vertu par le repentir.

Du Désir.— Le désir , cet élan de lame inquiète vers un bien qui nous manque , est l’attribut fondamental, ou , si l’on aime mieux, l’avant-coureur de toutes les passions, qui , en dernière analyse, ne sont que des besoins déréglés. 11 naît en effet de la stimulation primitive imprimée par le besoin à l’organe plus spécialement chargé de le satisfaire, et sa force est toujours en raison de l’idée de plaisir que l’on attache à son accomplissement. Sun action excentrique sur l’économie participe des effets de 1 amour , de 1 attention et de l’espérance, trois éléments dont il se compose. Les images agréables , l’oscillation douce et salutaire que procure le désir quand il est pur et modéré, contribuent puissamment à dissiper l’ennui , a calmer la douleur et à abréger la durée des maladies.

m Relativement à sa durée , la douleur est dite fugace, persistante irUcnnit^

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morale. Pour continuer le rapprochement, ajoutons que ces deux

même, avec les années, par degeni , )s |a douleur lue subitement

morahste Ëalf^ncl^ ^“ll’ôS'dPS tTl^suiî» qui ne se cicatrisent jamais, .1 est des larmes qui sont toujours amères ! «

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