‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 44 sur 128 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Coup d’œil philosophique sur les besoins et les passions des animaux , rapportés ci la conservation de l’individu et à la reproduction de l’espèce.

Les animaux ont un cœur et des passions ; mais la sainte image de l’honnête et du beau n’entra jamais que dans le cœur de l’homme.

J. -J. Rousseau, Lettres à d’Alembert sur les Spectacles.

§ 1. Inntinct de conservation ; besoins et passions qui en dépendent : sentiment de la peur, besoin d’nlinientutlou , voracité, colère, courage, penchant au vol et à la destruction, ruse et circonspection, attachement et reconuaissuncc , amour-propre, amour des louuuges.

Instinct de conservation. — « Croissez et multipliez, » a dit la souveraine Sagesse; et tous les êtres animés ont obéi à cet ordre créateur. Par cette divine parole, ils ont reçu et ont pu transmettre à leurs descendants celte illumination mystérieuse qui leur fait fuir ce qui peut nuire à leur développement, et rechercher ce qui lui est favorable : c’est ce que j’entends par instinct de conservation. Chez les animaux, comme chez l'homme, cct instinct se montre dès le premier moment de la naissance , peut-être même le précède-t-il. A quoi, en effet, attribuer les mouvements du fœtus dans le sein de la mère, si ce n’est au besoin de prendre une position plus favorable? Je pense aussi, avec quelques physiologistes , qu’on peut rapporter à cet instinct les vagissements des nouveau-nés ; car il semble qu’ils accusent ainsi quelque souffrance, et qu’ils demandent d’une manière vague qu'on leur apporte du soulagement.

Chez certains animaux , la lemelle, dans les moments de danger, pousse un cri d’alarme qui est instinctivement compris par ses petits : c’est ainsi quon voit les jeunes poussins se réfugier précipitamment sous l’aile de la poule, et les petits de la sarigue se blottir dans la poche protectrice dont est munie leur mère.

La fuite irréfléchie du danger, ou la peur, dépend donc essentiellement de 1 instinct de conservation; et, par une prévision admirable de la Provi-

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dence, il se trouve que les animaux les plus disposés à l’épouvante sont aussi le mieux conformés pour la course : le lièvre, le cerf, le chevreuil , les gazelles , sont dans ce cas.

L'attachement à la vie est donc un sentiment profondément empreint dans le cœur de l’homme comme chez tous les animaux. Toutefois , on voit presque toujours ces derniers remplir jusqu’à la fin le rôle qui leur a été départi sur la scène du monde, tandis que le roi de la création, se livrant si fréquemment au suicide, abandonne son poste tantôt comme un lâche déserteur, tantôt comme un furieux qui n’a plus même l’instinct ordinaire de la brute. Il y a nécessairement dans la nature humaine quelque chose de faussé , de dégénéré , de corrompu !

Besoin d’alimentation, voracité. — La vie ne pouvant être entretenue que par la réparation des pertes continuelles qui résultent du jeu des organes, le besoin de nourriture se trouve essentiellement lié à celui de conservation. Mais au milieu d’une foule de substances qui se présentent à la bouche des animaux , il en est dont la moindre quantité déterminerait chez eux un empoisonnement bientôt suivi de mort : il fallait donc qu’ils eussent la faculté de distinguer celles qui sont vénéneuses , de celles qui sont propres à leur alimentation. Aussi leur odorat est-il tellement développé, qu’ils n’ont guère besoin de s’en référer au goût pour le choix de leur nourriture : sous ce rapport, ils ont sur l’homme un immense avantage.

Comme chez ce dernier, l’instinct d’alimentation est excité en eux par la sensation de la faim. Ainsi, lorsque les petits des quadrupèdes cherchent avec avidité le mamelon de leur mere, ils ne font autre chose qu obéir à cet instinct; il en est de même de 1 aiglon qui reçoit la proie sanglante qu’on lui apporte, et du petit poulet qui distingue et ramasse le grain qui lui convient. Pour le canard , qui, à peine sorti de sa coquille, se dirige rapidement vers l’eau, lors même qu’il a été couvé par une poule, il obéit simultanément à l’instinct des localités et à celui de l’alimentation, puisqu’il y rencontre un milieu et des aliments appropriés à sa nature.

Chose remarquable, le cochon d'Inde [inus porcellus) fait et renouvelle la première dentition dans le sein même de sa mère. M. Emmanuel Rousseau en a vu quelquefois le petit, avant d’être complètement expulsé des organes sexuels, diriger la tête vers des herbes ou des fruits qui se trouvaient à sa proximité, et s’en repaître avidement ; ce qui ne l’empêche pas de téter, comme les autres mammifères qui ne présentent pas cette singularité.

Une nourriture régulière et suffisante est bien certainement l’un des motifs pour lesquels les bêtes de somme nous vendent leurs services et leur liberté. Trois chevaux de lanciers s’étaient échappés à travers une plaine immense, et déjà ils avaient franchi un espace de six cents pas, lorsque les officiers auxquels ils appartenaient s’aperçurent de leur fuite : soudain, l’un d'eux, appelant un trompette qui n’était pas éloigné, lui commanda

de sonner la boite. Aux premiers sons du clairon, les fougueux animaux ont reconnu l’air favori qui annonce leur repas, et tous les trois, faisant ensemble volte-face, reviennent paisiblement se remettre a leur râtelier.

Parmi les animaux, quelques-uns sont doués d un appétit modéré, d’autres sont insatiables : le troglodyte , par exemple , mange toutes les cinq minutes. Mais, eu fait de gloutonnerie , je ne sache pas qu il existe d’oiseaux qui surpassent les faisans communs et les faisans argentés. Aussi , lorsque ces volatiles n’ont pas encore les plumes de la queue, ou bien qu’ils en sont privés par accident, les oiseliers ont-ils soin de ne pas les laisser plusieurs ensemble : sans cette précaution , le plus affamé d entre eux ne tarde pas à plonger le bec dans l’anus de son voisin, et à en faire sortir les intestins, qu’il dévore sans lâcher prise, pendant qu’un troisième, profilant de cette préoccupation sanguinaire, se hâte de lui arracher les entrailles à lui-même, et de s’en repaître avec avidité.

Chez les quadrupèdes carnassiers, l’instinct d’alimentation se confond nécessairement avec celui de la destruction : c’est pourquoi ils ne sont jamais si farouches ni tant à redouter que lorsqu’ils sont pressés par la faim ; ils ne mangent même pas sans une sorte de fureur la pâture qu’on leur jette dans les loges où ils sont renfermés.

Quant aux poissons, poussés, la plupart, par une froide voracité, ils avalent indistinctement toute proie vivante , sans excepter leur espèce , ni même leurs petits.

Colère et Courage. — Chez l’animal, aussi bien que chez l’homme, la colère n’est qu’une réaction plus ou moins violente et passagère contre ce qui nuit ou ce qui blesse; tandis que le courage consiste dans une hardiesse habituelle, qui contemple le danger sans effroi, sait l’affronter au besoin, et semble puiser de nouvelles forces dans les obstacles ou devant les ennemis qu’elle rencontre. Ces deux sentiments s’observent tantôt isolés, tantôt réunis, chez un grand nombre d’animaux , notamment chez le taureau , le chien, l’hermine, la piegriècbe, le coq, le troglodyte, les abeilles elles fourmis: les phrénologisles les ont confondus sous le nom de combativité. Les troglodytes surtout paraissent nés pour les batailles; aussi, lorsqu’on veut conserver vivants quelques-uns de ces petits gladiateurs, il faut les tenir soigneusement séparés les uns des autres. Cette précaution est indispensable, car chez eux il n’existe même par d’harmonie entre le mâle et la femelle. Du reste, cet irascible volatile ne manque jamais d’annoncr par un chant d’allégresse la victoire qu’il a pu remporter dans les combats à mort qu’il livre aux oiseaux de son espèce. Quand les mœurs du troglodyte seront plus généralement connus, les Anglais, ce peuple civilisé qui élève encore des races de coqs pour les combats, lui donneront sans doute la préférence, parce que les chances des parieurs seraient alors beaucoup plus égales.

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Si le courage est l’armure des êtres forts, la Peur est la ressource ordinaire des êtres faibles. Ne nous étonnons donc pas que la Providence, si soigneuse de conserver ses œuvres, ait inspiré la peur aux animaux en raison des dangers qui les menacent. Admirons plutôt cette prévoyante sollicitude qui a précisément donné l’agilité la plus grande à ceux d'entre eux qui sont le plus susceptibles d’éprouver ce sentiment; en sorte qu’ils se trouvent à la fois organisés pour la peur et pour la fuite ; témoin le daim, le cerf, le lièvre, etc. Quelque courageux , du reste , que soit un animal , il est des circonstances, des causes particulières, qui peuvent le faire sortir de son caractère habituel, et lui faire donner momentanément des signes de faiblesse : c’est ainsi que les cris aigus du porc et une musique retentissante ont suffi plus d’une fois pour effrayer des éléphants, et leur faire jeter le trouble dans les rangs de l’armée pour laquelle ils combattaient. A la bataille de Zama, par exemple , Seipion ayant fait donner à la fois de toutes les trompettes pour recevoir la charge des éléphants d’Annibal, ce bruit étonna tellement ces quadrupèdes, qu’il y en eut qui s’arrêtèrent tout court , et d’autres qui reculèrent d’épouvante sur la cavalerie numide et y portèrent le désordre. Pareille chose eut lieu à la journée deThapsus, où les éléphants de J uba, épouvantés du bruit des trompettes parti tout-àcoup de l’armée de César , tournèrent le dos et prirent la fuite (1).

Penchant au vol et à la destruction. — Le désir de posséder est naturel à la plupart des animaux : c’est encore ici l’instinct de conservation qui les pousse à s’emparer de ce qui peut servir à les nourrir où à les abriter. Quoique plusieurs d’entre eux paraissent avoir quelque idée de la propriété, ils sont tous nés, et restent presque tous voleurs de profession. On n’en connaît pas qui soient précisément avares; mais il en est quelques-uns quj font des provisions, et qui les cachent pour s’en servir au besoin. De ce nombre sont, la fourmi, dont tout le monde connaît les mœurs; la piegrièche , qui enfile et conserve sur des épis les insectes dont elle fait sa nourriture; le geai , la corneille , qui emmagasinent glands et châtaignes, pour les retrouver en temps opportun; enfin le petit rat des champs et le rat fouisseur des Alsaciens, qui, par une sorte de prévision, pratiquent des galeries souterraines, et les remplissent de racines ou de grains, pour s’en sustenter pendant l’hiver.

Quant au penchant à la destruction , c’est une nécessité imposée à tout ce qui respire : sans destruction , point d’alimentation , partant , point d existence. Que sont, en effet, nos repas, sinon des débris de végétaux et d’animaux? Le règne animal , surtout, depuis le zoopbyte jusqu’à l’homme, est-il autre chose qu'une réunion d’êtres affamés qui se détruisent à l’envi

(t) Voir l’intéressant ouvrage intitulé : Histoire militaire des Eléphants , par le chevalier Arinandi; Paris, 1843, in-8°.

pour réparer leurs forces? Toutefois, dans cette vaste scène de carnage qui compose le monde, l’herbivore ne broute que les plantes; le lrugivore se contente de graines, de racines ou de fruits ; le carnassier ne dévore guère que sa proie sanglante ; l’homme seul détruit tout, engloutit tout: il est omnivore par excellence.

Non content de cela , l'homme abuse de sa supériorité sur les animaux , jusqu’à en faire les instruments de sa cruauté. C’est ainsi que, profitant de l’aptitude des éléphants pour le carnage, les Indiens les emploient comme exécuteurs des hautes oeuvres, et qu ds les dressent a expédier les criminels, tantôt d’un seul coup, tantôt en leur brisant successivement les os, pour leur faire souffrir un supplice plus douloureux cl plus prolongé.

Le penchant à la destruction, excité le plus souvent par le besoin de nourriture, cesse en général de se faire sentir chez l’animal rassasié. Le tigre offre ici une exception heureusement assez rare : ce carnassier , même repu , lue encore (1) ; la vue du sang lui plaît ; comme les Caligula et les Néron, ce monstre semble né pour le meurtre.

Chose remarquable! les grands carnassiers, chaînon nécessaire dans la série zoologique, se trouvent en très-petit nombre en comparaison des animaux utiles et domestiques : outre qu’ils se détruisent mutuellement , leurs petits servent de pâture à des êtres plus faibles, mais doués de plus de ruse et d'agilité; en sorte que cet étal de guerre permanente et universelle, loin d'être opposé au plan de la création , sert précisément à maintenir le nombre des espèces dans un parfait équilibre, et fournit une nouvelle preuve de la sagesse de son divin auteur.

Ruse et circonspection. — La ruse, que Spurzbeim a cru devoir appeler secrétivité, est, selon 1 u i , « le penchant àèlrc clandestin en pensées , en projets, en actions. » Ce phrénologisle la considère comme une puissance de euhibition qui retient la manifestation des instincts. Toutefois, elle suggère aux animaux les moyens obliques de vaincre les difficultés plutôt quelle ne leur fait faire un raisonnement complet pour les vaincre. Sous ce rapport , elle diffère de la circonspection , faculté intellectuelle presque uniquement départie à l’homme, et dont le développement normal engendre chez lui la prudence.

C’est surtout pour se procurer des aliments et pour échapper à leurs ennemis qu on voit les animaux mettre en usage des ruses innombrables. L’on connaît généralement celle des lièvres, des chevreuils , des chats, des plongeurs, etc. La malice du singe et la finesse du renard sont devenues proverbiales ; les artifices multipliés dont les insectes font un emploi journalier ne sont pas moins dignes de nos méditations. Certaines espèces de

(1) On retrouve ce besoin inné de destruction chez le renard , la fouine la putois, la belette et les animaux de cette dernière famille.

COUP d’oeil PHILOSOPHIQUE papillons se tiennent habituellement sur des arbres ou sur des murs qui ont un fond de couleur analogue à la leur, et se dérobent ainsi à la vue perçante de leurs ennemis. Beaucoup de chenilles, dès qu’elles se voient découvertes par un oiseau , se laissent aussitôt tomber en fixant préalablement à une branche d'arbre une gouttelette d’un liquide visqueux dont elles sont pourvues; puis, rapprochant avec leurs pattes les fils déliés qui se sont formés en traversant plusieurs ouvertures, elles en font un petit câble assez fort pour se soutenir suspendues jusqu’à ce que le danger soit passé. Enfin, à l’instar du chinche, plusieurs insectes coléoptères appartenant au genre brachine se débarrassent de l’ennemi qui les poursuit, en lui lançant un liquide infect et irritant, à l’aide d’un petit appareil deguerredont ils sont pourvus : tels sont en Espagne le brachine tirailleur, et, à Paris, le brachine pétard.

IMais voici un insecte qui ne peut marcher qu’à reculons : comment atteindra-t-il sa proie? S’il ne peut pas la poursuivre, il sait l’attendre et la faire tomber dans un piège. Au milieu d’un sable très-mobile, ou dans une terre très-pul vérisée , le fourmilion creuse avec autant d’art que d’efibrts une fosse conique, au fond de laquelle il se lient à l’affût. Quelque fourmi vient-elle à passer le long de ce petit précipice dont les bords s’écroulent facilement, elle tombeau fond , et est à l’instant dévorée. Si c’est une mouche, l’habile mineur fait pleuvoir sur elle une grêle de sable, qui la précipite dans le profond entonnoir, où elle trouve aussi la mort. Le fourmilion répare ensuite sa fosse , si elle est trop endommagée, et se remet patiemment en embuscade.

Quant à la circonspection , les chasseurs et les naturalistes ont depuis longtemps constaté que certains oiseaux qui vont par bandes , tels que les grues, les corbeaux et les canards sauvages, établissent des sentinelles , qui ne manquent pas de pousser un cri d’alarme à la vue du moindre danger. Ces actes , que l’on observe aussi chez le coq et l’oie domestique, ont paru à quelques physiologistes appartenir plutôt à la circonspection qu’à la ruse, c’est-à-dire dériver bien plus des facultés intellectuelles que de l'instinct proprement dit.

Fort heureusement , chez les humains , la ruse et la circonspection ne se trouvent pas d’ordinaire réunies chez les mêmes individus : on rencontre plutôt la première chez les poltrons et les voleurs, la seconde dans les traîtres et les diplomates. J ai connu un personnage qui les possédait toutes deux ; je connais encore deux excellents pères de famille qui réunissent à un égal degré la secrélivilé du renard, la prudence du serpent (l), et la l onstruclivilé du castor.

(1) « Je ne sais, disait saint François de Sales, ce que m’a fait cette pauvre vertu de prudence, j’ai de la peine a l’aimer, et si je 1 aime, ce n est que par nécessité . d’autant qu’elle est le sel et le flambeau de la vie. Au contraire, la beauté de la simplicité me ravit, et je donnerais volontiers cent serpents pour une colombe. »

StJR LES PASSIONS DES ANIMAUX.

Attachement et reconnaissance. — Un grand nombre d’animaux se reunissent pour s’entraider ou pour se défendre. Dans cette espèce de rapprochement social, il en est qui s’entendent mieux, qui se conviennent mieux, et de là ces véritables attachements que l’on observe entre des individus de même sexe.

L’état de domesticité ou de captivité favorise surtout ces liaisons ailcctueuses. Deux chiens que l’on mène habituellement ensemble à la chasse ne tardent pas à s’accorder pour la poursuite du gibier, et finissent par contracter de l’attachement l’un pour l’autre. Deux chevaux, deux bœufs , ordinairement attelés à la meme voiture ou à la même charrue, ont aussi donné des preuves d’une profonde tristesse lorsqu'ils venaient à être séparés. J’ai vu une vive affection régner entre un cheval et un chien, et, qui plus est , entre un chien et un chat. Chez ces derniers , la vivacité du sentiment est même portée jusqu’à la passion : chaque fois que 1 un des deux est malade, l’autre refuse toute espèce de nourriture, et reste tristement couché auprès de son compagnon. A la ménagerie du Jardin du Roi, on a vu plusieurs fois la mort du lion ainsi que de la lionne suivre de près celle du chien qu’ils avaient eu pour compagnon de captivité. M. Machado possède dans sa belle volière plusieurs inséparables ( psittacus pullarius ) , dont les mâles ne se quittent jamais, tandis qu ils paraissent tout a fait insensibles aux charmes de la femelle. Deux males de ces charmants oiseaux, que je suis souvent à même d’observer , m ont présenté le tableau de 1 affection la plus louchante. Entre ces vrais amis , tout est commun , tout est un. Jamais ils ne se quittent : ils s’exercent ensemble, se reposent ensemble, se font mutuellement la toilette, se prodiguent à chaque instant les plus innocentes caresses , se donnent alternativement la becquée , et , pour que le sommeil ne puisse pas dérober un seul momeut a la vivacité de leur tendresse , ils se perchent toujours pressés l’un contre l’autre , s’enveloppant , s’enlaçant si bien de leurs ailes , qu’ils dorment encore ensemble sous ce gracieux berceau construit par l’amitié.

Chez le plus grand nombre des animaux, c’est la crainte qui détermine l’obéissance; chez l’éléphant, c’est la reconnaissance ou la sympathie. Une fois dompté, il ne devient pas seulement un serviteur docile, mais, en quelque sorte, un ami empressé : il s’attache affectueusement à son maître, et, pour le défendre, il ne craint pas d’exposer sa vie. Le singe, le chat, le cheval, l'âne , le bœuf , le perroquet , l’hyène même et le tigre, s’attachent aussi à l’homme en raison des bons traitements qu’ils en reçoivent ; mais aucun d’eux ne saurait être mis en comparaison avec le chien. Cet animal a en effet pour son maître une chaleur de sentiment qui lient tout à la fois de l’amitié, du respect et de la crainte. L’histoire est là pour nous offrir une foule de traits qui attestent chez lui le plus grand dévouement comme la plus vive reconnaissance. Aussi est-il regardé, et avec juste raison, comme l’emblème delà constance en affection.

* 1 2 coup d’oeh. PHILOSOPHIQUE

Tar réciprocilé, 1 on voit un grand nombre de personnes s’attacher avec passion a des animaux domestiques, et les traiter en quelque sorte comme des enfants chéris. Celle faiblesse se rencontre particulièrement chez les filles âgées et chez les vieux célibataires , qui cherchent à se consoler de leur isolement par une affection mutuelle qu’on ne trouve pas toujours parmi ses semblables. Dailleurs, 1 affection que l’on porte aux animaux est souvent liée au souvenir de personnes que l’on regrette, ou à quelque grand service qu’ils ont pu rendre. Nous ne devons donc pas nous hâter de la blâmer, lors même qu'elle paraît un peu trop vive.

En 1837, une vieille dame russe, qui avait [iris passage sur le bateau à vapeur le Czarcwich, avait avec elle un petit chien fort lai J , mais parfaitement dressé, auquel elle prodiguait les attentions les plus constantes, et dont elle faisait , pour ainsi dire, sa société intime. Il n’en fallut pas davantage pour exposer le pauvre animal aux mauvais tours des espiègles du bord. Le mousse du capitaine, de complicité avec deux jeunes passagers, parvint à le soustraire à la vigilance de sa maîtresse, et, soit volontairement , soit par maladresse, les conjurés l’eurent bientôt fait tomber à l’eau. A celle vue, sans réfléchir, et comme une mère qui aperçoit son enfant en danger , la dame russe se précipite au milieu des flots pour sauver son chien. Soutenue un instant par ses vêtements, elle parvint à saisir l’intelligent animal , qui nageait vers elle. Mais bientôt , emportée au fond de l’abîme, elle allait périr, lorsqu’un matelot hambourgeois, nommé Holpvett (Zacharie), se jeta à la mer, et parvint à la sauver. La scène qui suivit celte péripétie rapide fut à la fois touchante et risible : tantôt la dame remerciait Dieu et son libérateur , tantôt elle embrassait son chien, qu’elle n’avait pas lâché. Revenue de sa première émotion , elle fit au courageux matelot un présent magnifique, et lui assura une pension qui le mettra à l’abri du besoin pour le reste de ses jours. « Je vous récompense, lui dit-elle, non pas tant pour m’avoir secourue que pour avoir sauvé mon chien, seul objet qui me rappelle en ce monde un époux fidèle et tendrement aimé. »

Tout le monde a présent à la mémoire l’attachement de Pellisson pour son araignée; mais une histoire non moins touchante et bien moins connue est celle de la souris du baron de Trenck. Ce célèbre prisonnier rapporte dans ses Mémoires qu’il l’avait tellement apprivoisée quelle venait manger jusque dans sa bouche. Une nuit, ce petit animal fit tant de bruit , que le major de la forteresse, appelé par les sentinelles, visita lui-même la serrure et les verroux de la prison pour s’assurer que le baron n’essayait pas de s’évader. Celui-ci déclara alors que tout ce tapage nocturne provenait uniquement de la souris, qui, au lieu de dormir, s’était imaginé de demander ainsi la liberté de son instituteur. Confisquée par le major, et transférée dans la salle de l'officier de garde, la souris travailla toute la uuit à percer la porte de cette pièce, attendit avec patience l’heure du dîner, et

rentra furtivement chez son maître derrière les talons du geôlier. Quelles ne furent pas la surprise et la joie du prisonnier de Magdebourg , quand il aperçut cet affectueux animal grimpant après lui et lui faisant mille petites caresses 1 Cependant, l’impitoyable major jugea cà propos de s’emparer de la souris et de la donner à sa femme, qui la mil dans une cage remplie d’une nourriture des mieux choisie. Soin inutile! la souris, inconsolable, demeura tapie dans un coin de la cage, et, deux jours après, on la trouva morte au milieu des mets exquis quelle n’avait même pas goûtés.

Dans les nombreuses visites que j’ai faites pendant vingt-trois ans aux indigents du douzième arrondissement, j’ai mainte fois remarqué que les plus malheureux partageaient encore leur pain et leur foyer avec un chien, dont les caresses affectueuses les payaient largement de retour; et bien des personnes ont pu voir, comme moi, ce véritable ami du pauvre et de l'aveugle passer des journées entières sur la tombe délaissée de son maître. H y a°quelques années, un ancien négociant, qui avait essuyé de grands revers de fortune, m’a avoué, dans la mansarde où il vivait seul avec sou chien, que, sans la société et les caresses de ce fidèle animal, le désespoir l’eût probablement porté à abréger ses jours.

J’ai fait aussi la remarque curieuse que le plus grand nombre des célibataires dont j’ai constaté le suicide n’avaient avec eux aucun animal domestique qui eût pu les distraire ou les consoler. D’un autre côté, dans les morts subites survenues naturellement chez des personnes qui vivaient seules, j’ai plusieurs fois observé des chiens, et même des chats, couchés tristement sur le cadavre de leur maître ou de leur maîtresse, dont ils 11e laissaient pas approcher sans opposer quelque résistance. Enfin , il y a sept ou huit ans, j’ai vu, dans la rue Mouffctard, un crapaud apprivoisé qui ne voulait pas quitter le grahat sur lequel gisait le corps d’un malheureux vieillard, dont il était depuis longtemps l’unique société.

Amour-propre ou estime de soi, amour des louanges ou de l’approbation. — On se tromperait grossièrement si l’on croyait que l’amour-propre n’est l’apanage que de l’espèce humaine. Ce sentiment, source de l’indépendance, de l’orgueil et de la vanité, se montre très-souvent chez certains animaux , notamment chez le lion, l’éléphant, le cheval, le mulet , le chien , le coq, le paon et le dindon.

Voyez, en effet, le cheval qui se sent tout à coup en liberté, comme il prend une altitude superbel comme il est fier de sa courte indépendance! Examinez encore le même animal, monté alternativement par un rustre et par un homme distingué : dans le premier cas, il baisse humblement la tête; dans le second, il la relève avec un certain orgueil; on dirait qu’il copie ce peuple de valets qui s’estiment et se redressent d’autant plus qu’ils portent une plus riche livrée, ou qu’ils servent un maître plus puissant.

Dans quelques pays de montagnes, le muletier augmente l’ardeur de ses

l”*1 cocp d'oeil philosophique

animaux en leur ombrageant la tète d’un panache, et le leur relire pour ies

humilier, quand ils se montrent indociles ou paresseux.

Les éléphants surtout aiment beaucoup à èlre parés; plus on les charge d’ornements, plus ils sont fiers et joyeux ; aussi l’usage de les caparaçonner îemonte-t-il a la plus haute antiquité. A 1 île de Ceylan, où ces animaux sont employés au transport de lourds matériaux, il est encore d’usage d attacher un bouquet de palmier a la tête de celui d’entre eux qui a montré le plus d’ardeur au travail. La journée terminée, l’éléphant qui a mérité cette distinction prend fièrement le pas sur ses compagnons, et lorsqu’un autre est à son tour devenu vainqueur, on voit l’ex-lauréat lui céder humblement les honneurs de la préséance.

Chez les quadrupèdes, comme chez les oiseaux qui vont par bandes, celui qui est en avant porte constamment la tète plus haute que ceux qu’il conduit.

Le coq et le troglodyte vaincus dans un combat se rapetissent, et se retirent pleins de confusion ; tandis que les vainqueurs se redressent fièrement, malgré leur fatigue, et font retentir l’air de leurs chants de triomphe.

Qui n’a souvent admiré la démarche du paon, ce roi des basses-cours, lorsque, enorgueilli de sa beauté, il s'avance majestueusement environné de sa gloire? Qui n’a aussi souri de pitié en voyant le dindon se rengorger plein de lui-même, jusqu’à faire croire qu’il va crever, et le tout pour étaler les quelques méchantes plumes qui composent sa queue terne et écourtée?

Plusieurs faits attestent que l’éléphant n’est pas non plus insensible aux louanges, et qu’au contraire, si l’on fait mine de l’injurier, sa vanité blessée en conserve rancune, et sait tôt ou tard en tirer vengeance.

On assure que le lion méprise un faible ennemi : ce qu’il y a de certain, c’est que, dans l’état de captivité, on enferme impunément un jeune chien dans sa loge, et qu’il n’y souffrirait pas longtemps un léopard ou tout autre animal qu’il croirait digne de sa colère.

Enfin , il arrive d’ordinaire qu’un gros chien , attaqué par un roquet, loin de lui faire le moindre mal, ne daigne seulement pas le regarder. J’ai vu beaucoup mieux que cela, et je crois pouvoir rapporter ici une scène plaisante dont j’ai été témoin il y a quelques années. J’avais alors un assez vilain chien, très-hargneux, très-désobéissant, très-mal éduqué enfin, qui portait nom Médor.Ce petit animal, soit méchanceté, soit jalousie, ne voyait pas plutôt entrer un chien dans la longue allée de ma cour, qu’il s’élancait sur lui avec la rapidité de l’éclair, et le forçait à évacuer promptement la maison. Un jour, un énorme mâtin, qui s’elait introduit dans la cour, la traversait paisiblement, lorsque Médor l’aperçut au travers des carreaux contre lesquels il faisait le guet. A cette vue, il fit tellement retentir l’appartement de ses cris, qu’il fallut de toute nécessité lui ouvrir la porte. En un clin d’œil les deux étages de l'escalier sont descendus, et, l’oreille

dressée, l’œil en feu , le poil hérissé , Médor sc précipite sur le monstrueux animal , qui reste impassible à la même place. L’élan du roquet avait été si rapide qu’il passa involontairement entre les jambes du dogue, et qu’il alla rouler quelques pas plus loin sur le pavé. Exaspéré par sa chute, il revient encore plus furieux sur le bon et paisible animal, qui , d’un coup de patte, se contente de le jeter sur le dos à une distance de plusieurs pieds. Si le nouveau venu a le sentiment de sa force , Médor a celui de sa propriété , et il ne veut pas qu’un étranger s’introduise chez lui. 11 revient donc encore à la charge ; mais, certain d’avoir trouvé plus fort que lui , il se borne à tourner autour de cet hôte importun, qu’il espère à la fin effrayer par ses aboiements. Celui-ci n’en a cure ; et , profitant d'un moment où le roquet s’approche davantage , il lève tranquillement la cuisse, et lui lance un jet d’urine à travers les yeux. A cet affront inattendu , la fureur de Médor tombe à l’instant même : il baisse piteusement l’oreille , serre la queue entre les jambes , et revient sans bruit se glisser dans sa niche , qu’il ne voulut même pas quitter à l’heure du dîner. Mon chien était pourtant un gourmand de premier ordre ; mais , pour le moment , son amour-propre blessé le suffoquait au point de lui ôter tout à fait l’appétit. Deux heures après, le pauvre animal était encore inconsolable de sa mésaventure , lorsqu’un second chien , beaucoup moins fort que le premier , s’étant aussi introduit dans la cour , je m’avisai de crier : Médor , un chien! et en même temps j’ouvris la porte. Médor, en animal prudent, regarde d’abord par la fenêtre quel est l’ennemi qui sc présente ; puis , avec sa vitesse ordinaire, il se précipite sur ce nouveau visiteur, qui se hâte de prendre la fuite. 11 fallait voir alors l’orgueilleuse satisfaction de mon Médor 1 11 traversa la cour en caracolant avec grâce , et remonta bientôt me trouver avec un air de triomphe qui devint encore plus sensible par les éloges que je lui prodiguai. Celte fois l’heureux vainqueur consentit à dîner, et s’en acquitta à merveille.

S ®* — Instinct «le reproduction ; besoins et passions «gui en «lépendent : amour pliysligne, affection , jalousie, amour des petits, amour des liens , besoin et faculté de construire.

A oulanl réparer les ravages de la mort par une perpétuelle transmission de la vie, Dieu, dans sa suprême sagesse, a fortement développé l’instinct de reproduction chez tous les animaux. C’est , en effet , sur la satisfaction de cet instinct que reposent la conservation des espèces et la constante harmonie de notre globe.

Chez 1 homme civilisé , le besoin générateur est sans cesse surexcité par une nourriture trop abondante et aphrodisiaque; chez l'animal , il n’est vivement senti qu'à certaines époques de l’année : aussi est-ce à la passion

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de l'amour que nous devons attribuer le plus grand nombre des déceptions et des malheurs qui viennent si souvent ilétrir notre existence ; tandis que l’animal, quand il n’est pas l’esclave de l’homme, est rarement contrarié dans la satisfaction du plus doux penchant que lui inspire la nature , et dont il ne se complaît pas à fausser le but.

La cause physique qui développe le besoin de procréation est une exubérance, une exaltation énergique des organes sexuels , laquelle tient le désir en éveil tant qu’elle n’est pas employée à sa destination spéciale. En faisant cesser par l’accouplement la congestion périodique établie dans ses organes, l’animal contribue au bien-être de son individualité, en même temps qu’il concourt aveuglément à la conservation de sa race. Toutefois , l’amour de la progéniture agit déjà en lui d’une manière vague , puisque les femelles de beaucoup d’oiseaux, par exemple, ne consentent à l’accouplement que lorsqu’elles ont construit un nid pour abriter leurs œufs et loger la petite famille qui en doit éclore.

Dès que les femelles sont fécondées , l’exaltation vitale se retire de la périphérie vers le centre des organes génitaux ; leurs chants ou leurs cris d’amour cessent tout-à-coup , et le besoin sexuel ne se fait plus sentir chez .. elles. La truie seule , à l’état de domesticité , fait exception à cette réglé gé- nérale tout à fait conforme au vœu de la nature.

Quoique l’amour chez les animaux ne paraisse être qu’un besoin pby- I sique auquel ils s’abandonnent sans en connaître l’origine ni le but , on ne : saurait nier qu’il ne paraisse s'idéaliser chez quelques-uns d’entre eux , et cela d’une manière en général d’autant plus sensible qu’on remonte davantage l'échelle zoologique. Bien plus, il n’est pas rare de le rencontrer accompagné d’un tendre attachement , qui peut subsister en dehors de l’acte générateur : c’est ainsi qu’on voit le coq prodiguer à de vieilles poules les soins qu’une mère donne à scs poussins , et les continuer à ces derniers , lors même qu’il est devenu chapon.

Une union affectueuse, une sorte de mariage (1) , qui souvent dure pen-

i\\ Dans la monogamie, dont nous parlons ici, les animaux montrent une inclination constante fun pour l’autre, et la femelle est protegee par le mâle : c est ÎSmT mode d’union qui a le plus de rapport avec le mariage. - La polyhaniic qui est non moins fréquente, peut être polygynique onpolyandriqucUn SM pour plusieurs le, 'elles constitue la polygynie, qui ne se r n ont guère que parmi les animaux qui vivent en troupe : aina, '

!wf connaît ses femelles , et veille a ce qu’aucune ne s écarté du troupeau , mais i] ne convoite nos celles d’un attire. Chez les hommes, la polygamie n existe guère me>armî Keo“es barbares ou .bruis par le top«b»e. - ' •» «'*« combinaison dans laquelle une femelle a un grand nombre de ma'es, ne rencontreq u e chez les fourmis elles abeilles. Parmi ces dernières, la reine seule s'accouple* avec les cinq cents mâles que l’on compte ordinairement da ruche tandis que les cinq mille abeilles femelles, étrangères aux plaisirs d.® Pamoùr , îrodiguenl les soins de la maternité à la nombreuse progéniture de la

StîR t-ES PASSIONS DES ANIMAUX, dant toute la vie, a lieu chez les renards, les chevreuils, les aigles, les pies, les tourterelles, les pigeons, les moineaux, les hirondelles et quelques espèces de perroquets. Le mâle et la femelle de la palamcdea cornuta ne se séparent jamais; après la mort de l’un, l’autre erre tristement dans le voisinage , et ne tarde pas à succomber. Bonnet clevait depuis plusieurs années une paire de ces charmants oiseaux connus en France sons le nom d 'inséparables, et que les Anglais appellent oiseaux d’amour ( lovc's birds ); la femelle, affaiblie par l’âge et ne pouvant plus gagner son auge, le mâle lui apportait la becquée avec l’empressement le plus touchant. Lorsqu’elle fut dans l'impossibilité de se tenir perchée, il faisait des efforts incroyables pour la soutenir, et quand elle fut morte, il se mit à courir avec une extrême agitation, essaya à plusieurs reprises de lui donnera manger; puis, la voyant immobile, il s’arrêta pour la contempler, et se mit à pousser des cris plaintifs. Peu de temps après il succomba.

Considéré dans chacun des sexes, l’amour offre des différences qui n’ont pas échappé à l’observation des physiologistes ; les mâles , par exemple , ont presque toujours des désirs plus précoces, plus violents, et à la fois plus durables; ils sont disposés à l’amour toutes les fois que les femelles en éprouvent le besoin, au lieu que celles-ci n’ont pas la même faculté. Certains animaux, les lièvres entre autres, tuent quelquefois leurs petits, afin de pouvoir plus tôt sc rapprocher des femelles; ces dernières, dans quelques autres classes, sont même obligées de veiller à ce que leur progéniture ne devienne pas victime de la voracité des pères. Aussi est-il à remarquer que, pendant les soins de la maternité, les femelles sont infiniment plus farouches et plus hardies que de coutume , tandis que les mâles sont plus furieux et plus redoutables à l’époque du rut. Les éléphants, par exemple , habituellement inoffensifs , se livrent alors à des accès de fureur qui les poussent à la destruction ; sortant tout à coup de leurs retraites, ils dévastent les récoltes, arrachent les arbres, renversent les chaumières , courent sur les hommes qui ont le malheur de se trouver à leur portée, et en font un horrible carnage. Cela explique très-bien la tendance différente des deux sexes : en amour, la femelle veut le but, la procréation; le mâle, le moyen, l’accouplement : l’une cherche davantage à conserver l’espèce; l’autre , à satisfaire ses désirs voluptucux.il s’ensuit que c’est presque toujours le mâle qui provoque à l’acte de la génération, et que c’est la femelle qui s’occupe

favorite. — Enfin , la pantogamic , où le choix des individus n’entre pour rien est la forme la plus matérielle et la plus basse de tous les rapprochements sexuels. On l’observe chez les poissons, les grenouilles, les chiens et les loups. L’homme qui s’abandonne à la débauche rétrograde donc vers la nature animale, et ce n’était pas sans raison que les Romains surnommaient lupa (louve) là iemme qui faisait métier de sa personne. Voyez le savant Traité de Physioloqie de Burdach. J

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plus particulièrement et avec le plus d'affection du produit de cette importante fonction (1).

Jalousie. — La nature prévoyante a voulu que les animaux adultes entrassent ordinairement en chaleur avant les animaux plus jeunes, afin que ces derniers trouvassent moins de rivaux parmi ceux qui les surpassent en force. La jalousie, néanmoins, s’observe tous les jours chez ces étonnantes créatures, qui ont aussi leurs préférences et leurs caprices. Celte passion revêt alors un caractère différent de celui qu'on remarque chez l’homme. Chez celui-ci , c’est une crainte haineuse d’être dépouillé de l’objet de son affection : aussi voit-on souvent le jaloux dissimuler sa fureur pour mieux assouvir sa vengeance ; la jalousie de I animal est plus franche , plus soudaine, plus violente : elle le fait fondre sur son rival avec l’impétuosité de la foudre. « Chez l’homme, dit Bnffon , cette passion suppose toujours quelque défiance de lui-même, quelque connaissance sourde de sa propre faiblesse ; les animaux , au contraire , paraissent d’autant plus jaloux qu ils ont plus de force, d’ardeur et d’aptitude aux jouissances qu’ils attendent: notre jalousie dépend de nos idées, et la leur, du sentiment. «Quoi qu'il en soit, au temps des amours, on voit beaucoup d’oiseaux et de mammifères se livrer les combats les plus acharnés pour la possession des femelles, et souvent les plus faibles y perdent la vie en même temps que la victoire.

La jalousie que les animaux ressentent avec tant de violence pour leurs semblables , ils l'éprouvent aussi contre l'homme qui peut se dégrader jusqu’à vouloir se faire animal.

Du reste, ce sentiment , chez les animaux, n’est pas toujours excité par le besoin sexuel , il reconnaît aussi pour cause le besoin de nutrition et celui d’affection : le chien , le chat, le singe, le perroquet, les pigeons, en fournissent à chaque instant la preuve, quand un importun vient partager leur repas ou les caresses de leur maître. Enfin, chez quelques animaux qui ont une sorte de domaine, dont ils ne souffrent pas qued autres approchent, la jalousie peut encore provenir du sentiment qu’ils paraissent avoir de la propriété : le phoque , le cerf et le sanglier sont dans ce cas.

Les accès de jalousie sont surtout tellement prononcés chez les chevaux, qu’on a vu les accidents les plus graves survenir parce qu’on n’avait pas assez ménagé, chez eux , la susceptibilité de cette passion.

Une jument était habituée depuis cinq années à habiter seule une jolie écurie, où elle était visitée, caressée et gâtée par toutes les personnes de la maison , notamment par son maître, mon ami, le docteur Pinel Grand-

m On sait, toutefois, que le pipa (espèce de crapaud) recueille précieusement les œufs qu’a pondus la femelle, les place sur le dos de celle-ci, et les fécondé seulement alors. On connaît aussi les soins que prend le crapaud accoucheur des œufs qu’il a retirés lui-môme du cloaque de sa femelle.

champ. Dans les premiers jours de i 84 1 , Cocolte était paisible dans son écurie, lorsqu’on amena une autre jument qui devait partager avec elle sa proprette habitation. Elle n’a pas plutôt senti l’approche de cette étrangère qu'elle paraît inquiète, s’agite, baisse les oreilles , et se retourne en inclinant la tète vers la porte de l’écurie d’où elle n’avait pu rien voir. Deux ouvriers menuisiers y étaient occupés à terminer une séparation, lorsque la nouvelle jument fut imprudemment introduite. A sa vue, Cocotte entre dans un accès de jalousie dont rien ne saurait peindre la violence : elle mord les planches et les brise, et se met à ruer sur tout ce qui l’entoure, fracasse l’échelle sur laquelle était monté un des ouvriers; et , bien que maintenue à l’aide de deux longes par son maître , qu’elle affectionne vivement , elle ne cessa de ruer que lorsqu’il l’eût abattue en faisant fléchir une jambe de devant pendant que les deux de derrière étaient en l’air. On profita de cet instant pour faire sortir la malheureuse jument, qui avait reçu plusieurs ruades dans le poitrail et dans les flancs, sans opposer la moindre résistance dans une demeure qui n’était pas la sienne. Elle était à peine emmenée que Cocotte s’approcha doucement de son maître , et se mit à lui lécher la figure et les mains avec une expression singulière de bonheur , de tendresse , comme si elle le remerciait de l’avoir débarrassée de cette rivale importune qui prétendait partager sa demeure et les caresses dont elle était journellement l’objet.

Amour des petits. — Ce besoin instinctif commence à se laisser entrevoir, même chez les animaux qui ne sont pas obligés de surveiller le produit de la conception. C’est ainsi que les femelles d'un grand nombre d’insectes cherchent d’abord un lieu convenable pour y déposer leurs œufs , et ne les abandonnent aux vicissitudes atmosphériques qu’après les avoir enduits d’un vernis conservateur; d’autres déposent leurs larves dans des cellules qu’elles construisent, et les y enferment avec une provision d’aliments suffisante jusqu’à leur accroissement complet (1).

Les soins de la progéniture paraissent être le principal lien qui réunit en société les abeilles ainsi que les fourmis, et l’on ne peut voir sans intérêt l’empressement de ces industrieux insectes lorsqu’ils portent la pâture à leurs petits. Il n’est pas jusqu’à la hideuse araignée qui ne soit digne de toute notre attention, lorsqu’elle renferme précieusement ses œufs dans le coffret desoie qu’elle a toujours avec elle, ou bien, qu’au moindre danger, elle emporte sa petite famille cramponée à son corps.

Dans la plupart des mammifères , on ne saurait considérer sans une sorte d attendrissement les soins affectueux dont les mères entourent leurs petits jusqu a ce qu ils soient en état de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance.

(1) Voir, dans la Revue Britannique (mars 1845), l'intéressant article intitulé ; De i Affection clés insectes pour leur progéniture.

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Chez quelques-uns, le mâle ne reste pas étranger à ces soins, qui du reste n’égalent jamais ceux des femelles, auxquelles le produit de la conception est plus spécialement confié. Parmi ceux qui vivent en quelque sorte dans l'état de mariage, comme le renard , l’attachement pour la progéniture est à peu près égal dans les deux sexes. Ainsi , lorsqu’on met un piège à l’ouverture du terrier du renard suisse, l'animal s’y laisse prendre pour retourner auprès de ses petits, quoiqu’il connaisse très-bien le danger , toutefois, c’est encore la femelle qui ordinairement se sacrifie la première pour sa jeune famille.

C’est surtout chez les oiseaux que l’amour semble prendre une teinte morale qui l’ennoblit. Leur union , en effet, n’esl-elle pas chez la plupart une sorte d’alliance affectueuse contractée pour la procréation et l’éducation de leurs petits ! Arrachées même à leurs habitudes naturelles, les femelles que nous tenons en cage s’épuisent en mouvements au temps de la pariade : elles ne cessent alors d’aller, de venir, pour assembler quelques plumes ou des brins de paille et de coton, avec lesquels elles essaient de construire leur nid, et tant qu’elles ne peuvent y parvenir, elles résistent opiniâtrérnent aux caresses du mâle; mais aussitôt qu’il est bâti, ou qu’on leur en a donné un, elles se livrent volontiers aux plaisirs ne l’amour, comme si leur tendresse maternelle pressentait que les petits n auront pas a souffrir dans ce lit moelleux qu’elles sauront échauffer de leur propre chaleur.

Chez la plupart des oiseaux à l’état de liberté, le mâle ne se contente pas d’aider la femelle à construire son nid ; il partage encore avec elle les soins de l’incubation. Chose admirable 1 oubliant toul-a-coup son naturel vif et volage, la mère reste pendant des semaines entières collée sur sa couvée. Pourvoyeur assidu , le père , de son côté, va et vient continuellement pour procurer des aliments à sa bien-aimée compagne; il lui apporte, il lui met dans le bec la nourriture toute préparée, et ne suspend guère scs rapides voyages que pour l’encourager par ses caresses et par ses chants. La naissance des petits est-elle venue resserrer les liens de ce couple fortuné, tous deux redoublent de courage avec les nouvelles fatigues qu exige I édulion de la famille, et ils ne cessent de l’environner des plus tendres soinsqu’au moment où elle est assez forte pour pouvoir se passer de leur amour. L’aigle, le vautour, et les autres tyrans de l’air, ont coutume de chasser plus tôt leur progéniture : c’est qu’appelés à vivre de rapine et de carnage, ils s’affameraient mutuellement s’ils restaient trop longtemps dans la même localité. Les cigognes nous offrent peut-être le modèle le plus louchant de l’amour des oiseaux pour leurs petits ; jamais le père et la mère ne s éloignent ensemble de leur nid; quand l'un est à la quête, 1 autre fait soigneusement sentinelle. Lorsque les petits commencent à essayer leurs ailes, ces tendres parents les soutiennent avec les leurs , les exercent peu à peu à vuler à une plus grande distance; ils les défendent avec intrépidité contre leurs

son LES PASSIONS DES ANIMAUX, ennemis, el , s’ils ne peuvent les sauver, ils périssent avec eux plutôt que de les abandonner.

Amour des lieux , besoin et faculté de construire. La plupart des animaux ne sont pas cosmopolites; ils aiment le pays, les lieux, les objets inanimés auxquels ils ont été habitués , et ils tombent souvent dans une sorte de nostalgie lorsqu’on les transporte dans de nouveaux climats , dans de nouvelles demeures. Voyez le cerf que des chasseurs ont lancé loin de sa retraite : il y revient dès qu’il le peut d’une course rapide, et en la revoyant il verse des larmes de joie. Poursuivi de nouveau, il s en éloigne pour y revenir encore; et ce besoin irrésistible, que ses ennemis connaissent , est ordinairement la cause de sa perte. \'oycz surtout ces légions d oiseaux voyageurs , qui , aux approches de l’hiver, se rassemblent a jour fixe , et s’en vont de compagnie chercher des climats plus doux que les nôtres : à peine le printemps est-il revenu qu ils reprennent leur route , et, sans carte ni boussole, regagnent nos contrées pour y trouver et les lieux qui les ont vus naître, et la nourriture qui convient à leurs petits. L inslirtet de conservation avait naguère provoqué leur départ (1) ; 1 amour du pays et de la progéniture exige impérieusement leur retour.

Comme, chez les animaux, ce n’est pas l’intelligence proprement dite qui préside au choix de leur habitation , on est forcé d admettre qu il existe en eux une impulsion primitive et héréditaire qui les porte à se fixer dans les localités les plus favorables à leur existence et à celle de leurs petits. D’un autre côté, toute la terre devant être habitée , il a fallu que cette prédilection native variât à l’infini dans toute l’échelle zoologique. Ainsi , le chamois se plaît au milieu des rochers, le loup dans les forêts, le lion dans les déserts brûlants, la taupe sous la terre, le rossignol dans les bocages, l’alouette dans les champs , le corbeau dans les vieux monuments, le chardonneret dans les dunes sablonneuses, l’effraie dans les ruines solitaires, le moineau dans les trous des maisons, le chien enfin dans la demeure même de l’homme , dont il est le plus sûr et le plus fidèle gardien.

Outre l'instinct de choisir les climats et les localités le mieux appropriées à leur nature, certains animaux possèdent le talent de disposer leur demeure delà manière la plus commode ; il en est même qui naissent habiles architectes. 11 suffit, pour s’en convaincre, d’examiner l’habitation des castors, le terrier du renard , du blaireau et du putois , la toile de fa-

(1) Dejeunos oiseaux migrateurs, des cailles, par exemple, qui étaient élevées en cage depuis leur naissance , ont éprouvé régulièrement en septembre et en avril une inquiétude, une agitation extraordinaire qui s’emparait d’elles tous les soirs et durait toute la nuit. Pendant le jour elles paraissaient tristes, abattues et assoupies. Ne peut-on pas aussi attribuer à leur instinct voyageur ces agitations périodiques, puisqu’elles se manifestaient précisément pendant les deux mois de passage ?

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ra ignée , les rayons de 1 abeille et la coque du ver à soie. La plupart des animaux herbivores ne construisent pas; quelques-uns se bornent à ramasser un peu de paille ou de feuilles pour se coucher et y déposer leurs petits. Quant aux oiseaux, ils se montrent presque tous excellents constructeurs. On croit généralement qu’ils ne bâtissent de nids que dans la saison des amours , et que chez eux chaque espèce fait toujours sont nid de la même manière : c’est une double erreur, dont sont facilement revenues les personnes qui ont visité la jolie volière de M. Machado. Ses dioches du Sénégal mettent la plus grande variété dans leurs constructions, auxquelles ils travaillent toute l’année, ainsi que les abeilles; et l’on ne peut regarder sans un véritable étonnement la savante industrie de ces oiseaux , dont la demeure est formée de plusieurs étages semblables à ceux de nos maisons. D’autres vont simplement construire leur nid dans quelque trou de muraille, sur le sommet d’un arbre, ou entre deux mottes de terre. Pour l’hirondelle domestique, au lieu de revenir pondre dans le nid de l’année précédente , elle en construit ordinairement un nouveau au dessus de l’ancien ; l’on a compté jusqu a quatre de ces nids bâtis d’année en année au-dessus l’un de l’autre. Tous les oiseaux ne sont pas ainsi architectes : les gallinacées , par exemple , ne construisent réellement pas , l’homme se charge de ce soin ; d’autres, tels que le hibou et la chouette noire , se servent de nids faits par d’autres oiseaux. Quant à la femelle du coucou , elle ne se contente pas de déposer furtivement son œuf dans un nid quelle n’a pas bâti ; elle ne s’en met nullement en peine, et l’abandonne à une mère étrangère , qui heureusement en aura autant de soin que de sa propre couvée.

A l’exemple du coucou , mais bien autrement dangereux , plusieurs insectes hyménoptères et diptères , le beau genre chrysis entre autres , cherchent à introduire leurs œufs dans les nids où l’abeille a déposé les siens. Malheur à la mère forcée de quitter sa cellule pour aller à la provision 1 le chrysis est là , qui épie son absence pour se glisser à sa place et y laisser un œuf, d’où sortira le futur assassin de la larve destinée à éclore près de lui.

Enfin, une mouche à quatre ailes, qui ne prend qu’un peu de miel pour nourriture , le redoutable ichneumon , darde habilement ses œufs dans le corps d’une foule d’insectes qui doivent servir vivants de berceau et de pâture à ses larves , jusqu'à ce qu’elles aient atteint toute leur croissance.

Conclusion. — Comment a-t-on pu assimiler à de simples machines ces admirables créatures, douées de mémoire, de mouvements spontanés et d’une sorte de langage (1) ; qui ressentent , comme nous, la douleur et le

(1) Si les animaux sont privés du don de la parole, ils expriment les sensations

StJB LES PASSIONS DES ANIMAUX.

plaisir; qui , comme nous, manifestent des sentiments décoléré, d amour, de jalousie , d’orgueil , de reconnaissance , etc. ; dont les sens 1 emportent en general sur les nôtres; dont la merveilleuse industrie excite si vivement notre admiration , et dont plusieurs sont susceptibles de recevoir une certaine éducation qu’on a vue modifier prodigieusement leurs penchants primitifs , leur naturel héréditaire? Il a répugné un jour à l'orgueil humain d’admettre plus longtemps que les animaux pussent avoir une âme (1) : alors on a trouvé plus simple de les considérer comme de purs automates , dont le mécanisme invisible se brise avec les organes auxquels il imprimait le mouvement et la vie. Pour moi, qui ne saurais partager une opinion si favorable au matérialisme , je ne me borne pas , avec quelques adversaires des cartésiens , à admettre que les animaux ont une âme sensitive; je vais plus loin , et je suis porté à croire qu’il existe en eux une ombre d'intelligence en rapport avec leurs besoins, tous essentiellement terrestres. Maintenant, ce qui établit la prééminence intellectuelle de l’homme sur la brute , c’est que l’homme, ce favori de la création, possède seul une âme faite pour commander à ses organes; c’est qu’il a reçu une capacité d'intelligence qui lui permet de rapprocher ses idées , de les comparer entre elles, et d’en tirer des conséquences qui elles-mêmes peuvent servir de base à d’autres raisonnements capables de l’élever jusqu’à son divin auteur ; c’est que seul il peut transmettre sa pensée , rendue en diverses langues par la parole , ou exprimée par des signes de convention ; c’est que scs besoins ne sont pas bornés à des satisfactions corporelles et terrestres, mais que ses désirs , inquiets et insatiables, se portent encore au delà de la tombe , où il prévoit une récompense pour ses bonnes actions, un châtiment pour ses mauvaises; c’est qu’enfin , placé entre ces deux alternatives d’espoir et de crainte , il peut juger sainement du bien et du mal moral , et , par la décision de son libre arbitre , déterminer le mérite ou le démérite de ses actes. Encore une fois , n’accordons pas aux animaux la raison, dont nous faisons malheureusement un si triste usage , mais n’allons pas jusqu’à leur refuser un certain discernement. Nous avons sur eux assez de prérogatives pour ne devoir pas craindre d'admettre que Dieu a pu leur accorder une ombre de l’intelligence hu-

et les sentiments divers qu’ils éprouvent par des sons si différents, par des gestes si naturels et si animés, qu’on ne saurait leur refuser une sorte de langage à l’aide duquel ils se comprennent. Celui du cliicn, si varié et si expressif, suffirait au besoin pour convaincre de cette vérité l’observateur le moins attentif.

(1)« Novit sapiens jumentorum suorum animas, » disait Salomon. (Proverb., xu, 10.) Saint Augustin reconnaît aussi que les animaux ont une âme, mais qu’ils sont incapables de distinguer le bien du mal. [Enavv. , II , in Ps. 29.) — Enfin, saint Grégoire le Grand admet trois sortes d’âmes : celle de l’ange, qui n’est pas revêtue d’un corps; celle de l’homme, qui est unie à un corps auquel elle survit; et celle des animaux, qui meurt avec leur corps. [Dial., îv, 3.)— Voir, à la fin du volume, note J, l’opinion de Bérard sur cette question.

18k coup d’oeil philosophique, etc.

inaine, comme il a daigne communiquer à l’homme un rayon de sa suprême intelligence.

Je terminerai cet aperçu par une réflexion de Pascal , qui justifiera le soin que j’ai pris démontrer combien l’homme ressemble aux animaux , et combien il en diffère. « 11 est dangereux , dit ce moraliste, de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre; mais il est très-avantageux de lui représenter l’un et l’autre.»

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