‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 58 sur 128 · DE LA PEUR · texte numérisé non relu

DE LA PEUR

Ilis maximum est periculum qui maxime timent.

Sallust., Catill., c. 58.

OéQnition et synonymie.

La peur ( pavor ), passion éminemment concentrique et débilitante , peut être définie : un état pénible de lame, avec trouble des sens , produit par la perception rapide d’un danger réel ou imaginaire. De toutes nos affections , c’est peut-être la plus contagieuse, et celle qu’on peut le moins dissimuler. On la voit souvent s’emparer de nous avant l’approche du péril , et durer longtemps après qu’il est passé.

La frayeur , \' effroi et la terreur, expriment par gradation trois états dans lesquels l’organisme éprouve encore une plus grande perturbation ; chez l’être habituellement peureux ce sont de véritables paroxysmes de la fièvre continue qui le tourmente.

Plus vive , mais plus passagère que la peur, la frayeur (d efragor, grand bruit) naît d’un danger subit, imprévu , et qui nous est personnel; elle provient des choses que nous entendons ; elle saisit.

L'effroi dure tant que le danger qui l’a causé est présent; il naît des choses que nous voyons ; il glace.

Occasionnée par ce que nous croyons être , plutôt que par ce qui est réellement, la terreur ( terror ) produit sur nous l’effet de la tête de Méduse : elle pétrifie.

La terreur peut être panique, l’effroi ne l’est jamais; aussi les cauchemars doivent-ils être considérés comme des accès de terreur.

Il est une autre nuance delà peur (je veux parler de Yépouvante) , qui nous pousse à fuir avec rapidité le danger auquel nous ne nous sentons pas la force de résister. C’est la seule réaction conservatrice de la peur livrée à elle-même, c’est-à-dire lorsque aucune autre passion ne vient à son secours. On veut sans doute parler de l'épouvante quand on dit que la peur donne des ailes, car la frayeur, l’effroi et la terreur ne pourraient que les paralyser. Une remarque qui n’a pas échappé aux naturalistes, ccst que les animaux les plus susceptibles d éprouver ce sentiment sont précisément ceux qui

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