DE LA PEU H
cl enfin dans un sommeil troublé par des rêves effrayants qui en diminuent l’action réparatrice.
C’est ordinairement à l'époque de la puberté que les garçons commencent à s’affranchir de la maladie de la peur; les jeunes filles, au contraire , y sont bien plus sujettes au moment de l’apparition des menstrues. Si cette faiblesse ne se dissipe pas après l’entier développement du corps , les individus qui en sont atteints restent pusillanimes toute leur vie.
La peur est fréquemment suivie de syncopes , de palpitations , de convulsions , de paralysie et d’épilepsie, surtout chez les enfants. Souvent aussi , les sphincters venant à se relâcher, on voit se manifester des évacuations involontaires d’urine et de matières fécales mal élaborées.
Chez les femmes, principalement chez celles qui sont douées d une extrême susceptibilité nerveuse , la peur détermine la suppression des menstrues, des locbies, du lait, ou bien elle produit des hémorrhagies utérines fort graves, et quelquefois même l’avortement : les trois journées de Juillet ont offert plusieurs exemples de cette dernière terminaison.
On a vu de violentes frayeurs causer des phlegmasics intenses , ainsi que l’aliénation mentale (1), la catalepsie, l’hydrophobic , des apoplexies pulmonaires et cérébrales , et chez des anévrysmaliques, déterminer une rupture du cœur ou d’une grosse artère , accident immédiatement suivi de la mort.
On a aussi observé que le scorbut étend ses ravages avec une effrayante rapidité , lorsque les marins ou les habitants d’une ville assiégée sont dominés par ce pénible sentiment.
Si, à l’époque désastreuse du choléra-morbus , bien des personnes qui avaient à un haut degré la peur du mal, en ont , comme on le dit , été quilles pour le mal de la peur, on ne saurait nier qu’un beaucoup plus grand nombre n’aient contracté la maladie, et n’y aient succombé sous l’influence de cette affection morale.
Souvent encore, la peur fait survenir des complications chez des individus atteints de blessures , de tumeurs ou de maladies cutanées par ellesmêmes fort peu graves , et dont la guérison paraissait aussi assurée que prochaine.
Je dois cependant ajouter que les effets de la peur ne sont pas toujours aussi funestes, et qu’ils ont même été quelquefois avantageux dans la terminaison de quelques maladies.
Enfin, porté à l’extrême, ce sentiment ne rend pas seulement l'homme
(1) Dans le deuxième Compte rendu publié par M. Desportes, on trouve, sur 8,272 aliénés admis à Bicôtre et à la Salpétrière, 1 ,57G individus chez lesquels les causes de la manie sont restées inconnues; mais on a pu constater que 124 personnes ont été placées dans ces établissements par suite de vives frayeurs.
-GO de la i’edb.
égoïste, il peut encore le pousser à des actes injustes, atroces même, et cependant dignes d excuse, lorsqu ils ne proviennent pas d’une intention criminelle, mais du besoin inné de la conservation : tel était le cas d’un journalier de la haute Silésie, qui, pendant une nuit, tua sa femme, la prenant pour un spectre contre lequel il se défendait.
— Quant à la crainte proprement dite, si elle est habituelle à un individu , elle ne tarde pas à se compliquer de tristesse, et l’anxiété qui en resuite dégénère souvent en une véritable mélancolie ou lypémanie. 11 est à remarquer que celte forme de l’aliénation mentale revêt de préférence le caractère de la démonomanie , quand elle a pris sa source dans une crainte exagérée des jugements de Dieu.
Des observations authentiques prouvent que bien des personnes ont succombé par suite de la maladie qu’elles avaient longtemps appréhendée sans motifs plausibles, ou dont quelques bizarres pronostics avaient frappé leur craintive imagination.
Mais c’est surtout pendant les maladies épidémiques que la crainte précipite au tombeau de nombreuses victimes (1) , au lieu que le calme de l’âme et le courage semblent en quelque sorte conjurer le danger (2).
Du reste, tous les médecins ont pu constater que la crainte de la mort a fait succomber des malades qui se seraient sans aucun doute rétablis si l’on eût pu parvenir à la leur ôter.
Pour les personnes scrupuleuses , changeant sans cesse de sentiment sur la plus légère apparence, se repaissant de réflexions extravagantes sur les moindres circonstances de leurs actions , montrant beaucoup trop d’attache à leur propre sens, n’agissant jamais sans une certaine inquiétude qui trouble l’attention et entrave la volonté , elles perdent les douceurs de l'espérance, énervent leur âme , et altèrent leur santé par la tristesse qui les accompagne partout.
Les désordres intellectuels qui résultent de la peur et de la crainte ne sont pas seulement plus fréquents chez la femme que chez l'homme, ils sont encore beaucoup plus graves chez elle : d’abord à cause de sa sensibilité plus exquise ; en second lieu , parce que la commotion qu’elle éprouve dans ces moments peut coïncider avec les menstrues, les lochies, la sécrétion du lait, et les supprimer brusquement. J’ai observé , avec M. Marc , que la manie est la conséquence la plus ordinaire de ces diverses suppressions ; dans tout autre cas , la frayeur produirait plutôt la démence , quelquefois portée jusqu’à la stupidité. La mélancolie ou lypémanie se rencontre alors plus
(1) Voy. le mémoire de M. le docteur Grémilly, sur la Frayeur cholérique; Paris, 1855 , in-8°.
(2) Pendant toute la durée du choléra à Paris, sur 90 sœurs de bon secours , constamment occupées à soigner les malades , pas une seule n’a été atteinte de l’épidémie. Ici c’était le calme de l’ùme uni au dévouement de la charité.