DE LA PEU K
rarement que les deux formes d'aliénation mentale dont il vient d être question. Au reste, toutes les trois, ainsi que la demonomunie , sont accompagnées d’hallucinations , d'illusions et depantophobic , ou terreur panique, tant il est vrai que les passions se retrouvent jusque dans les dérangements intellectuels qu’elles produisent.
Traitement.
Tout être qui entre dans la vie a le sentiment de sa faiblesse, et cherche instinctivement le contact de ceux qui lui ont transmis 1 existence. Ce premier besoin passé, les enfants en éprouvent longtemps un autre, celui de ne pas perdre de vue leurs parents ou les personnes chargées de leur donner des soins et de leur porter les secours qui leur sont à chaque instant si nécessaires. Sous ce rapport , la peur est , surtout dans le premier âge , un sentiment conservateur : elle est en quelque sorte le bouclier de l’enfance, comme le courage doit être le bouclier de l’homme devenu adulte.
Malheureusement, les parents ou les premiers gardiens des enfants, pour les maîtriser avec plus de facilité, les épouvantent beaucoup trop ; ils finissent ainsi par faire dégénérer en véiilable maladie un sentiment, nous le répétons, primitivement conservateur , et dont plus tard on préviendrait sans peine les effets dangereux en lui imprimant une sage direction.
La première chose à faire dans le traitement de la peur est donc de recommander aux parents, aux nourrices ou aux domestiques inexpérimentés, de ne jamais effrayer les enfants en les menaçant de la bête, ou de l’ogre qui va les dévorer ; ils devront surtout s’abstenir de leur rapporter , avec un air effaré, des histoires de loups-garous, de sorciers, de revenants, récits dont la funeste influence est souvent encore augmentée par le lieu et l’heure auxquels on a coutume de les faire. Plus tard, ils auront soin de ne pas laisser tomber entre leurs mains des ouvrages dont le merveilleux et le terrible ne serviraient qu’à ébranler leur frêle imagination, et à leur inspirer le dégoût des lectures utiles.
Si, malgré ces précautions, la peur vient parfois s’emparer d’un enfant, on tâchera d'éloigner adroitement les causes qui la lui ont inspirée; ou bien, sans avoir recours aux exhortations et aux réprimandes , on affectera devant lui de s’exposer à un prétendu danger, que son penchant à l'imitation le portera bientôt à vouloir braver aussi. On devra surtout ne lui faire faire dans l’obscurité que des commissions qui paraissent avoir un but nécessaire ou tout au moins utile : s’il pouvait croire qu’on veut seulement l’enhardir, cette idée suffirait pour augmenter sa peur, et tout serait perdu.
Quant aux jeunes gens peureux , on leur donnera une nourriture forte , mais simple; on lâchera de leur faire fréquenter la société de camarades hardis et surtout calmes. Les voyages, la chasse, la natation, en un mot,
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tous les exercices gymnastiques, en développant leurs membres, en augmentant leurs forces , développeront aussi leur énergie morale, qu'on stimulera en même temps par des lectures et des exemples appropriés, par une musique militaire ou par le spectacle de petites guerres.
De vieux officiers m’ont assuré que le cheval diminue tellement la peur, que maints fantassins reconnus pour les plus grands poltrons de leur régiment, étaient devenus d’une bravoure à toute épreuve en passant dans la cavalerie : c’est une remarque importante dont les gouvernements ne paraissent pas avoir tenu compte jusqu’à présent. Du reste, l’habitude, dont l’influence est si puissante pour émousser nos sensations et nos sentiments, l’habitude , cette seconde nature , a souvent pour effet de dissiper complètement la peur en nous familiarisant avec le danger : aussi Jean Bart, et mille autres, qui tremblèrent de tous leurs membres à la première action où ils se trouvèrent, sont-ils devenus par la suite des héros dont la bravoure est passée en proverbe.
Pendant un accès de peur, on fera prendre avec succès de l’eau froide par cuillerées; l’on pratiquera en même temps sur le visage et sur les membres des frictions avec un mélange de parties égales d’eau-de-vie et de vinaigre.
Après l’accès on pourra , s’il n’y a pas de contre-indication , administrer un peu de vin généreux, ou mieux encore, une infusion de tilleul, de camomille et de feuilles d’oranger.
Les accidents consécutifs signalés plus haut seront combattus par des moyens appropriés.
La crainte pouvant entraver la marche des maladies et nuire au succès des opérations chirurgicales, le médecin ne devra négliger aucune précaution pour la bannir de l’esprit de ses malades : ainsi , il recommandera aux personnes qui les entourent de ne jamais parler des suites funestes d’une maladie qui pourrait avoir quelque rapport avec la leur ; il engagera ces mêmes personnes à avoir une contenance calme, et il affectera de son côté un air rassuré et riant, lors même que l’inquiétude et la tristesse seraient dans son cœur.
Lorsque plusieurs praticiens se réunissent pour s’éclairer dans un cas grave, quelle que soit l’exiguïté du local, la consultation ne doit jamais avoir lieu en présence du malade; ils refuseront aussi, autant que possible, d’admettre à leur délibération des personnes qui pourraient faire au malade un récit infidèle ou trop circonstancié de ce qu’elles auraient entendu, ou bien qui, malgré elles, pourraient l'effrayer par la tristesse qui resterait empreinte sur leur visage. Enfin, une opération grave est-elle devenue indispensable , cette nécessité devra être annoncée au malade avec les plus grands ménagements; on s’efforcera de l’y disposer peu à peu, et même de l’amener à la désirer, en faisant naître dans son esprit l’espoir d'une guérison prompte et facile.
DE LA rEUR.
L’obéissance est le meilleur moyen qu’emploient les ecclésiastiques
éclairés contre la crainte religieuse poussée jusqu’au scrupule ; ils ont , en effet, remporté une grande victoire quand ils sont parvenus à convaincre le scrupuleux que l'homme obéissant triomphe de lui-meme . aussi , après avoir écouté avec calme la série des craintes de leur pénitent , agissent-ils prudemment en lui imposant à ce sujet un silence continuel , jusqu’à ce qu’il soit arrivé à mépriser ses doutes ; ils font également bien de lui défendre les lectures ascétiques, la solitude , l’oisiveté et la fréquentation des personnes scrupuleuses, qui ne pourraient qu augmenter ses terreurs chimériques.
Observations.