‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 62 sur 128 · I. Effets de la peur sur le système nerveux · texte numérisé non relu

I. Effets de la peur sur le système nerveux

On rit souvent de la peur, et beaucoup de personnes imprévoyantes se plaisent à l’exciter , surtout chez les enfants , soit par des contes ridicules , soit en faisant paraître devant eux des figures de spectres plus ou moins hideuses : l’exemple suivant prouve à quel point ce genre d’amusement peut être dangereux.

Un jeune orphelin, âgé de huit ans, d’une excellente constitution et d’une grande intelligence, avait été recueilli , à la mort de ses parents , par un oncle maternel qui exerçait la profession de cultivateur au fond d’une province du Midi. Cet oncle, déjà chargé d’une nombreuse famille , joignait à une avarice sordide une extrême violence de caractère; aussi , le jeune infortuné, dont il avait été forcé de se faire l’appui , ne larda pus à devenir l’objet de ses brutalités habituelles. D’un autre côté, constamment en bulle aux mauvais tours que ses cousins se plaisaient à lui faire, le pauvre enfant passait des journées entières à gémir auprès du troupeau qu’on l’avait chargé de conduire au pâturage , et quand il rentrait sous le toit inhospitalier qui lui servait d’abri, c’était pour sentir redoubler sa misère.

Un soir qu’il revenait au logis , son oncle lui défendit d’approcher de la table où le souper de la famille était servi , et , lui ayant jeté un morceau de pain, il lui ordonna d’aller se coucher. L’enfant obéit , et monta tristement l’échelle qui conduisait à son grabat. Il était sans lumière , mais , la clarté de la lune éclairant ses pas, il aperçut une figure hideuse enveloppée d’un linceul. A cette vue, ses cheveux se hérissèrent , un cri plaintif s’échappa de sa poitrine , et il tomba lourdement sur le plancher , en proie à une horrible convulsion. Le bruit de sa chute attira bientôt ceux qui avaient préparé cette déplorable scène. Sans doute ils n’avaient pas prévu ses suites funestes, mais le mal n’en était pas moins accompli : quand le pauvre or-

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