‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 64 sur 128 · III. Peur héréditaire , suivie d’une diathèse scrofuleuse · texte numérisé non relu

III. Peur héréditaire , suivie d’une diathèse scrofuleuse

Charles C***, homme marié , d’une forte complexion , était devenu le jouet de son village , à cause de son extrême poltronnerie. Un jour , des voisins, ayant voulu connaître jusqu’où irait sa couard.se , s’avisèrent de lui faire regarder une tète de mort renfermée dans un énorme potiron. A cette vue, ce malheureux ressentit un tel effroi qu'il fut pris à l’instant meme d’un violent accès d’épilepsie, maladie à laquelle il resla sujet depuis cette époque Quelques années après , Charles eut deux filles qui héritèrent de ses frayeurs habituelles. En 1814, l’aînée, alors nourr.ee, fut tellement épouvantée à l’aspect des Cosaques répandus dans son village , que son lait se tarit tout à coup , et quelle mourut deux jours après avec tous les symptômes d’une double congestion pulmonaire et cérébrale.

L’enfant quelle nourrissait, nommée Virginie, hérita à son tour de cette affection morale de famille : comme sa mère , elle avait la peau presque toujours froide, et les pieds constamment glacés; les menstrues, qui parurent chez elle vers la treizième année , furent presque toujours irrégulièi es , peu abondantes, et souvent supprimées par les frayeurs conliuuelles quelle éprouvait. Bien que sa constitution fut forte et sanguine, V irginie ne larda pas à être affectée d’engorgements glanduleux qui abcédèrent d abord aux poignets, ensuite au cou. De dix-neuf à vingt-quatre ans , d autres tumeurs apparurent à l’aisselle et à l’aine gauches; enfin , un trajet fisluleux , situé un peu au dessus de l’aine droite, s’établit au milieu des téguments labourés de cicatrices, et donnait écoulement à un pus clair , brunâtre , exhalant parfois une odeur ammoniacale des plus prononcées.

Telle était la triste position de Virginie lorsqu elle réclama mes conseils. L’ayant d’abord questionnée sur les causes qui avaient amené cette infirmité , elle m’avoua qu'il ne se passait gucre de jour sans qu elle éprouvât des accès de frayeur qui lui retournaient les entrailles , et la laissaient glacée même au milieu de la plus grande chaleur : le pas d’une personne qui montait son escalier , un coup de vent , un meuble qui craquait pendant la nuit, suffisait pour la jeter dans cet état. Lorsque je venais la visiter, bien que je frappasse à sa porte avec la plus grande précaution , elle était saisie d un tel émoi , que je devais attendre plusieurs minutes avant de pouvoir juger de l’état de son pouls. On conçoit combien des émotions si souvent répétées ont pu altérer sa complexion , cl l’amener à une diathèse scrofuleuse des plus caractérisées , quoique ses parents fussent sains , qu elle eut été élevée à la campagne, et quelle eût toujours conservé une pureté de mœurs exemplaire.

Dès que j’eus reconnu chez cette malade l’existence d’une fistule slercorale abdominale , je la soumis a un traitement approprié a sa position , je

DE LA l'EUR.

m'attachai surtout à remonter son moral , je l'accoutumai peu à peu à l’idée d’une opération qui seule pouvait la débarrasser de sa désagréable affection , et , lorsqu elle fut entièrement décidée à la subir , je la mis entre les mains de mon habile confrère le docteur Pinel-Grandchamp. Virginie, soutenue par sa vive piété , supporta sans proférer de plaintes une opération aussi délicate que douloureuse. Enfin , une cicatrice de bonne nature, obtenue à 1 aide de la suture entortillée, paraissait offrir les plus grandes chances de guérison , lorsqu’un violent orage ayant éclaté le quatrième jour de l’opération, je ne lus pas peu surpris de voir les téguments divisés aussi nettement qu'on aurait pu le faire avec un rasoir : la malade avait éprouvé une vive frayeur pendant un violent coup de tonnerre! Elle est entrée depuis à l’hôpilal Cochin , dans le service de M. Michon , qui , plus tard , lui a fait obtenir son admission a la Salpêtrière , comme incurable.

IV Frayeur suivie d’hémiplégie et de la mort. (Observation recueillie par feu

le docteur Bourgeois.)

«Lest , comme on sait , un usage à peu près général en Allemagne , d avoir , dans les cimetières et sous la garde du sacristain, des salles d'attente ou 1 on dépose les morts, un cordon de sonnette dans la main, pendant les vingt-quatre heures qui précèdent l’inhumation. 11 existait à Mayence, pendant l’occupation française, un de ces dépôts dans lequel il advint qu’on plaça, disposé selon la coutume, un militaire mort hydropique. Quelques heures après , au milieu de la nuit , le gardien , qui était couché dans une pièce attenante, fut tout à coup réveillé par une violente secousse de la sonnette mortuaire ; épouvanté , il s’était brusquement dressé sur son lit, lorsqu'un nouveau coup de sonnette retentit à ses oreilles. Atterré alors et saisi d’effïoi , il veut se lever , s’enfuir : ses jambes fléchissent sous lui ; appeler, et la voix lui manque; il tombe enfin sans connaissance. Cependant , attirées par le bruit de l’étage supérieur , sa femme et sa famille appellent au plus tôt un médecin. A l’arrivée de celui-ci (M. le docteur Bécœur, aujourd’hui chirurgien en chef de l’école de cavalerie de Saumur), il avait reprisses sens, mais il avait perdu la faculté de se mouvoir et d’articuler aucun son : il était frappé d’hémiplégie. Les yeux égarés et fixés sur la porte d’entrée de la salle des morts, il indiquait celle-ci par un mouvement de tète. On y pénétra , et on trouva que , comme il arrive assez souvent, l’hydropique s’était ce qu’on appelle vidé; l’affaissement survenu tout à coup avait entraîné , dans une double secousse , ses mains croisées sur le ventre, et à l'une desquelles était attaché le cordon de la fatale sonnette. Joules ces circonstances rendaient, sans doute, suffisamment compte de ce qui venait de se passer : l’explication en fut donnée au malade, qui la conçut et en fut complètement rassuré. Mais le coup porté était irréparable; la paralysie persista, et la mort survint quelques semaines après. »

DE LA PARESSE

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