‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 76 sur 128 · DE LAS10UR · texte numérisé non relu

DE LAS10UR

Les craintes du jaloux sont-elles imaginaires , dénuées de toute espèce de fondement , la passion présente alors moins de violence dans scs accès, mais la fréquence de ses accès suffit pous empoisonner tout bonheur domestique.

Les tempêtes que la jalousie soulève dans ie cœur des femmes ne sont pas moins h redouter. « Lorsque la ialousie, dit Montaigne, saisit ces pauvres âmes foiblcs et sans résistance, c’est pitié comme elle les tirasse et tyrannise cruellement. La vertu , la santé, le mérite, la réputation du mary, sont les boutefeux de leur rage : cette fiebvre laidit et corrompt tout ce qu’elles ont de bel et de bon d’ailleurs , et d’une femme ialouse, quelque chaste qu’elle soit et mesnagiere, il n’est action qui ne sente à l'aigre et à l’importun. »Quant aux différences que présente la jalousie dans les deux sexes , on a observé que celte passion est beaucoup plus fréquente , et en même temps plus grossière, chez l’homme que chez la femme. L’homme soupçonne plus facilement la femme coupable d’une infidélité matérielle , et redoute par-dessus tout un affront qui , dans nos mœurs, le rend un objet de risée; la femme, au contraire, craint davantage la perte du cœur de celui qu’elle aime, et , tant qu’elle croit posséder son affection , elle peut encore supporter le partage de ses caresses. Les annales des fureurs de la jalousie attestent que c’est presque toujours la femme qui expie les atteintes portées à la foi conjugale par elle et son complice. La femme, en effet, pardonne ordinairement à l’homme les infidélités qu’elle découvre, et fait retomber son ressentiment sur ses rivales; l’homme pardonne plus volontiers à son rival, et reporte toute sa vengeance sur celle dont l’inconduite le déshonore , et peut en outre introduire un étranger dans la famille.

Effets et terminaison. — Lorsque l’amour, quelle que soit sa violence , n’a pour base que les attraits passagers de la jeunesse ou de la beauté , il est rare que la possession , et surtout que l’abus du plaisir , ne finisse pas par amener peu à peu l’indifférence , et même le dégoût. Aussi, est-ce en parlant des unions de cette nature , qu’on a dit avec raison que l’hymen est le tombeau de l’amour. Quant à la cause de ce changement , elle est assez facile à découvrir : c’est que l’amour est aveugle quand il arrive , et trop clairvoyant quand il s’enfuit (1).

La passion n’a-t-ellc jamais été satisfaite, l'absence, une infirmité survenue , l’inconstance naturelle au cœur humain , ou bien d’amères déceptions , viennent souvent éteindre une flamme que n’entretenait pas un aliment assez pur. Dans le cas où l’amour est porté à son plus haut degré d'intensité , et où les malheureux qui sont atteints de cette fièvre dévorante ne conservent aucun espoir de bonheur, on en voit un grand nombre traîner péniblement une existence minée par la nostalgie, les affections chroniques du cœur cl du poumon , ou bien abréger par le suicide

(1) Voir, ê la fin du volume, la note N, sur les demandes en séparation de corps.

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