III. Jalousie d’une belle-mère
M. de S***, officier supérieur, veuf d’une personne charmante qu’il avait beaucoup aimée, et qui lui avait laissé un fils en bas âge, épousa en secondes noces une jeune Belge qui promit de servir de mère à l’enfant auquel elle paraissait tendrement attachée. Cet enfant était resté en nourrice à une très-petite distance de la ville habitée par M. de S***. Chaque jour les deux époux se rendaient auprès de lui, et semblaient goûter unejoie presque égale en voyant le développement de ses forces et de son intelligence. Néanmoins , sa grande ressemblance avec sa mère jetait souvent M. de S*'* dans une sorte de rêverie qui n’échappait pas à la jeune femme; il poussait même quelquefois l’imprudence jusqu’à lui faire l’éloge de celle qu’il avait perdue, et jusqu’à lui avouer les émotions produites en lui à la vue de cet enfant , que sa mère eût contemplé avec tant de bonheur. Ces aveux, du reste, ne paraissaient pas déplaire à celle qui les écoulait; il lui arrivait même assez souvent de les provoquer, non que son âme fût assez élevée pour mettre du prix à cette marque de confiance, mais parce que l’intérêt de son amour l’avertissait instinctivement que, dans certaines affections, il faut user pour détruire, et qu’elle espérait triompher des regrets de son mari en lui laissant la liberté de les exprimer.
Cependant, celait là pour elle une horrible contrainte qui nuisait sourdement , dans son esprit , à l’orphelin qu’elle avait adopté d’assez bonne foi. Déjà un observateur clairvoyant eût pu s’apercevoir que les caresses quelle lui donnait devant son mari étaient plutôt arrachées à sa posuition qe dues à son cœur. Enfin elle devint mère. Ce fut alors que la jalousie dont elle était atteinte fit tout à coup les progrès les plus rapides. Etablissant de nombreuses comparaisons entre les témoignages de tendresse donnés aux deux enfants par M. de S“*, elle crut que le fils de la première femme l'emportait sur le sien , et, dès ce moment, elle chercha tons les moyens de lui ravir une affection devenue pour elle insupportable. Malheureusement les circonstances vinrent favoriser de si coupables pensées : un ordre de départ força M. de S*** à s’éloigner de sa famille. Il partit sans se douter de l’affreuse jalousie de sa femme , et lui laissa , avec une entière confiance , son fils aîné, alors âgé de trois ans, qu’il avait repris chez lui.
A peine le mari est-il éloigné, que la cruelle marâtre, fatiguée de se contraindre, se laisse aller à toute sa haine pour l’infortuné confié à ses soins.
S'étudiant d’abord à détruire en lui les heureuses dispositions qui lui avaient gagné la tendresse de son pcre; l’accablant sans cesse de punitions non méritées, elle lui défend jusqu’aux pleurs que ses cruautés lui arrachent, et parvient ainsi à comprimer dans sa jeune âme tout élan de sensibilité; puis elle le relègue des journées entières dans une chambre isolee , où elle le gorge de nourriture, mais où elle le prive de toute espèce de jeux et de communication extérieure. Alors le pauvre petit , ne voyant, n entendant plus rien de propre à développer ses facultés intellectuelles , perd bientôt avec sa gaieté les dernières lueurs de son intelligence. D abord taciturne et maussade, il devient ensuite insensible, hebelé, il n éprouve plus que les besoins de la brute. Pour combler la mesure , sa cruelle ennemie , voulant le mettre dans l’impossibilité de se plaindre d’elle à son père , si ce dernier venait à le questionner, le força d’oublier le français, en ne lui pailant plus que flamand. L'enfant avait longtemps parle cette langue chez sa nourrice ; bientôt il n'en connut plus d autre; il arriva même a un tel degré d'idiotisme, qu’il finit par ne plus former que des sons ininlelligib.es.
Ce fut en cet étal que le retrouva, au bout de deux années, une amie de son père, Elle avait vu naître cet enlant, et lui portait un vil intcièt. Ayant donc examiné de très-près la conduite de la belle-mere et pris quelques informations, elle fit, sans hésiter, part de ses soupçons à Al. de S***. Celui-ci revint, et trouva son fils assez bien portant, parfaitement vêtu surtout; mais quand il le vit sourd à sa voix , insensible à ses caresses ; quand il vit son œil morne et éteint se promener avec indifférence sur tous les objets , un cri terrible sortit tout à coup de ses entrailles de père : la vérité venait de lui apparaître. Un moment il fixe ses regards enflammés sur la femme coupable qui lui présentait son autre fils, puis, la repoussant avec horreur , ii saisit dans ses bras le pauvre idiot , et s’enfuit avec lui de la maison pour n’y plus rentier.
Placé immédiatement chez un médecin habile, l’enfant eut le bonheur de recouvrer son intelligence, mais jamais il ne retrouva sa première gaieté : on eût dit que l’affreuse jalousie dont il avait failli être victime le poursuivait encore au milieu des beaux jours de sa jeunesse, et il se passa bien des années avant qu’il put en surmonter la terrible impression.
IV. Jalousie compliquée d’envie, et terminée par une affection cancéreuse
mortelle.
Une femme de la classe bourgeoise, possédant quelque fortune, était reslee veuve avec deux petites filles. L’aînée , nommée Rose, avait un caractère acariâtre et un physique tellement disgracieux , qu’il était difficile , en la voyant, de réprimer un mouvement de répulsion. La jeune Elise , au contraire , était avenante, agréable, et d’un si bon naturel que chacun se p!ai-