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PLAIES PRODUITES PAR LES ARMES A FEU

374. Pansements très-simples des plaies d'armes à feu éditant les innombrables inconvénients attachés à la charpie.

Il faut avoir servi et avoir vu beaucoup de plaies produites par des armes à feu ; il faut avoir observé, dans les services de chirurgie, les inconvénients attachés au pansement des blessures, résultats ou non des opérations, etc., pour comprendre combien il y a d'améliorations à apporter dans cette partie si importante de la chirurgie. Le pus qui s'écoule des surfaces mises à nu est une cause d'accidents terribles ; sa putréfaction infecte l'air; sa résorption donne lieu à la pyémie, c'est-à-dire à une altération du sang spéciale et dangereuse, surtout lorsqu'il est devenu fétide (1); il est la cause d'une indicible malpropreté et d'épidémies effroyables; la septicité qu'il provoque est l'agent principal de la gangrène d'hôpital (nécrosie nosocomiale), d'éryzipèles terribles, de typhus contagieux, d'encéphalites septicémiques, de fièvres puerpé-

(1 ) Voyez, dans mon Traité de médecine pratique, mon travail sur la pyémie, tome 3.

DES PETITS MOYENS

raies, etc. La consommation de charpie et de linge que les pansements ordinaires exigent entraîne à d'énormes dépenses. Elle rend le service des ambulances difficile; les malheureux blessés à la suite des batailles ne peuvent souvent être pansés, à cause du manque de ces moyens de traitement; alors que nos soldats pourraient encore marcher, les linges, qui se dessèchent et qui deviennent très-secs et non flexibles, les en empêchent ; si la retraite est forcée et rapide, l'armée est contrainte de les abandonner à l'ennemi ; le chirurgien manque de temps pour faire des centaines de pansements, etc., etc., et cependant il est un moyen très-simple qui évite ces inconvénients, et dont l'expérience a constaté l'immense utilité. Ce moyen, je l'ai proposé et employé en 1830, chez dixsept blessés dont j'ai été chargé par l'administration des hôpitaux, qui me les confia alors qu'ils avaient été déposés à l'hospice de la rue de Sèvres. Aucun de ces blessés n'a succombé; et parmi eux se trouvaient des gens atteints de plaies du culcaneum et du genou, trois fractures du péroné produites par des balles; et cependant la température était brûlante, et les précautions hygiéniques laissaient beaucoup à désirer. En deux, trois, cinq ou six semaines, toutes ces blessures furent guéries sans accidents, suppurant peu, donnant à peine lieu à quelques exhalaisons putrides, et les malades continuant, pour la plupart, à marcher. La reconnaissance de ces braves gens fit que, longtemps après, je revis plusieurs d'entr'eux, qui n'a-

vaient éprouvé aucun accident à la suite du traitement qui va être exposé, et que j'ai publié dès ce temps-là et à plusieurs reprises.

Ce traitement consiste dans le pansement des plaies d'armes à feu, par l'application de longues bandelettes de diachylum très -agglut in a t if) très-frais, préparé, s'il se peut 3 par le médecin au moment de syen servir, bandelettes dont on entoure circulai rement les membres blessés, ou dont on couvre les parties du corps plus plates ; elles doivent avoir trois centimètres de largeur, être placées les unes sur les autres, de bas en haut, et de façon à ce que celles du dessus recouvrent la moitié de l'étendue en largeur de celle de dessous. Leurs principales qualités sont, d'être très-adhérentes, non irritantes, de s'appliquer comme de la glue sur la peau, sur les plaies, et de ne pas permettre ainsi l'introduction de l'air. Ne vous inquiétez pas des liquides, du pus qui s'écoule de la plaie : il s'infiltrera entre le diachylum et le tégument, et sortira au-dessus et au-dessous de l'appareil, sans se pourrir. Le meilleur tissu pour supporter le diachylum est ici le taffetas demi-usé dont il a été parlé (page 14), et tout ce qui a été dit du traitement des petites blessures trouve ici son application, comme aussi l'administration à l'intérieur du phosphate de chaux est, dans le cas de fractures compliquant les plaies, d'une très-grande utilité. Il ne faut pas oublier que, lors du pansement dont il vient d'être parlé, il faut, lorsqu'il s'agit des bras, des avant-bras, des cuisses et des jambes, comprimer lé-

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gèrement ces parties au-dessous des bandelettes, et cela pour prévenir la tuméfaction des membres inférieurement placés.

Ces pansements ne doivent être réitérés que tous les trois ou quatre jours. Au besoin, les poudres de lycopode, de riz, de charbon, la fécule, etc., pourraient, comme il a été dit (page 16), remplacer les bandes de linge ordinairement placées par-dessus des bandelettes de diackylum.

On ne saurait croire à quel point cette méthode de pansement réussit et combien elle peut être utile à une armée en campagne. Je l'ai cent fois mise en pratique pour des cas plus ou moins analogues aux blessures dont il vient d'être parlé, et toujours avec le même succès. Ajoutez, aux avantages qui précèdent, que les caissons d'ambulance, si la méthode de pansement que je propose était acceptée, pourraient être moins chargés de pièces de pansement que s'ils ont à transporter des masses de charpie et de linge, et que tout soldat pourrait avoir dans son sac des moyens convenables pour panser tout d'abord lui-même les blessures qu'il recevrait.

Je suis loin d'avoir la prétention d'être complètement l'auteur de la méthode de curation des plaies d'armes à feu qui vient d'être indiquée, méthode que je crois être d'une efficacité extrême; notre grand chirurgien Larrey avait déjà utilisé, en Egypte, des idées de ce genre; et, certes, notre très-cher et trèshonorable collègue, M. Larrey fils, n'a pas manqué

de se rappeler les préceptes que son illustre père a établis sur Futilité d'abriter les plaies contre le contact de l'air. J'ai vu, à Barcelone, des fractures comminutives de la cuisse, traitées par des chirurgiens anglais, être recouvertes d'étoupes soutenues par des bandes, auxquelles on ne touchait pas jusqu'à la guéri son, qui survenait rapidement. Roux a rapporté de Londres le traitement des ulcères des jambes par les bandelettes de diachylum; mais, enfin, celles-ci n'ont pas, que je sache, été appliquées avant mes pansements, faits en 1830, aux plaies d'armes à feu, et c'est avec un regret très-grand que je ne vois pas cette excellente méthode être entrée dans la pratique générale.

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