CHAPITRE XIX
CURATION DES ABCÈS.
375. Ouverture des abcès par de simples ponctions; — leur traitement par des injections d'eau et de teinture d'iode au tiers.
Les études précédentes sur les plaies d'armes à feu me conduisent à parler enfin d'un procédé de traitement des abcès, qui, certes, doit être employé par d'autres chirurgiens que par moi, et dont je me sers, depuis plus de quinze ans, avec un immense succès (p. 14, 15). Non-seulement je ne fais plus aux collections purulentes de grandes incisions, comme les pratiquait Lisfranc; non-seulement j'évite d'en faire avec le bistouri, mais je me borne à avoir recours à une petite ponction avec la pointe d'un très-mince bistouri (pour éviter la difficulté de l'introduction du troisquarts), puis j'introduis une large canule dans la plaie; elle me sert : 1° à évacuer le pus; 2° à faire une injection à grande eau, qui est réitérée jusqu'à ce que cette eau sorte très-claire et non odorante; 3° à injecter une dissolution d'un tiers de teinture d'iode dans deux tiers d'eau distillée. Je laisse séjourner, pendant quelques minutes, cette mixture dans la cavité pyoïque, puis je donne à celle-ci un écoulement
facile; au besoin, je renouvelle sur-le-champ cette injection, je referme la plaie; j'en maintiens les bords desséchés avec des bandelettes de taffetas recouvert d'excellent diachylum (page 14). Suivant les cas, je réitère les injections iodiques le soir et deux ou trois jours de suite; je constate, par le plessimétrisme et la palpation, la diminution de la collection de liquide et des engorgements, et j'ai presque toujours, si ce n'est toujours, le bonheur de voir les malades guérir trèspromptement sans douleurs, sans grandes plaies, sans pyémie chronique, sans qu'ils gardent le repos et sans être couturés par des cicatrices difformes. Je pourrais citer bien des faits recueillis dans mon service d'hôpital ou en ville, faits qui prouveraient l'excellence de ce traitement. Je me bornerai à mentionner plusieurs cas d'abcès par congestion où cette médication a été si utilement employée (p. 386), et surtout celui d'un énorme abcès périnéphrique qu'en 1864 M. le docteur Gauthier et moi nous avons soigné avec tant de bonheur dans le faubourg Saint-Antoine.