CHAPITRE XX
de l'aération, de l'habitation, et de l'encombrement.
37G. Utilité de l'aération et d'une habitation salubre dans le traitement des plaies par armes à feu, des blessures, des suites d'opérations, etc.
Les plaies d'armes à feu, les abcès comme toutes les autres solutions de continuité, prennent, sous l'influence de l'agglomération des hommes dans un même lieu, un caractère extrêmement fâcheux, auquel on a donné le nom de pourriture ou de gangrène d'hôpital (nécrosie nosocomiale). Éviter cette agglomération est le meilleur moyen de prévenir cette déplorable affection qui compromet si fréqumment la santé et la vie des blessés.
Cette réflexion me conduit naturellement à parler, avec quelque détail, de l'encombrement des hommes et surtout des soldats, de l'inconvénient des tentes pour les campements, et surtout des conséquences déplorables d'une habitation trop petite pour la demeure d'im ou de plusieurs hommes.
377. Travaux et recherches auxquels je me suis livré sur l'aération et l'encombrement.
Lors de l'épidémie de choléra de 1832 , il résulta, de recherches nombreuses et de tableaux statistiques que je fis, soit dans les bureaux de secours, soit à l'hospice de la Salpétrière {dont fêtais alors le seul médecin), soit dans la ville, que la circonstance capitale qui donnait à ce mal terrible la plus haute gravité était le défaut d'aération et l'encombrement. Il fut pour moi démontré qu'un seul homme demeurant dans une chambre étroite où l'air n'était pas renouvelé par un tuyau de cheminée, par une fenêtre ou par toute autre ouverture, était aussi souvent atteint des accidents les plus graves de l'épidémie que les personnes qui habitaient en grand nombre des salles dans lesquelles l'air ne se renouvelait pas. Sur une population de quatre mille vieilles femmes, vivement impressionnées par la terreur que leur causait la maladie, je vis les cas de choléra cesser complètement de se présenter dans chacun des services alors que j'y faisais exécuter de jour et surtout de nuit la ventilation; tout au contraire, là où cette ventilation n'était pas faite (service des aliénées), l'épidémie se prononçait avec une gravité de plus en plus grande. — Des faits absolument semblables se présentèrent en ville et dans les bureaux de secours (1).
(1) Mémoire sur les causes du choléra dans la Clinique médicale de la Pitié.
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A la suite de ce même choléra, il advint que, sous l'influence de l'encombrement d'une multitude de jeunes orphelins, il se déclara une ophthalmie contagieuse dite catarrhale, qui les fit entrer en grand nombre à l'hôpital de la Pitié (1). La maladie fut des plus graves, eut le caractère contagieux, et ne cessa qu'à la suite du changement d'habitation.
Recueillant des observations innombrables sur la fièvre dite typhoïde, et particulièrement sur ses causes, je vis encore que les gens qui étaient atteints des symptômes graves de cette affection complexe avaient aussi habité des cabinets très-peu spacieux, ou encore des chambres dans lesquelles beaucoup d'individus demeuraient simultanément. (Clinique médicale de la Pitié , mémoires sur les causes de la fièvre dite typhoïde.)
Partout où j'ai eu l'occasion d'observer des maladies graves et à caractère épidémique sérieux, j'ai constaté des faits analogues. La variole, chez les gens encombrés, a été confluente, et des pustules avec hémorrhagie hypoépidermique (variole noire), se sont, dans de semblables cas, fréquemment déclarées. Sur des malades dont l'habitation avait été mal aérée, la scarlatine et la rougeole ont sévi avec une haute gravité. Ne sait-on pas que chez les fellahs d'Égypte, dont les logis insalubres sont fétides et étroits, la peste présente une horrible gravité? Et Dulaure nV
(1) Mémoire sur l'ophthalmie palpébrale dans la Clinique médicale de la Pitié.
t— il pas présenté le hideux tableau de ces épidémies désastreuses qui, dans le moyen âge, frappaient les tristes habitants de Paris?
378. Rapport à l'Académie impériale de médecine au nom de la commission des épidémies en 1836.
C'est en me fondant sur un grand nombre de recherches de ce genre qu'en 1836, étant chargé, par l'Académie, d'un rapport sur les épidémies qui avaient régné en France, je prouvai, jusqu'à l'évidence, que le défaut d'aération diurne et nocturne, que l'habitation d'un seul homme dans un espace trop exigu, et dans lequel l'air ne se renouvelle pas, qu'une agglomération d'hommes ou d'animaux dans un même lieu, etc., sont les circonstances dans lesquelles se forment ces funestes émanations qui impriment aux blessures, aux diverses maladies, un caractère pernicieux et souvent mortel.
Je donnai d'abord, à la modification qu'elles déterminent dans le sang, le nom de typhohémie, et, en agissant ainsi, en adoptant une expression reçue, mais tout à fait mauvaise, puisqu'elle porterait à penser qu'il s'agit alors d'une stupeur du sang, je croyais faire mieux venir le pathonomisme auprès de M. Chomel, qui avait adopté le nom ridicule de fièvre typhoïde (1), proposé par M. Genest. Cette concession
(1) Cette locution vient des mots : fièvre, qui signifie chaleur et se rapporte à l'affection la plus mal définie que l'on puisse imaginer; — typhus, expression qui entraîne l'idée de stupeur,
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ne calma pas les colères, et bientôt je vis qu'il ne fallait plus me rendre coupable d'une telle faiblesse. Écoutant bientôt la voix de la raison, je désignai l'altération du sang, en rapport avec les miasmes ou les substances putrides, sous la dénomination de septicémie, de amiTiv.oç (septique), al^a (sang), et de ie (maladie ou souffrance). Plus tard encore, j'ajoutai à cette expression l'idée de miasme ou de virus, et, dès lors, dans les cas où je croyais à l'altération du sang par un virus septique, je fis entrer le terme iose (de loç, miasme, virus), dans la construction du mot, en adoptant alors l'expression septiosémie.
Or, le septiose ou le principe septique, qu'il soit le produit de fermentations ou d'une genèse d'êtres animés, est un des agents les plus dangereux des complications de maladies, et, partout où il vient à porter sa désastreuse influence, des phénomènes toujours fâcheux, mais souvent mortels, viennent à se déclarer.
Bientôt je prouvai que c'était le septiose qui, le plus souvent, imprimait aux épidémies de fièvres graves, de choléra, de suette, de peste, de fièvre jaune ;
et qui a été donnée à une maladie encore peu connue et dans laquelle existent des troubles cérébraux qui, parfois, font défaut, et enfin de oïde ou &$oç, que l'on emploie pour désigner qu'une chose ressemble à une autre. C'est donc, en définitive, comme si, en se servant de cette expression, fièvre typhoïde, on disait : fièvre (mal définie) ressemblant au typhus (encore moins bien spécifié), lequel est caractérisé par de la stupeur, symptôme qui, très-ordinairement, n'existe pas dans la collection de phénomènes ainsi appelée.
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à la fièvre puerpérale, aux plaies, à la pustule maligne, à la phlébite grave, à la fièvre dite puerpérale, à la dermie de la région sacrée, aux épizooties, etc., un caractère pernicieux; je fis voir que sur trente-six cas d'épidémies observés en France par les médecins des départements, il fallait rapporter à 'l'habitation insalubre la cause principale des accidents funestes qui avaient lieu.
Un second mémoire, publié un an plus tard, établit, pour plusieurs nouvelles relations d'épidémie, des faits entièrement analogues.
Dans ces travaux, qui me causèrent, du reste, beaucoup d'ennuis, je réclamai des règlements, des lois, soit pour fermer les affreux garnis habités par les ouvriers, soit pour favoriser des ouvertures de fenêtres dans les maisons mal bâties, soit encore pour exiger que chaque habitant eût assez d'air pour respirer.
J'établis qu'il n'y avait pas de lois dont les prescriptions fussent plus contraires aux préceptes de l'hygiène que celles qui sont relatives aux jours de souffrance.
Je fis voir que ce n'était pas le vent qui frappe l'extérieur d'un logement qui donne de la salubrité, mais bien celui qui renouvelle l'air des appartements.
Je demandai, au nom de l'Académie, l'élargissement des rues et la démolition des masures, etc.
Plus tard, en 1838, ma Dissertation et mon Traité sur les habitations privées complétèrent les recherches
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et les notions que j'avais établies sur ce sujet et que j'étendis encore dans le Traité de médecine pratique.
Dans les discussions académiques relatives à la fièvre dite typhoïde, à la doctrine organopathique, je revins sur les faits qui précèdent, et j'en ajoutai un grand nombre d'autres.
M. de Melun a soutenu, très-postérieurement à mes travaux, des idées du même genre. Membre du Corps législatif, il a eu la gloire de faire démolir le vieux Paris, dont Dulaure a tracé le hideux tableau ; mais j'ose dire que j'avais depuis bien longtemps alors démontré, devant l'autorité et en séance publique, à l'Académie, l'indispensable nécessité d'assainir les logements insalubres, et sollicité des lois que M. de Melun fut assez heureux pour obtenir.