Boutons de lièvre, herpès labialis des auteurs
L'éruption inflammatoire qui, si souvent se déclare sur le rebord des lèvres, soit spontanément, soit à la suite d'un accès de fièvre, poursuit presque toujours, quoi qu'on fasse, sa marche ordinaire. Commençant par une rougeur légère, avec tuméfaction peu prononcée et démangeaison voisine de la cuisson, elle donne bientôt lieu à des vésicules plates, composées de plusieurs loges et remplies d'une sérosité souvent trouble. Ces vésicules, parfois confluentes, sont entourées d'un limbe rouge. Quelques heures plus tard, elles ont acquis leur plus grand développement. Les jours suivants, la sérosité, en se desséchant, forme des croûtes brunes qui deviennent noires, restent adhérentes pendant près d'une semaine et tombent, à la fin , en laissant au-dessous d'elles une cicatrice rouge très-désagréable à voir.
En touchant, dès l'instant de son apparition, cette éruption avec l'azotate d'argent, on en abrège souvent la durée; mais ce remède est peut-être pire que
le mal; car, d'une part, les esearrhes qui se forment à la suite de cette cautérisation sont encore plus noires que les croûtes développées par la succession ordinaire des phénomènes maladifs, et, de l'autre, elles se détachent tout aussi tard.
Il est un moyen bien simple qui réussit presque toujours, et que j'ai employé un grand nombre de fois sur les autres et sur moi-même : il consiste à pratiquer, tout aussitôt que la démangeaison et la rougeur qui marquent le début de l'éruption dont il s'agit se déclarent et sur les points de la peau où le mal a son siégé, des onctions et des frictions légères avec l'huile d'amande douce ou même d'olive. Si l'on renouvelle une dizaine de fois dans le jour l'emploi de ce moyen, on est sûr d'arrêter dans sa marche l'éruption fébrile des lèvres.
11 m'est cependant arrivé une fois de n'avoir pas eu à me louer de cette médication. Comme à l'ordinaire, l'éruption s'est arrêtée à la suite des onctions huileuses ; mais la lèvre est restée rouge, tuméfiée^ et c'est seulement à la longue et après un grand nombre de desquamations successives que les accidents dont il s'agit se sont dissipés.
Bien des gens citeront ce fait à l'appui des théories relatives aux causes cachées des fièvres et au danger d'arrêter les éruptions de la peau consécutives à l'action d'agents morbides inconnus; mais il est facile de leur répondre que, cent fois au moins, j'ai arrêté par des onctions huileuses et répétées la
DES PETITS MOYENS
marche de Yherpes labialis, alors qu'une seule fois l'éruption a passé à l'état chronique, et que, par conséquent, dans ce dernier cas, ce n'était pas parce que le mal primitif avait été arrêté, mais bien parce qu'il y avait eu quelque circonstance coïncidente, qu'un second état pathologique avait succédé au premier; il faut aussi leur dire que la personne qui éprouva cet accident, prenait très-fréquemment une potion trèsactive de bicarbonate de soude qui entretenait probablement la maladie des lèvres que Ton n'avait pas eu le soin de nettoyer après avoir fait usage de sel sodique.