Ulcérations de la langue considérées comme cancéreuses
Mais c'est principalement aux ulcères de la langue que les réflexions précédentes sont applicables : elles
(1) M. Préterre, dentiste, boulevart des Italiens, n° 29, aurifie les dents avec une grande perfection, et a fait d'utiles travaux en ce genre.
le sont même à des ulcères de cet organe réputés cancéreux; et, sans vouloir en rien imiter ce faiseur fameux qui persuadait à toute la haute société qu'il guérissait le cancer, je puis sans crainte affirmer que, dans deux cas, j'ai vu des ulcérations du bord de la langue ayant tous les caractères du cancer épithélial être radicalement guéries et sans récidive sous [l'influence des soins dont le fait suivant servira à faire connaître les détails et à faire apprécier l'importance : \
Un concierge de la rue de la Paix, qui me fut recommandé par le prince P. N., était atteint depuis deux ans d'une ulcération au côté gauche de la langue, près de sa pointe. Cette lésion présentait plus de deux centimètres de longueur et près d'un centimètre de profondeur ; le fond en était grisâtre et offrait l'aspect d'une fissure terminée par une petite surface d'une teinte sale. Les bords en étaient extrêmement inégaux, soit au point de vue de leur élévation, soit par rapport aux découpures de leur circonférence. La dureté de ces bords, à plus d'un centimètre de la solution de continuité, était extrême, et la douleur vive, les élancements qui avaient lieu, surtout au moindre mouvement de la langue, faisaient que, la salive coulant à flots , le malade ne pouvait la retenir. L'ensemble des organes et des fonctions n'indiquait point l'existence de la carcinémie (diathèse ou cachexie cancéreuse).
Depuis 18 mois, ce brave homme, avec une con-
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fiance qu'il n'aurait peut-être pas eue dans les soins d'un médecin instruit, ne manquait pas chaque jour d'aller se faire panser par un individu auquel il donnait de minces honoraires, qui, répétés, avaient formé une somme considérable; et cependant le mal augmentait de jour en jour comme étendue, comme gravité et comme douleur.
Aussitôt que je vis le malade, je reconnus la cause organique de l'ulcération cancroïde dont il était atteint. Des dents très-inégalement rangées, usées ou cariées, se terminant par des pointes aiguës, des débris de racine extrêmement piquants, étaient situés justement en face de l'ulcère.
Je fis limer toutes ces aspérités et arracher quelques dents ; tous les jours ou tous les deux jours, on cautérisa fortement, avec le crayon d'azotate d'argent, le fond de la fissure et la face interne de ses bords; en même temps, bien qu'aucun accident secondaire ou tertiaire ne se manifestât, l'iodure de potassium à la dose d'un gramme, et le protoiodure d'hydrargyre, dans les proportions de trois centigrammes, pris à d'autres heures dans la journée, furent administrés.
Tout d'abord la douleur fut calmée et l'ulcère prit un aspect moins mauvais ; bientôt l'amélioration fut on ne peut plus remarquable, et, trois mois après., ce malade, qui fut présenté à plusieurs reprises à ma clinique, était radicalement guéri.
J'avais recueilli, il y a bien des années, sur un employé des écuries du roi, un fait moins grave que ce-
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lui-ci et dans lequel existait seulement une induration de la langue. Les mêmes moyens furent suivis d'un résultat aussi heureux.
Plusieurs autres cas de ce genre, mais moins accentués que les précédents, se sont présentés dans ma pratique. Ce serait tomber dans d'inutiles répétitions que d'en tracer ici l'histoire.
136. Enduits des dents et des autres parties de la bouche. États pathologiques auxquels ils donnent lieu.
J'ai publié en 1837, dans le Procédé opératoire de la percussion, reproduit dans le Traité de diagnostic, n° 1455, et dans le Traité de médecine pratique, un mémoire sur les enduits de la langue et des autres parties de la bouche, dans lequel j'ai démontré expérimentalement et cliniquement que c'est au dessèchement de la salive qu'est due la formation des couches pultacées, variables par la teinte et par l'épaisseur, qui recouvrent si fréquemment, non-seulernent la surface de la langue, mais encore le palais, les dents naturelles ou artificielles et les lèvres.
L'importance de ce fait est tellement grande qu'elle détruit presque complètement certaines théories relatives aux fièvres muqueuses, bilieuses et adynamiques. Ce n'est point ici le lieu de m'occuper de ces graves questions.
Je me bornerai à faire quelques annotations sur l'utilité de remédier aux états pathologiques que les enduits dont il s'agit peuvent causer.
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137. Enduits de la langue causant la perte d'appétit, le dégoût pour les aliments^ etc.
Toutes les fois que la langue est couverte d'enduits épais, qu'ils soient blancs, jaunes, verdâtres, bruns ou noirâtres; qu'ils aient une odeur fétide, nauséabonde, putride, etc., ils altèrent ou ôtent le goût des aliments et, par suite, empêchent l'appétit de se développer. — Il arrive même qu'ils provoquent des vomissements.
Ces enduits se forment surtout sous l'influence de l'accélération ou des troubles de la respiration qui conduisent les malades à respirer par la bouche. Ce qui est vrai des enduits de la langue Test aussi de ceux qui recouvrent le palais et son voile, les dents et la membrane buccale.
C'est donc une précaution de première nécessité que de nettoyer, le matin, sur les malades et même sur les gens bien portants, les diverses parties de la bouche.
Les moyens suivants suffisent pour obtenir ce résultat :
Une brosse à dents assez dure, imprégnée de suc de citron et de crème de tartre (tartrate acidulé de potasse), enlève parfaitement les enduits de la langue et du palais, qu'il faut nettoyer aussi le plus exactement possible avec la poudre suivante : crème de tartre, huit parties; alun calciné, une partie; laque carminée, une partie; huile essentielle de menthe,
une goutte ; cette poudre réussit parfaitemeut à enlever le tartre des dents.
Le tartre dentaire est formé par les enduits de la bouche que la dessiccation a complètement indurés. Il a les plus grands inconvénients relativement à la conservation des dents. Ses inégalités forment des saillies anguleuses qui (de la même façon que les calculs urinaires blessent les reins , l'urètre et la vessie), dilacèrent les gencives, d'où résultent de la rougeur, de la douleur, la formation de pus, des périosties alvéolaires ou dentaires qui sont trop souvent les causes de la carie et de la chute des dents.
C'est donc une précaution hygiénique de la plus grande utilité d'enlever chaque matin avec un instrument spécial ou avec un cure-dents, le tartre (sialolithe) qui se trouve déposé entre les dents et le rebord de la gencive.