Moyens faciles de pratiquer des douches
Sous le nom de douches, on désigne des injections dirigées, par un jet plus ou moins large 'et plus ou moins fort, vers une région extérieure, ou dans une partie profonde du corps. L'action qui en résulte est composée : 1° des effets du mouvement imprimé à l'eau; 2° de la température que. celle-ci présente, et 3° pour les organes intérieurs, de l'évacuation qui en est le résultat. Un simple lavement est une douche du rectum, un moyen hydrothérapique dont on a beaucoup abusé; et depuis l'injection rectale par un clysopompe jusqu'au jet d'eau donné dans les établissements de bains, il y a tous les degrés possibles dans la largeur et dans la force du courant d'eau. Le mode d'exécuter ces injections ou ces douches est en général assez compliqué et souvent fort dispendieux. Les moyens suivants, à la fois simples et usuels, suffisent pour les pratiquer :
1° Pour les petites injections, une seringue, telle
(1) On obtient très-souvent les meilleurs résultats du lavement que voici :
Décoction de graisse de lin très-épaisse. . 130 gram. Huile d'olive. 130 Cassonade brune, 130
390 gram,
que Remployaient nos bons aïeux , un clysopompe , un irrigateur ordinaire , inventé par mon élève M. Eguisier.
2° Pour un jet plus volumineux, une seringue usitée en médecine vétérinaire, une pompe à jardin, un irrigateur dont le récipient peut contenir plusieurs litres.
3° Pour un jet très-gros, un vaste seau fixé au plafond et portant par en bas une ouverture à laquelle est fixée un conduit en caoutchouc dont le diamètre est proportionné à la largeur que Ton veut donner au courant.
Ce tuyau porte vers sa terminaison un robinet qui permettra de livrer passage au liquide ou d'en arrêter le cours. Quand on veut augmenter la force de cette espèce de douche, on élève le récipient à une plus grande hauteur. Quand le vase ou le corps de pompe, etc., qui contient l'eau de la douche a peu de capacité, on en est quitte pour le remplir plus souvent. -
S'agit-il de douches très-fortes et longtemps continuées, on a recoure à des appareils mécaniques que Ton trouve chez M. Charrière (1) et chez quelques autres fabricants. Des toiles cirées et vernies, de vastes plateaux en zinc reçoivent le liquide et préser^ vent l'appartement contre toute malpropreté,
(4) Hue de l'École-de-Médecine, n° 4.
DES PETITS MOYENS
165. Accidents dits putrides survenant dans les périodes avancées des fièvres graves.
Dans ces dernières années et notamment depuis deux ans, j'ai tiré le plus grand parti des douches ou irrigations dont il vient d'être parlé, alors que, dans les fièvres dites typhoïdes, des matières fécales liquides et des gaz putrides étaient, comme cela arrive presque toujours dans de tels cas, contenues dans le gros intestin.
Tl ne me paraît pas possible de révoquer en doute que les premiers accidents des fièvres si singulièrement nommées typhoïdes et que les symptômes qui les accompagnent, soient dus à une altératÀon primitive du sang produite par une cause putride ou septique à laquelle j'ai donné le nom très-significatif de septicémie (1).
C'est cet état du sang et peut-être un miasme , un virus, un iose particulier, qui sont les points de départ, soit de l'état fébrile et des hémorrhagies nasales, soit des taches pétéchiales, de l'éruption, qui se déclarent vers le siège , etc. , symptômes qui font partie des premiers accidents observés dans les affections dont il s'agit. Plus tard, et lorsqu'à la suite de la maladie qui , consécutivement, se déclare
(1) Traité des altérations du sang, 1834, article typhohémie-, Traité de Médecine pratique , article septicémie, 1852; Mémoire sur les causes de la fièvre typhoïde dans la clinique médicale de la Pitié, 1832 ; etc.
dans l'intestin, survient la formation et le dépôt, dans cet organe, de liquides qui s'y altèrent et s'y pourrissent, une seconde altération du sang se manifeste ; elle est due à l'absorption de ces matières putrides ; celle-ci est la source d'un grand nombre de phénomènes du même genre et terribles.
Il n'est pas d'observateur qui puisse nier l'exactitude de cette proposition, et quand Forget, lui qui n'admettait pas la septicémie primitive, partageait la même opinion que moi sur la septicémie secondaire, il y a lieu de croire que tous les médecins seront de cet avis ; or, c'est en me fondant sur cette idée, c'est par la conviction où je suis que les matières septiques contenues dans le gros intestin, y sont résorbées, pénètrent dans les vaisseaux, y empoisonnent le sang et causent ainsi la persistance des phénomènes graves, que j'ai fait mettre en pratique la médication suivante.
166. Extrême utilité des irrigations des gros intestins dans les fièvres dites typhoïdes. Nombreux succès obtenus de leur emploi dans mon service à la Charité.
Toutes les fois que, dans des cas de fièvres graves, le plessimétrisme permet de constater dans les gros intestins la présence de matières demi-solides ou liquides , ou encore celle de liquides et de gaz dont l'odeur est très-fétide, fai recours à des irrigations abondantes et réitérées coup sur coup, et cela pendant quelques minutes, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que
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Veau et les gaz qui s'échappent de l'intestin , pendant et après l'irrigation, soient clairs et aient beaucoup moins de fétidité.
Pour favoriser cette évacuation si utile, je fais exécuter des frictions sur le pourtour du ventre, d'abord (comme il a été dit p. 224) à gauche et de bas en haut, le malade étant couché sur le côté droit ; cette pratique a pour but de faire pénétrer le liquide injecté jusque dans le côlon ascendant ; puis, plus tard, à droite de bas en haut ; ensuite, transversalement, et enfin, de haut en bas (ce qui a pour effet de diriger l'eau et les matières, suivant le cours naturel qu'elles doivent suivre). Évidemment, dans ce dernier cas, le malade doit être placé sur le côté gauche.
Ces irrigations sont, dans les cas graves, renouvelées trois, quatre ou cinq fois par jour et même davantage.
Déjà, depuis quelques années, j'ai eu recours à ce moyen ; mais c'est dans les trois dernières que j'y ai principalement insisté, soit dans mon service à l'hôpital, soit sur des malades de la ville, et je ne crains pas d'affirmer que, depuis ce temps, je n'ai presque pas perdu de malades atteints de l'ensemble de phénomènes dont il s'agit; et cependant il en est entré depuis lors un très-grand nombre, soit dans la salle Saint-Charles, soit à Saint-Anne, et parmi eux il y en avait plus de vingt qui présentaient à la fois : du délire'(porté même, pour l'un d'eux, jusqu'à des tentatives de suicide) ; des éruptions (tellement considérables à la région
sacrée qu'elles simulaient la variosidermite) ; et une entérorrhée excessive; chez ces vingt individus, on observait encore une énorme accumulation de matières dans l'intestin, une grande dépression du pouls, une pneumonémie hypostasique et une splénomégalie (c'est-à-dire une augmentation dans le volume de la rate). Les résultats ont été si remarquables dans ces cas, que la convalescence n'a pas eu de durée, et que, dix ou douze jours après la cessation de la diarrhée, les malades ont pu sortir en bon état de l'hôpital. Ce prompt rétablissement était dû à ce que, pendant le cours des accidents, je n'avais pas cessé de nourrir et de faire prendre des aliments réparateurs (1).